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La liberté d’expression en danger, un «impôt Charlie hebdo» comme remède? Juliette Méadel, ancienne secrétaire d’État chargée de l’Aide aux victimes, suggère de créer une taxe prélevée sur les bénéfices réalisés en France par les GAFA afin de financer la protection des journalistes et des rédactions menacées physiquement. Crédible?

Créer un «impôt Charlie hebdo» pour soutenir la liberté d'expression? C'est l'idée suggérée par Juliette Méadel, ancienne secrétaire d'État chargée de l'Aide aux victimes dans une tribune de Challenges publiée mardi 9 janvier. L'intention derrière cette proposition est louable: en effet, les journalistes restent encore une cible malheureusement très exposée, comme le rappelle l'éditorialiste:

«Selon Reporters sans frontières et Amnesty International, la liberté de la presse régresse. 65 journalistes ont été tués en 2017 […] 326 sont actuellement en prison principalement en Chine, en Turquie, en Syrie, en Iran… 22 sont des otages du groupe État islamique. Des dizaines de journalistes sont la cible d'appels au meurtre pour blasphème.»

Pourtant, la solution semble, elle, poser question:

«La liberté d'expression est la mère de la République. La République doit donc la financer comme elle finance le fonctionnement de notre vie démocratique […]. La liberté d'expression mérite donc bien un impôt supplémentaire: l'impôt Charlie Hebdo» déclare l'éditorialiste.

En effet, comme l'explique Juliette Méadel, «l'État prend en charge la sécurisation des personnes explicitement menacées, mais celle des locaux et celle des autres personnes qui travaillent au journal sans être des "personnalités protégées", est à la charge de Charlie Hebdo», un coût estimé à 1,5 million d'euros par an. L'ancienne secrétaire d'État souhaite donc aider la presse indépendante, «celle qui ne vit pas du soutien d'un actionnaire ou d'un industriel, celle qui ne vit que de ses lecteurs», à faire face aux menaces physiques qui pèsent sur elles. L'impôt «Charlie hebdo» est à ce titre bien nommé, puisqu'à part le journal satirique, on voit mal qui répond à cette définition. Quoi qu'il en soit, Juliette Méadel propose pour y parvenir de taxer «les bénéfices de la publicité diffusée sur Internet ou d'un impôt sur les bénéfices en France réalisés par les Gafa (Google, Amazon, Facebook et Apple)». Les Gafa, mécènes malgré eux de la liberté d'expression?

Les Gafa, meilleurs ennemis de la liberté d'expression?

La réponse ne semble pas couler de source. D'une part, Internet et les réseaux sociaux participent, malgré eux, à la radicalisation de certaines personnes en leur permettant de se documenter, de consulter des sites djihadistes, mais également de donner aux propagandistes les moyens technologiques de répandre leur haine, voire de lancer des Fatwas contre des journalistes. Facebook est d'ailleurs régulièrement accusé de ne pas assez lutter contre les contenus extrémistes sur sa plateforme.

Mais d'autre part, ne sont-ce pas les GAFA qui essaient de museler certaines voix dissonantes? En témoignent les nombreuses fermetures de comptes d'internautes —plutôt à droite sur l'échiquier politique- que l'on soit d'ailleurs d'accord ou pas avec leur vision politique. Une liberté d'expression sur les réseaux sociaux à géométrie variable? Enfin, on pourrait s'interroger sur l'excès de zèle de certains géants du numérique: on pense notamment à l'effervescence autour des «Fake news», qui s'apparentent très souvent à de la censure dès lors que les idées émises ne correspondent pas au discours communément admis.

Un nouvel impôt comme solution miracle?

Emmanuel Macron a d'ailleurs récemment annoncé sa volonté de légiférer contre le phénomène des «Fake news» qui pullulent sur Internet. Une décision qui laisse légitimement penser que le gouvernement pourrait être responsable de déterminer ce qu'est une «Fake news», une perspective qui fait bondir de nombreux défenseurs de la liberté d'expression, qui estiment que l'initiative pourrait avoir une incidence sur la liberté d'expression des médias. En outre, la création d'un nouvel impôt, de fait, contrôlé par l'État ne lui donnerait-il pas encore plus de pouvoir?

Enfin, le gouvernement aurait-il les moyens de ses ambitions si un tel impôt venait à être créé? Rien n'est moins sûr. Les États européens sont pour l'instant démunis face à l'optimisation fiscale des géants du numérique. Google, par exemple, réussit à exploiter les failles juridiques françaises afin payer le moins d'impôts possible. L'impôt «Charlie hebdo» semble donc déjà bien compromis avant même de voir le jour.

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Tags:
liberté d'expression, Charlie Hebdo
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