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    Les racailles numériques pratiquent l’«optimisation totale de la délinquance»

    © Sputnik . Alexei Malgavko
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    Les cambriolages, vols de voitures et autres vols sans violence diminuent alors que les fraudes aux comptes bancaires explosent. Ce sont les conclusions de l’enquête «Cadre de vie et sécurité» publiée par l’INSEE et l’ONDRP. Les délinquants opéreraient-ils leur révolution numérique?

    La délinquance serait-elle en pleine mutation technologique? C'est la conclusion de l'enquête «Cadre de vie et sécurité» (CVS) publiée jeudi 7 décembre par l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) et l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP). En effet, cette enquête démontre que la petite délinquance «traditionnelle», qui comprend entre autres les vols de voitures, les cambriolages et les vols sans violences physiques ont diminué au cours de ces deux dernières années.

    Ainsi depuis 2014, les vols de voitures ont baissé d'environ 28%, les cambriolages de 9% et les vols ou tentatives de vols sans violences de 22%. En revanche, le fait mis en exergue par l'enquête CVS est que la délinquance numérique explose. En témoigne le taux de fraude au compte bancaire, qui a bondi de 37%, touchant 1,2 million de ménages français (contre 500.000 en 2010). Comment peut-on expliquer cette évolution de la délinquance?

    Pour le Général (2 S) Marc Watin-Augouard, fondateur du Forum International de la Cybersécurité (FIC), la raison de cette évolution est très simple: «le délinquant n'est pas imbécile, il a toujours fait une recherche du meilleur gain et du plus petit risque pénal.» Or, les actes de délinquance sur Internet présentent de nombreux avantages.

    «Sur le numérique, le rapport coût/efficacité est le plus fort. Jamais le délinquant n'a été aussi près de sa victime, parce qu'il est devant vous dans votre ordinateur, sur vous dans votre smartphone […] et il n'a jamais été aussi loin de son juge, jamais aussi loin des forces de sécurité, parce qu'il peut agir à une très longue distance.»

    En effet, comme l'explique le Général, on assiste à une «optimisation totale de la délinquance.» Pour le malfaiteur, opérer dans le monde réel est très risqué pour des gains relativement faibles, tandis que sur le numérique «en 48 h, vous pouvez gagner des centaines de milliers d'euros.»
    Les forces de l'ordre sont-elles suffisamment armées pour faire face à cette mutation technologique? Selon le général, depuis 2005, année de création du Forum International de la Cybersécurité, le gouvernement a été sensibilisé à cette thématique et a augmenté le budget. Pourtant, malgré le «reformatage du dispositif», celui-ci doit «être accentué et accéléré» sinon le risque est «d'être dépassé.»

    «La difficulté à laquelle nous sommes confrontés dans une période difficile sur le plan budgétaire, c'est d'avoir toujours à traiter une délinquance du XIXe et du XXe siècle, avec en même temps une nouvelle délinquance qui arrive», déplore Marc Watin-Augouard.

    Mais quel est le profil de ces nouveaux fauteurs de troubles? Nos hors-la-loi «traditionnels» qui auraient opéré une révolution technologique? Le général Watin-Augouard n'en est pas convaincu. Il explique que le plus étonnant réside dans le mode opératoire qui permet aussi à «des personnes plutôt âgées de se trouver cyberdélinquants. Ce n'est pas forcément le jeune en culottes courtes, le petit hacker. En effet, ce n'est pas l'image que l'on doit retenir, parce qu'il y a des gens de toutes les conditions et de tous les âges.» Une chose reste certaine, la menace provient des quatre coins de la planète notamment d'Europe, d'Europe de l'Est, des États-Unis, mais également d'Afrique.

    «Il y a un certain nombre de pays où des petits "futés", qui n'ont pas forcément de grandes compétences, sont capables de faire de superbes escroqueries, telles que l'escroquerie à la nigériane. On a dans les pays africains des personnes qui sont capables de monter dans des cybercafés des escroqueries qui touchent des Européens.»

    Cependant, le général concède qu'il est «compliqué d'établir le portrait-robot du cyberdélinquant parce que l'on a beaucoup de difficultés à avoir un panorama très exact.» Selon lui, l'enquête du CVS démontre que le «phénomène est bien présent, qu'il prend de l'ampleur. Pour autant, le mesurer, le quantifier et savoir exactement qui est derrière, c'est très difficile.»

    «On a du mal à remonter vers l'auteur de la cybercriminalité. Idem, en matière de cyberdéfense, lorsque l'on veut savoir quel pays a attaqué, eh bien, on ne sait pas. On ne se sait pas faire ou du moins on ne sait pas bien le faire. On ne dispose pas de preuves, on peut avoir des faisceaux, mais ce n'est pas avec des faisceaux d'indices que l'on arrive à condamner une personne» conclut le Général Watin-Augouard.

    Tags:
    cambriolage, vols, cybersécurité, délinquance
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