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    Israël et Palestine, entre «impasse» et «piège mortel»!

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    Louis Doutrebente
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    Les leaders palestiniens souhaiteraient qu’Israël ne soit plus reconnu comme un État! Réuni en Cisjordanie, l’OLP a réagi plus d’un mois après la reconnaissance par les États-Unis de Jérusalem capitale d’Israël. Assiste-t-on à une nouvelle escalade dans le conflit israélo-palestinien? Analyse de Christian Chesnot.

    Le comité central de l'Organisation de la Libération de la Palestine (OLP) «charge le comité exécutif de l'OLP de suspendre la reconnaissance d'Israël jusqu'à ce que ce dernier reconnaisse l'État de Palestine dans ses frontières de 1967, annule l'annexion de Jérusalem-Est et cesse ses activités de colonisation.»

    Lors de la réunion extraordinaire qui a eu lieu à Ramallah, en Cisjordanie, les 14 et 15 janvier, l'Organisation de la Libération de la Palestine et son Président Mahmoud Abbas ont vivement réagi à la nouvelle position des États-Unis dans le conflit qui les oppose avec Israël.

    Si Mahmoud Abbas considère que le futur plan américain pour la paix est la «claque du siècle» et que les États-Unis se sont discrédités depuis que leur président a «reconnu» Jérusalem capitale d'Israël, le Président de l'Autorité palestinienne a rappelé la rupture diplomatique totale avec les États-Unis et il s'est même permis de maudire Donald Trump: «Que Dieu détruise votre maison!»

    Joint par Sputnik, le conseiller du Président palestinien Nabil Chaath a précisé que «la Palestine suspend les accords d'Oslo, dont les conditions ne sont pas respectées par Israël, y compris la coordination en matière de la sécurité.»

    Rappelons que lors de cette réunion extraordinaire, dont le but était de définir une nouvelle stratégie de la cause palestinienne, le Hamas était absent. Dans ce contexte électrique sur le terrain et presque ignoré par la communauté internationale, Mahmoud Abbas et l'équipe palestinienne dirigeante en Cisjordanie sont-ils encore en mesure de faire avancer la cause palestinienne?

    Et que peuvent-ils faire réellement sans l'intervention des États-Unis dans ce dossier?

    Réponses avec Christian Chesnot, journaliste à France Inter et spécialiste du Proche et du Moyen-Orient.

    Sputnik: Est-ce 50 ans de perdus pour la paix entre Israël et la Palestine?

    Christian Chesnot: «On n'en est pas encore là. La décision de l'OLP de ne plus reconnaître Israël est une déclaration qui n'est pas contraignante. En tout cas, c'est Mahmoud Abbas qui décidera en dernier recours si effectivement il coupe tous liens avec les Israéliens. On n'en est vraiment pas encore là.

    Cela traduit surtout une exaspération des Palestiniens qui en ont assez d'être menés en bateau depuis des années, parce qu'on voit bien qu'Oslo n'a pas apporté l'indépendance, n'a pas apporté l'État palestinien. Chaque jour, la colonisation continue et donc là, il y a une forme de ras-le-bol d'une partie des cadres palestiniens, parce qu'ils voient chaque jour l'État palestinien s'éloigner et puis en même temps, la colonisation et Trump qui décide de transférer l'ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem. Donc cela fait beaucoup et en ce moment, il y a une forme de ras-le-bol.»

    Sputnik: Est-ce possible que les Palestiniens s'unissent? Les dissensions entre les différentes factions ne sont-elles pas trop importantes?

    Christian Chesnot: «Le Hamas ne fait pas partie de l'OLP, ce sont deux organisations différentes. Il y avait eu des tentatives de réconciliation, l'Autorité palestinienne avait repris du pouvoir à Gaza.

    Je crois que les grandes manœuvres pour l'après Mahmoud Abbas ont commencé. On a une direction palestinienne qui est vieillissante, donc c'est vrai qu'il y a besoin de sang neuf pour une nouvelle stratégie et de nouveaux objectifs, parce qu'on voit bien que la cause palestinienne est dans l'impasse; là, on est dans le mur.

    On va voir comment cela va s'organiser. Est-ce que c'est une ligne dure qui va l'emporter, certains parlent d'une troisième intifada, de désobéissance civile, etc. on va voir comment cela va se jouer, cela va prendre des semaines, des mois peut-être.»

    Sputnik: Mahmoud Abbas est-il encore l'homme de la situation? N'est-il pas usé? Est-il encore légitime après 13 ans au pouvoir alors qu'il avait été élu pour un mandat de 4 ans?

