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    Best of 2017: procès Carlos, quand la Guerre froide faisait la Une judiciaire

    © Sputnik . Andrey Starostin
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    Pour sa rétrospective 2017, Gaëlle Nicolle revient sur quelques faits de société insolites ou révélateurs. La passion qui a entouré le procès de Carlos pour un attentat commis quarante ans après les faits montre bien à quel point la Guerre froide a durablement marqué la société. Des enjeux qui trouvent écho en nos temps marqués par le terrorisme.

    [texte initialement publié le 14/03/2017 avec les titre et chapô suivants:]

    Procès de Carlos: dans les coulisses de la Guerre froide

    Au delà du procès de Carlos, c'est celui d'une époque trouble des relations internationales qui se joue, selon les défenseurs du «révolutionnaire professionnel». Plus de quarante ans après les faits, Illitch Ramirez Sanchez, est jugé pour l'attentat du drugstore Publicis à Paris.

    Un procès hors-norme sur fond de Guerre froide. Plus de quarante ans après les faits, Illitch Ramirez Sanchez, dit Carlos, est jugé pour l'attentat du drugstore Publicis à Paris, qui a tué deux personnes et blessé 34 autres. L'affaire, ponctuée par deux non-lieux, est rouverte ce mois-ci après une longue bataille autour de la prescription, balayée par la «connexité» avec d'autres faits qui lui sont reprochés. En clair, les liens entre cette affaire et d'autres affaires encore sous le coup de procédures.

    «Je suis fier de mon passé, de mon présent et j'espère de mon futur», déclare l'accusé au premier jour de son audience. Aujourd'hui âgé de 67 ans et toujours adepte de la provocation, il brandit sa biographie lorsqu'on lui demande de raconter sa vie, dénonce une justice manipulée et un «procès politique», face à une Cour d'assises spéciale:

    «Ce n'est pas une tribune politique. Il a parlé de ce qui se passait dans les relations diplomatiques, dans les coulisses, entre les États du monde. Et quand vous voyez que la CIA se mêlait, déjà à l'époque, de tout ce qui se passait dans le monde et a même réussi à travers le président des États-Unis à donner des ordres au président syrien, ce sont des choses que les gens ne savent pas»,

    a déclaré Me Isaballe Coutant-Peyre, qui assure sa défense aux côtés de quatre autres avocats.

    Ce «révolutionnaire professionnel», comme il se décrit lui-même, était l'ennemi public numéro 1, à une époque où les mouvements terroristes s'appelaient Cellules révolutionnaires, Armée Rouge japonaise ou encore Front populaire de libération de la Palestine. Mais le Vénézuélien, incarcéré en France depuis son arrestation au Soudan en 1994, a déjà été condamné deux fois à la prison à perpétuité pour le meurtre de policiers et deux attentats.

    «J'attends que les juges respectent la loi, qu'ils constatent que finalement c'est prescrit, que les témoignages de l'époque, qui sont les seuls à vraiment dire quelque chose, montrent que le type qui a fait ça, ce n'est pas lui», ajoute Me Isabelle Coutant-Peyre.

    Face à une justice tardive, un accusé provocateur et déjà condamné par ailleurs, plusieurs victimes, désabusées, ont choisi de ne pas venir au procès. «Elles saluent bien évidemment le fait que la justice soit rendue et que le terrorisme ne reste pas impuni, simplement, les audiences arrivent tard et certaines victimes hésitent à se replonger dans ces années terribles», explique Guillaume Denoix de Saint Marc, président de l'Association des victimes françaises de terrorisme (AFVT), dans une interview à La Croix.

    Des militants de la cause palestinienne eux étaient présent dès le premier jour de l'audience, pour soutenir celui qui se décrit comme le «dernier responsable combattant palestinien vivant». Au-delà du procès de Carlos, c'est celui d'une époque trouble des relations internationales qui se joue, selon son avocat:

    «Ça lui permet d'éclairer l'opinion publique sur une histoire tout à fait hors-norme de la vie internationale. Les gens ne savaient pas ce qui se passe dans la vie politique à l'étranger. Et donc là, on a un peu de clés; les choses ne sont pas roses ou blanches, comme on le prétend, du côté de l'accusation.»

    L'attentat du drugstore Publicis, boulevard Saint-Germain à Paris, le 15 septembre 1974, servait-il à faire pression sur les autorités françaises alors qu'une prise d'otage était en cours à l'ambassade française à La Haye? Carlos a-t-il reconnu avoir jeté la grenade dans une interview au magazine Al Watan Al-Arabi en 1979? L'audience devra le déterminer.

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