Ecoutez Radio Sputnik
    Emmanuel Macron. Photo d'archive

    France-Iran: l’économie en danger?

    © AFP 2018 ludovic MARIN
    International
    URL courte
    Gaëlle Nicolle
    26212

    Sur fond de malaise économique, l’Iran est secoué par une vague de contestation qui a pris une tournure politique en dénonçant les orientations du Président, Hassan Rohani, et celles du Guide suprême, Ali Khamenei.

    La France, selon Téhéran, doit agir contre l'opposition iranienne qui alimenterait cette contestation… la situation risque-t-elle de se détériorer entre les deux pays?

    «Accroître la pression internationale sur l'Iran» mais pas «rompre les discussions» avec l'Iran, a estimé mercredi le Président français Emmanuel Macron. Malgré l'annulation de la visite du ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, le chef d'État est toujours déterminé à se rendre à Téhéran. En effet, les autorités iraniennes, dont l'armée d'élite a proclamé mercredi la fin du mouvement de «sédition», sont confrontées depuis fin décembre à un mouvement de contestation, qui a fait 21 morts, en majorité des manifestants, et entraîné des centaines d'arrestations. La situation n'est pas totalement revenue au calme, estime Milad Jokar, collaborateur au sein de l'IPSE et spécialiste de l'Iran: «Ça peut partir dans une situation d'apaisement, selon les réactions du gouvernement de Rohani et également des forces de sécurité, tout comme ça peut dégénérer dans une crise interne plus importante […] il faut attendre et voir comment ça va se dérouler».

    C'est la première manifestation de cette ampleur depuis celle de 2009 contre la réélection du Président Mahmoud Ahmadinejad, et qui avait été réprimée. «La population qui manifeste aujourd'hui est différente de celle de 2009» animée par un sentiment de fraude électorale, poursuit le chercheur. «Les gens de la classe moyenne, moyenne élevée manifestaient dans les rues, tandis que les plus modestes, qui avaient voté massivement pour Ahmadinejad, ne s'étaient pas déplacés». Aujourd'hui, c'est l'inverse: «Les classes moyennes modestes manifestent et s'il y a certaines violences, c'est que pour certain il n'y a plus rien à perdre. C'est une situation économique très difficile, une frustration énorme, avec un sentiment d'injustice sociale».

    La France n'a pas été épargnée par les accusations de Téhéran. En effet, son Président Hassan Rohani a appelé le Président français à agir contre «un groupe terroriste», les Moudjahidines du peuple, basé en France et qui serait, selon lui, à l'origine des manifestations dans son pays. «Ce n'est pas nouveau, ça fait des années que les Iraniens accusent les Français d'héberger les bases des Moudjahidines du peuple», commente Thierry Coville, chercheur à l'IRIS, spécialiste de l'Iran. Mercredi, le Président français a plaidé pour la poursuite d'un «dialogue permanent» avec l'Iran, ajoutant que sa venue nécessitait néanmoins «un retour au calme». Le chef d'État estime que ceux qui dénoncent l'accord sur le nucléaire, comme le font les États-Unis, Israël ou l'Arabie saoudite, portaient «un discours qui va nous conduire à la guerre en Iran». «On a des intérêts à défendre, mais je pense que la France veut mettre fin à toujours mettre tous ces œufs dans le panier de l'Arabie saoudite. L'idée de la France c'est d'avoir des relations avec tout le monde», estime le chercheur.

    Deux ans après l'accord sur le nucléaire, qu'en est-il des relations économiques franco-iraniennes? Comme le note le Trésor, d'après des données des douanes françaises, les échanges commerciaux entre les deux pays sont passés de 3,7 milliards d'euros en 2004 à 515 millions en 2014. Une tendance qui s'explique «pour l'essentiel par la progression de nos exportations [+24% à 562 M EUR]» alors même que «les sanctions internationales n'étaient pas encore levées [elles l'ont été le 16 janvier 2016, ndlr)». «Le gros problème, c'est les sanctions américaines et le fait que les grandes banques européennes ne viennent pas en Iran. Donc ça freine les investissements étrangers. Mais je suis optimiste dans le sens où les entreprise françaises sont mobilisées», estime Thierry Coville.

    Effectivement, même si les relations se normalisent, certaines difficultés perdurent. Les démarches administratives restent complexes, des banques européennes rechignent à soutenir les investissements, et le Président américain Donald Trump ne cesse de remettre en question l'accord de Vienne: «À mon avis, s'il y a la volonté politique, on peut très bien trouver des systèmes de garanties, des systèmes plus innovants sur la base de fonds d'investissement ou de banques publiques. J'ai du mal à croire que l'Europe, avec sa puissance économique, ne puisse pas régler ce problème, s'il y a la volonté politique derrière».

    «En terme de risque, le diagnostic que je ferai, mais il faut rester prudent, et que ces manifestations sont importantes, qui traduisent un malaise social important, je vois mal qu'elles prennent une ampleur plus importante. Les entreprises, ça les concernent, mais je ne crois pas que ça remette en cause un investissement ou une présence commerciale en Iran». «Il faut séparer l'économique du politique», conclut Thierry Coville.

    Lire aussi:

    Nucléaire iranien: un «moment de vérité» pour la diplomatie française et européenne?
    «Corruption, crise économique», Thierry Coville explique les troubles en Iran
    Macron à Riyad : accord iranien remis en cause ou diplomatie à la française ?
    Tags:
    manifestation, économie, Organisation des moudjahidines du peuple iranien (OMPI), Mahmoud Ahmadinejad, ayatollah Ali Khamenei, Jean-Yves Le Drian, Hassan Rohani, Emmanuel Macron, Iran, France
    Règles de conduiteDiscussion
    Commenter via FacebookCommenter via Sputnik