    Christian Chesnot: «Pour beaucoup de Palestiniens, Mahmoud Abbas n'a pas fait progresser l'indépendance, pour beaucoup de Palestiniens, il est vu comme une espèce de cogestionnaire de l'occupation.

    C'est vrai qu'il y a toujours cette coopération sécuritaire entre Israël et la Palestine. C'est vrai que la colonisation n'a fait que croître ces dernières années, il y a comme un rouleau compresseur.

    Donc là, effectivement les Palestiniens commencent à demander des comptes. Mahmoud Abbas est âgé, effectivement beaucoup de Palestiniens demandent un renouvellement, parce qu'on ne peut pas continuer comme cela.»

    Sputnik: Les États-Unis ont été déclarés hors course dans tout processus de paix par les Palestiniens. Quels sont les pays qui peuvent les remplacer? Qui peut relancer véritablement le processus de paix?

    Christian Chesnot: «Les États-Unis sont au cœur du processus, c'est eux le parrain principal. Sans eux, il n'y aura pas de paix, parce que c'est le seul pays qui peut faire pression sur Israël pour avancer. Ce n'est pas l'Europe qui va le faire, encore moins la Russie, encore moins la Chine. Les pays arabes sont même tentés de normaliser [leurs relations avec Israël, ndlr] notamment les pays du Golfe. Donc les États-Unis restent quand même la clé de voûte, parce qu'ils ont une aide de 3 milliards de dollars sur Israël tous les ans, ils se portent garants de la sécurité d'Israël.

    À chaque fois dans l'histoire qu'Israël a fait des compromis ou des concessions, c'était sous la pression des Américains. Sauf qu'en ce moment, on voit bien que Trump et son administration sont très pro-israéliens, donc on voit mal comment les Américains pourraient être des intermédiaires honnêtes.
    Donc là, malheureusement c'est une impasse, qui va se poursuivre, et peut être avec de la violence au bout du chemin.

    La communauté internationale a un petit peu délégué ce rôle aux Américains, les résolutions au Conseil de Sécurité sont bafouées tous les jours par les Israéliens, par la colonisation, les arrestations arbitraires, il y a des violations des Droits de l'Homme régulières.

    Évidemment, cela laisse un sentiment d'impunité. Et de l'autre côté, les Européens ont beaucoup financé le processus de paix, notamment l'Autorité palestinienne, et ils n'ont pas vraiment de rôle politique au sein du processus de paix. Et encore une fois, les Russes et les Chinois n'ont pas du tout la main sur le dossier.

    Donc à partir de là, Washington est un petit peu tout seul, en tête à tête avec les Israéliens. Et comme le rapport de force est très favorable aux Israéliens qui mènent une politique de fer et qui ne veulent pas desserrer l'étau sur les Palestiniens, c'est vrai qu'il y a une espèce de piège mortel qui est en train de se renfermer sur la Palestine.»

    Sputnik: Est-ce que la reconnaissance d'un État palestinien par d'autres grandes puissances (Russie, Chine, France, etc.) pourrait faire avancer les choses?

    Christian Chesnot: «C'est ce qu'on voudrait penser. On a souvent reproché à la France de ne pas vouloir reconnaître la Palestine, certains pays l'ont fait, cela serait une dernière carte à abattre, les diplomates disent que cela serait un coup à un seul coup justement, c'est-à-dire que quand vous l'utilisez, vous ne pouvez pas revenir en arrière, après c'est compliqué de négocier.

    Benjamin Netanyahou
    © REUTERS / Amir Cohen
    On est pour une reconnaissance mutuelle et c'est cela un peu le piège de ces négociations. Tout le monde parle des deux États, mais sur le terrain c'est de plus en plus impossible à cause de la colonisation juive sur les territoires palestiniens.

    Et puis encore une fois, est-ce que c'est un dossier prioritaire pour les Européens, pour les Russes, pour les Chinois, pour la communauté internationale? Je n'ai pas le sentiment.

    On a plutôt le sentiment que sur l'agenda diplomatique international, la Palestine est maintenant reléguée loin derrière la Syrie, l'Irak, ou l'Iran ou d'autres dossiers chauds du moment.

    Il y a une forme de lassitude pour la communauté internationale qui s'est beaucoup engagée durant plusieurs décennies et qui semble un petit peu à bout de souffle.»

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    Tags:
    crise, Donald Trump, Palestine, Jérusalem
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