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    Intimider Pyongyang: à quel prix? Et qui paiera l'addition?

    Intimider Pyongyang: à quel prix? Et qui paiera l'addition?

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    Sous-marins nucléaires, porte-avions, bombardiers stratégiques et chasseurs de 5e génération: les USA ont déployé une quantité d'armes impressionnante près de la péninsule coréenne.

    Le président américain Donald Trump est prêt à dépenser des milliards de dollars pour réfréner celui qu'il surnomme «Rocket Man» tant que la Corée du Nord ne «se comportera pas comme il faut» à ses yeux.

    Mais il y a un «mais»: au final ce n'est pas Kim Jong-un qui devra payer la note de la fête actuelle, mais ses voisins sud-coréens. Combien coûte la protection de Washington et comment les USA entendent-ils profiter financièrement de la crise nord-coréenne?

    Selon les estimations de la revue économique sud-coréenne Hanguk Kyŏngje, le prix des armements américains participant aux exercices sur la péninsule coréenne en octobre avoisine les 13 milliards de dollars. Et compte tenu de l'utilisation de matériel dont la participation n'est pas évoquée pour des raisons de sécurité, l'addition pourrait grimper à 17 milliards de dollars. Rien qu'un porte-avions de classe Nimitz vaut près de 4,5 milliards de dollars et on sait que ce mois-ci deux d'entre eux participeront aux manœuvres: le Ronald Reagan (CVN-76) qui a terminé vendredi dernier la phase active des exercices dans les eaux coréennes, et le Theodore Roosevelt (CVN-71) qui devrait travailler l'interaction avec son «collègue» sur sa route à destination du Moyen-Orient. Sachant qu'un jour de navigation du porte-avions coûte 2,5 millions de dollars au Trésor américain — l'équivalent de 10 Mercedes-Benz classe S.

    Le Theodore Roosevelt (CVN-71)
    © REUTERS / Mike Blake
    Le Theodore Roosevelt (CVN-71)

    La concentration d'une telle quantité d'armements, selon les analystes sud-coréens, exerce forcément un effet de dissuasion sur la Corée du Nord: cet arsenal américain représente en effet un danger mortel pour Pyongyang en cas de déclenchement des activités militaires. Les présidents sud-coréen Moon Jae-in et américain Donald Trump sont déjà convenus du déploiement par rotation des armements stratégiques américains en Corée du Sud. D'ici la fin de l'année, plusieurs chasseurs F-22 (170 millions de dollars pièce) et F-35B (au moins 85 millions) devraient être projetés à partir des bases japonaises, et les vols des bombardiers B-1B (300 millions), organisés depuis cet été presque deux fois par mois, deviendront réguliers. Il est prévu d'augmenter également le nombre d'escales de porte-avions et de sous-marins nucléaires (1,3-1,7 milliard de dollars par appareil).

    Tout cela est manifestement très coûteux. Mais ce n'est pas un problème pour les USA: ils savent à qui envoyer la facture.

    Séoul devra mettre la main à la poche

    Pendant sa campagne électorale, Donald Trump a clairement déterminé sa position concernant la nécessité d'augmenter les dépenses des alliés des USA pour la défense. Bien qu'il reste encore plus d'un an jusqu'à l'échéance de l'accord actuel sur la répartition des dépenses, le président américain n'a visiblement pas l'intention d'attendre et cette question sera certainement évoquée pendant le prochain sommet américano-sud-coréen des 7 et 8 novembre.

    Conformément aux accords en vigueur, la contribution de la Corée du Sud à l'entretien des troupes américaines en 2017 s'élève à près de 840 millions de dollars. L'an prochain, cette somme ne pourra augmenter qu'à hauteur de l'inflation prévue, qui ne devrait pas dépasser 2%. Mais ces chiffres ne correspondent certainement pas aux sollicitations des Américains.

    Fin avril, Trump déclarait déjà qu'il voulait obtenir 1 milliard de dollars de la Corée du Sud pour le déploiement d'une division de défense antimissile THAAD. Et un mois plus tard, Dick Durbin, qui supervise le budget militaire à la chambre haute du Congrès, a rencontré Moon Jae-in en insinuant ouvertement qu'il serait préférable de déployer plusieurs de ces systèmes américains pour garantir entièrement la sécurité de la Corée du Sud. Aujourd'hui, à la liste des armements pour lesquels «Séoul doit payer» pourrait s'ajouter un nouveau paquet d'armements stratégiques pour des dizaines de milliards de dollars.

    Mais le fait est qu'en conformité avec l'accord actuel, l'argent alloué par Séoul ne peut être utilisé que pour construire l'infrastructure militaire nécessaire, la fourniture des munitions et de nourriture, ainsi que pour le travail du personnel coréen travaillant sur les bases américaines. Tous les autres frais pour l'entretien du contingent US en Corée du Sud sont pris en charge par Washington.

