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    Donald Trump

    2017: «une année pleine de présidence Trump avec un seul succès législatif»

    © REUTERS/ Kevin Lamarque
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    Mike Beuve
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    Prise de pouvoir de Donald Trump, une série d’échecs législatifs, une côte de popularité en légère baisse, ses premiers pas sur la scène internationale, l’année 2017 n’aura pas été de tout repos pour le locataire de la maison blanche. Nous revenons sur cette année mouvementée aux États-Unis avec Vincent Michelot. Analyse.

    L'année 2017 aura été très mouvementée aux Etats-Unis. Nous revenons avec Vincent Michelot, professeur d'histoire politique des États-Unis à Sciences Po Lyon, sur les événements les plus marquants de cette année. Pour Vincent Michelot, il y a bien évidemment «la prise de pouvoir de Donald Trump, ses premiers pas à la fois en matière de politique étrangère et de politique intérieure. Puis une série d'échecs législatifs, de profonde transformation au niveau de la place des Etats-Unis dans la communauté des nations. Enfin, une année qui se termine par une adoption par le Congrès d'une importante baisse des impôts qui pose toute une série de questions très difficiles sur la façon dont les États-Unis vont financer leur déficit dans la décennie à venir.»

    Comme le souligne Vincent Michelot, «on a une année pleine, ou quasiment, de présidence Trump avec zéro succès législatif jusqu'à l'adoption de la baisse des impôts. Une nouvelle dynamique s'est donc mise en place au Congrès. On a maintenant un nouveau rapport de force qui est très légèrement modifié au Sénat par l'élection de Doug Jones dans l'Alabama. Les Républicains ont un siège de moins (51) au Sénat mais cela ne fait pas une énorme différence pour autant. Il leur faudrait 60 sièges pour pouvoir éventuellement surmonter une procédure de «flibuste». En effet, les baisses d'impôts, en particulier sur les entreprises et les foyers les plus aisés, sont très consensuelles à l'intérieur du Parti républicain. Cette loi n'a d'ailleurs été votée que par des élus républicains, dans une forme de parallèle presque parfait avec la loi de réforme du système de santé, le fameux Obamacare, qui avait été votée par les seuls Démocrates en 2010. On sait la place qu'a tenue le «Affordable Care Act» dans les campagnes républicaines depuis 2010; il en sera probablement de même pour cette loi que vient de signer le président Trump.

    Une politique fiscale qui impactera inégalement les Américains

    On sait très bien que la baisse des impôts profite d'abord aux entreprises qui vont voir leur impôt diminuer en passant généralement d'une tranche de 35% à 21%. Ensuite, ce sont les foyers les plus aisés qui sont gagnants, sur le montant de la baisse essentiellement. Les classes moyennes et moyennes inférieures verront bien leur impôt diminuer, mais pas dans les mêmes proportions et de manière moins pérenne que les sociétés.

    On ne peut pas dire que les Américains seront impactés de manière égale: ils le seront en fonction de leur niveau de revenu, de leurs besoins en matière d'assurance santé, de leur niveau de diplôme, de leur exposition plus ou moins forte aux dangers de la vie aussi, notamment le chômage.

    «A partir du moment où l'on est dans une forme de déconstruction du système de solidarité et de protection, ce sont en général les plus faibles et les plus fragiles qui souffrent de ce type de politique publique.»

    Quel impact de la politique Trump sur le climat de la société américaine?

    On ne peut pas dire que le climat américain a profondément changé. Il y a eu un mouvement de très forte réaction dans beaucoup de segments de la population, qu'il s'agisse des minorités ethniques et des femmes en particulier. Elles ont été canalisées par un certain nombre d'organisations qui luttent contre des politiques qui leur sont hostiles ou qu'elles perçoivent comme inégalitaires ou discriminatoires. Mais également, contre des décisions judiciaires ou des décisions d'interprétation de la réglementation de la part de l'administration. Et puis d'autres groupes qui étaient particulièrement visés par un certain nombre de décisions, de nominations, ou de propos du président Trump.

    D'un autre côté, on voit aussi que la côte de popularité du président Trump est en très légère baisse, mais on ne peut pas dire qu'il y ait là une baisse catastrophique. Elle est certes plutôt faible car en dessous de 40%, donc parmi les plus faibles des présidents américains depuis la seconde guerre mondiale à ce stade du mandat. Pour autant,

    «On voit que ce président travaille à la consolidation de son socle électoral et qu'il n'a véritablement qu'une chose en tête: l'élection présidentielle de 2020.»

    2018, l'année de tous les enjeux

    On attend le président Trump sur le lancement d'un programme de grands travaux sur les infrastructures et sur la question de l'immigration. Cette dernière thématique va être absolument capitale, notamment après le délai de 6 mois qu'il a donné au mois de septembre au Congrès pour trouver une solution législative à la situation de ces jeunes que l'on appelle les «Dreamers», aujourd'hui en situation d'illégalité sur le territoire des Etats-Unis puisqu'ils y sont entrés illégalement mais puisqu'ils étaient mineurs à ce moment-là, ils ne sont pas pénalement responsables. Trump a donc abrogé le décret présidentiel d'Obama qui donnait aux Dreamers une certaine sécurité sur le territoire des Etats-Unis, exprimé sa compassion et son admiration pour ces jeunes, et en même temps négocie une solution qui leur permettrait de régulariser leur situation contre le financement du mur à la frontière avec le Mexique.

    «L'immigration et les grands travaux ce sont deux thèmes où l'on attend Trump.»

    On attend Trump aussi sur un budget. Pour le moment, on fonctionne par des mesures successives de report ou d'extension du budget 2017 mais on n'a pas encore de budget 2018. C'est dans le budget que l'on trouvera véritablement le centre de gravité de la politique notamment fiscale mais aussi sur la politique des grands programmes de solidarité.

    Si les Démocrates ont voté unanimement contre les baisses d'impôts c'est parce qu'elles creusent le déficit d'une manière assez inquiétante (1500 milliards de dollars sur dix ans) et qu'ils voient là se préparer en filigrane la légitimation de coupes sombres dans les grands programmes sociaux de l'Etat Providence américain, coupes auxquelles les Républicains aspirent depuis les années 1980. On pense en particulier au Medicare, la couverture santé des plus de 65 ans, au Medicaid, la couverture santé pour les personnes qui vivent en-dessous du seuil de pauvreté et la fameuse Sécurité Sociale («Social Security»), qui est le système de retraite par répartition que les Américains utilisent, en partie, pour couvrir leur retraite.

    Retrouvez l'intégralité de notre entretien avec Vincent Michelot sur SoundCould.

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    Tags:
    présidence, Congrès des États-Unis, Donald Trump, États-Unis
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