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    Emmanuel Macron

    Mission épineuse du Président français à Pékin

    © AFP 2018 Christophe Archambault
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    Lundi prochain Emmanuel Macron se rend pour la première en visite officielle à Pékin où il aura à évoquer plusieurs sujets délicats comme la participation à la Route de la soie ou le statut d’économie de marché pour la Chine. Saura-t-il trouver des solutions aux questions qui assombrissent les relations sino-françaises?

    Pour la diplomatie chinoise, l'année 2018 sera inaugurée par la visite officielle en Chine d'Emmanuel Macron. Selon le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, la visite aura lieu du 8 au 10 janvier. Emmanuel Macron se rendra en Chine pour la première fois en qualité de Président de la République, tandis que Xi Jinping a effectué sa première visite présidentielle en France en mars 2014.

    Les rencontres politiques au sommet de la Chine avec la France sont aussi intenses qu'avec l'Allemagne et le Royaume-Uni. Cependant si ces deux derniers pays figurent parmi les principaux partenaires européens de la Chine, la France se trouve dans les derniers rangs de ce classement, bien que la Chine soit le deuxième partenaire commercial de la France.

    La visite officielle au début du mandat présidentiel, signifie-t-elle que la Chine devient un nouveau partenaire privilégié?

    La visite de Xi Jinping en France de mars 2014 a abouti à la signature de 50 contrats d'un montant de 18 milliards d'euros. Le seul contrat de fourniture à la Chine de 43 A320 et de 27 A330 a pesé 7 milliards d'euros.

    En novembre 2014, à Brisbane, Xi Jinping a fait savoir lors d'une rencontre avec François Hollande en marge du sommet du G20 que la Chine et la France ont convenu de promouvoir les relations de partenariat stratégique.

    Entre-temps, l'année 2017 a été celle d'occasions manquées dans les relations sino-françaises. Le Président français, tout comme les dirigeants britannique et allemand ne se sont pas rendus à Pékin pour le sommet sur la coopération internationale dans le cadre de la Route de la soie. Bien que tous les trois aient prétexté la participation aux processus électoraux dans leur pays, de nombreux observateurs ont considéré leur absence comme signe de méfiance et de partialité envers l'initiative chinoise Une ceinture, une route.

    Selon de nombreux experts, la participation française à l'initiative de la Route de la soie doit devenir un des principaux sujets des négociations à Pékin. Cette opinion est partagée par Yang Mian du Centre des relations internationales de l'Institut chinois des communications.

    «Le renforcement des relations au niveau intergouvernemental sera, certes, le sujet principal incontournable lors de la visite officielle d'Emmanuel Macron après son élection à la présidence en France. Un autre sujet extrêmement important est le développement économique et la coopération entre les deux États, ainsi que la possibilité d'adhésion de l'Europe occidentale à l'initiative Une ceinture, une route. La France et la Chine sont des partenaires commerciaux capables de déployer des efforts dans le domaine économique et commercial pour avancer dans cette direction. Elles sont deux grandes puissances mondiales et la France représente un vecteur important de la diplomatie chinoise. D'autre part, la France est un moteur de l'UE. La Chine et la France ont un terrain de coopération et de responsabilité en ce qui concerne les thèmes comme la mondialisation, la gestion du monde et les changements climatiques. J'espère que tous ces problèmes seront au cœur des négociations de Pékin», a-t-il confié à Sputnik.

    Fin 2017, l'Union européenne a confirmé qu'elle refusait le statut de marché à l'économie chinoise. L'UE l'a fait dans une déclaration commune avec les États-Unis et le Japon lors d'une rencontre ministérielle de l'OMC à Buenos Aires. Pis encore, la Commission européenne a mis au point des critères exclusifs pour évaluer la conformité de l'économie chinoise au marché.

    Ces mesures antichinoises ont été initiées par l'Allemagne, mais la Commission n'aurait pas pu les adopter sans le soutien de la France. Cela ne fait qu'assombrir les perspectives d'un accord sur la coopération entre la Chine et l'UE en matière d'investissements.

    En outre, les importations chinoises sont constamment ciblées par des enquêtes antidumping initiées par l'UE. Sur 32 enquêtes de ce genre menées actuellement par la Commission européenne, plus de 20 concernent la Chine. Il s'agit de produits vitaux pour l'Europe comme les piles solaires, l'acier, le textile, les jouets et les voitures électriques.

    Ces problèmes émergeront sans aucun doute lors du sommet de Pékin. Emmanuel Macron, sera-t-il prêt à répondre à une question aussi délicate que l'abandon par l'UE des critères d'économie de marché de l'OMC en faveur de ses propres critères eu égard à l'économie chinoise. Mais aussi à la question de savoir comment interpréter le fait que les Européens font bloc avec les États-Unis et le Japon pour ne pas reconnaître le statut de marché de l'économie chinoise?

    Il ne fait aucun doute que des dizaines de nouveaux accords et contrats seront signées lors de la visite du Président français en Chine. Cependant sans trouver des réponses aux problèmes qui assombrissent les relations entre la Chine et la France et entre la Chine et l'UE, le sommet de Pékin risque de ne pas justifier les espoirs placés d'ordinaire dans des visites de dirigeants d'Europe occidentale en Chine.

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    Tags:
    économie de marché, visite officielle, Nouvelle route de la soie, Union européenne (UE), Xi Jinping, Emmanuel Macron, États-Unis, Japon, Chine, France
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