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«Je dirais qu’il m’a profondément blessée, c’est très mal. Je dirais que ma vie est horrible, qu’il a détruit ma vie»… Voilà résumé en deux phrases l'histoire d'une jeune Haïtienne violée par des soldats de la paix de la Mission de stabilisation des Nations unies en Haïti (Minustah). Sputnik a découvert que son cas n’était pas unique…

Elle ne savait pas ce qu'elle pouvait faire pour se mettre à l'abri de la faim, jusqu'à ce que les soldats de la paix de l'Onu ne débarquent en Haïti. Les hommes, venus d'un endroit éloigné et qui parlaient une langue étrangère, ont proposé des biscuits. Mais le prix était élevé: les soldats de la paix de la Mission de stabilisation des Nations unies en Haïti (Minustah) voulaient du sexe. C'est l'histoire de la jeune Martine Gestimé, de la ville de Port-au-Prince. Dans une interview accordée à Sputnik Brésil elle a confié qu'en 2017 elle avait été violée par un soldat brésilien.

Martine Gestimé avec son fils
© Sputnik . Igor Patrick
Martine Gestimé avec son fils
Martine faisait ses études dans une école près du bidonville Cité Soleil, l'une des plus pauvres et les plus dangereuses de l'hémisphère occidental. Un jour, Franco, un interprète de la Minustah, s'est rapproché d'elle et a traduit les propos d'un soldat brésilien qui la louait pour son assiduité dans ses études. Ce soldat a commencé à la rencontrer chaque fois qu'elle quittait la classe. Dans la même période, il l'a invitée à la base et lui a promis un paquet de biscuits. Comme elle n'avait rien mangé de toute la journée, elle a accepté. Quand ils sont arrivés, le soldat a fermé la porte et l'a violée.

«Il m'a saisie par les bras, et quand j'ai tenté d'appeler au secours, il m'a dit: "Si tu ne fermes pas ta gueule, je te tuerai"».

En proie de la honte, Martine n'a rien dit à personne jusqu'à ce que, au bout d'un mois et demi, elle comprenne qu'elle était enceinte.

«Je m'endormais encore et encore en larmes, et je priais le Dieu de me tuer ou de tuer mon enfant, parce que je n'avais pas de possibilité de l'élever», raconte à Sputnik la jeune fille les larmes aux yeux. Comme sa mère l'humiliait constamment, elle a été contrainte d'envoyer son fils, enfant du viol, chez son frère à Delmas. Le garçon considère toujours son oncle comme son père.

«Si je pouvais trouver cet homme, je lui demanderais d'aider mon fils à recevoir une éducation. Je ne lui pardonnerai pas, mais je veux qu'Ashford ait une meilleure vie que moi», confie Martine.

Commentant l'histoire de Martine, le ministère brésilien de la Défense a déclaré à Sputnik ne pas être au courant.

En outre, le ministère de la Défense a indiqué que «selon les dossiers de la Commission pour le contrôle du comportement et de la discipline des Nations unies, aucune plainte n'a été déposée contre pareils crimes commises par l'armée brésilienne».

L'Onu, de son côté, n'a pas répondu à la question de Sputnik de savoir si une enquête avaient été menée sur d'autres cas de viol commis par l'armée brésilienne.

Fabiana Désilus
© Sputnik . Igor Patrick
Fabiana Désilus
Fabiana Desilus a été, selon elle, violée en février 2009 par un soldat de Jordanie. Neuf mois plus tard, elle a accouché d'une fille, Izafana. La petite n'a pas de certificat de naissance parce que les nouvelles lois ne permettent pas d'en délivrer un sans mentionner le nom du père.

Au cours de la conversation avec le correspondant de Sputnik Brésil, elle a décidé d'envoyer un message à son agresseur:

«Je dirais qu'il m'a profondément blessée, c'est très mal. Je dirais que ma vie est horrible, qu'il a détruit ma vie».

Jacquendia Cangé
© Sputnik . Igor Patrick
Jacquendia Cangé
Jacquendia Cangé a été violée par un Nigérian de la police de l'Onu (Unpol). Elle a déposé une plainte auprès du Département des opérations de maintien de la paix (Domp). Contrairement aux autres victimes, Jacquendia connaissait le nom et le numéro personnel de son violeur. Bien qu'on lui ait promis de mener l'enquête à son terme, personne ne lui a téléphoné.

Sputnik Brésil a appelé le service de presse du ministère à New York, où on lui a répondu: «L'état-major général du Nigéria a été informé des incidents de viol en septembre 2014. L'affaire n'est pas résolue comme dans le cas d'une exploitation sexuelle présumée, ainsi qu'avec l'établissement de la paternité et de l'aide fournie par l'enfant. Nous continuons à surveiller l'enquête avec l'état-major général.»

Après analyse des données disponibles en ligne, la Minustah aurait été impliquée dans 114 cas de viols commis pendant une période de 10 ans. Selon le ministère haïtien de la Justice et de la Démocratie, près de 500 viols ont été commis, la plupart n'ayant pas été enregistrés car les victimes sont demeurées silencieuses par peur ou par honte. Si 34 viols ont été confirmés, seuls 11 agresseurs ont été emprisonnés et une seule victime a été indemnisée.

Le problème des viols commis par les forces de maintien de la paix des Nations unies devrait également être envisagé dans le contexte de l'avenir d'Haïti. Selon l'organisation Médecins Sans Frontières (MSF), le manque d'informations sur ce sujet conduit au fait que les jeunes deviennent non seulement des victimes, mais aussi des criminels.

Sur la base des statistiques des visites chez le médecin, MSF suggère qu'à la fin de l'année, 144 victimes visiteront encore la clinique.

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Tags:
viol, Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah), ONU, Haïti
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