    Cette répartition était déjà remise en question par les USA à l'époque de Barack Obama. Et Trump exigera certainement la révision de ce «mauvais accord», menaçant dans le cas contraire de réduire ses engagements pour garantir la sécurité de l'allié asiatique.

    Payer ou perdre

    Officiellement, d'après l'accord conclu entre les dirigeants des deux pays en 2008, le contingent militaire américain en Corée du Sud est de 28.500 hommes. Et si Séoul refusait absolument de payer, les USA pourraient réduire leurs troupes. On connaît d'ailleurs des précédents historiques.

    Les présidents Nixon et Carter, lors de leur arrivée au pouvoir aux USA, avaient déjà promis de faire revenir les soldats américains de Corée. Les deux avaient par la suite renoncé à l'idée du retrait total, mais une réduction significative des forces avait tout de même eu lieu à l'époque de Nixon: en 1971, la 7e division d'infanterie — presque 20.000 hommes — était rentrée aux USA. En réponse aux protestations du président de l'époque, Park Chung-hee, accusant Washington d'enfreindre l'accord sur la défense réciproque, les USA avaient tout de même accepté d'allouer à la Corée du Sud une aide militaire et des prêts pour développer l'armée nationale pour un total de 1,5 milliard de dollars (soit 9,1 milliards en 2017). Cependant, à l'époque de George H. W. Bush, qui a encore réduit en 1991-1992 les troupes déployées en Corée de 13.000 hommes, Séoul n'a rien obtenu en échange et s'est même engagé à prendre en charge une partie des dépenses pour l'entretien des militaires restants.

    Malgré une domination 30 fois supérieure du Sud sur le Nord sur le plan économique et la possession d'armements plus modernes, il reste difficile de croire que la Corée du Sud parviendra à vaincre rapidement la Corée du Nord sans l'aide des forces américaines. Et si Séoul n'allait pas dans le sens de Washington en ce qui concerne le déploiement du système THAAD et d'autres mesures appelées à garantir la sécurité des USA et de leurs troupes dans la région, Donald Trump pourrait prendre des contre-mesures décisives. A en juger par l'expérience du Vietnam du Sud, les positions du «leader évident» pourraient subir un sérieux préjudice.

    Toutefois, un tel scénario n'est pas non plus préférable pour les États-Unis, c'est pourquoi Washington utilisera certainement d'autres méthodes pour compenser ses pertes.

    Par exemple un achat volontaire-imposé de ses armements.

    Le prix de la question

    Selon les calculs de l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), la République de Corée est entrée en 2016 dans le top-10 des pays ayant le plus important budget militaire: 36,8 milliards de dollars. Grand exportateur d'armements (l'an dernier la Corée du Sud a même doublé l'Ukraine pour se placer 9e au classement du SIPRI), Séoul figure toujours parmi les plus importants importateurs, devancé seulement par l'Égypte, l'Irak, l'Inde, l'Algérie et l'Arabie saoudite. Et, évidemment, la majorité absolue des armements achetés à l'étranger par la Corée du Sud le sont aux États-Unis.

    D'après le ministère sud-coréen de la Défense, ces 10 dernières années Séoul a acheté des armes américaines pour 32 milliards de dollars. Rien qu'en 2014, la Corée du Sud a signé un contrat pour l'achat de 40 chasseurs F-35A pour un montant record de 6,5 milliards de dollars (160 millions l'unité). Aujourd'hui le président Moon Jae-in songe à construire ses propres sous-marins nucléaires, ce qui nécessitera non seulement la contribution des compagnies américaines, mais également l'autorisation formelle de Washington pour le traitement du combustible nucléaire à destination des réacteurs des sous-marins nucléaires.

    Pour l'instant, les USA ignorent l'option du retour en Corée du Sud de l'arme nucléaire tactique américaine, ce qui, selon l'opposition locale, serait un facteur de dissuasion fiable face à la Corée du Nord et coûterait bien moins cher. Tout comme les États-Unis n'étudient pas les alternatives diplomatiques réelles pour régler par les négociations les problèmes accumulés.

    Le ministère des Affaires étrangères de la Corée du Sud se prépare déjà aux pourparlers à venir avec les USA sur les dépenses pour la défense. On ignore quel plan sera proposé par Washington et dans quelle mesure Séoul sera prêt à l'accepter, mais les débats ne sont certainement pas simples. Car Kim Jong-un, poussé au pied du mur, pourrait coûter trop cher aux alliés.

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    Tags:
    Donald Trump, Corée du Nord, Corée du Sud, États-Unis
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