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    Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un

    Que mijote le «diable» nord-coréen sous couvert d’un rapprochement avec le Sud?

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    Anna Dedkova
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    Le rapprochement des deux Corées serait un complot rusé de Pyongyang, voilà une idée qui bouleverse l’esprit des experts et médias mainstream, habitués à ne voir que le mal même dans l’initiative la plus pacifique du Nord, estiment les analystes de la situation intercoréenne, jugeant que «la Corée du Nord est le diable en personne» pour les USA.

    Après des mois de fortes tensions, quand le monde entier s'apprêtait à une guerre sur la péninsule coréenne, Kim Jong-un a changé radicalement de ton et se tourne désormais vers le rapprochement avec Séoul, vers la participation de Pyongyang aux  JO d'hiver 2018 et vers une éventuelle réunification des deux Corées.

    C'est là que les analystes et médias occidentaux ont tiré la sonnette d'alarme: quelle est la cause réelle de cette mesure? Pourquoi la Corée du Nord cherche-t-elle à participer aux JO après avoir détérioré les relations avec Séoul jusqu'à un point jugé irréversible?

    «La participation de Pyongyang à Pyeongchang peut être un cheval de Troie», tel est le titre d'un article du  The Korea Herald. Aux côtés du quotidien sud-coréen, nombreux étaient des médias qui prédisaient un piège, un complot ou un plan rusé que Pyongyang envisage de réaliser lors de ou après les JO, notamment Express, Fox News, l'Opinion, The Washington Times. Les journaux imputent aux Nord-Coréens de planifier de semer la discorde dans l'alliance américano-sud-coréenne et de détourner l'attention de son développement des missiles.

    «Selon le journaliste Andrew Salmon basé à Séoul, la période de danger maximal en provenance de Pyongyang devrait avoir lieu après les Jeux d'hiver, alors que le régime s'apprête à perfectionner ses capacités balistiques à longue portée, y compris son retour dans l'atmosphère», écrit The Korea Herald.

    À son tour, le chef du Centre d'études coréennes de l'Académie des sciences de Russie Alexandre Gébine, a estimé dans une interview à Sputnik que plusieurs Occidentaux étaient prêts à voir seulement le mal à travers la Corée du Nord.

    «Pour ceux qui voudraient contrôler la tension en Corée et garder des troupes là-bas, c'est vraiment un piège. Toute réduction de la tension et toute réconciliation entre le Nord et le Sud ouvre le sol sous les pieds de ceux qui, toujours sous prétexte de la menace nord-coréenne, voudraient maintenir des troupes, déployer des systèmes de défense antiaérienne. Ces systèmes visent non seulement la Corée du Nord, mais aussi la Russie et la Chine. Par conséquent, pour maintenir la Corée dans un état suspendu entre la guerre et la paix est très bénéfique pour quelques-uns», a-t-il déclaré.

    Le chef du Centre pour la stratégie russe en Asie à l'Institut d'économie de l'Académie des sciences de Russie Gueorgui Toloraïa a créé une allégorie plutôt religieuse pour décrire le conflit coréen: «Qu'est-ce que la Corée du Nord pour la classe dirigeante américain? Cette opinion "Nous sommes un dieu radiant sur une colline, voici pourquoi tous doivent nous obéir parce que nous menons l'humanité vers un avenir meilleur" suppose non seulement l'existence de dieu, mais aussi du diable.»

    «La Corée du Nord est le diable en personne, toutes ses actions sont considérées comme une ruse, un piège, une provocation. Si vous dites que le diable peut faire quelque chose de bien, c'est de l'hérésie. Peu importe ce que les Nord-Coréens font, les Américains ainsi qu'une partie des Sud-Coréens ne le percevront pas positivement. Et le diable n'a pas le droit d'exister, il doit être éliminé», a insisté l'analyste.

    «Cette expérience, d'abord des sanctions et puis la solution militaire éventuelle, sert de terrain d'entraînement. Cette stratégie, perfectionnée sur la Corée du Nord, est appliquée à la Russie et je ne suis pas sûr que notre pays ne deviendra pas le diable», a-t-il conclu.

    Alexandre Vorontsov, le chef du Département de la Corée et de la Mongolie, de l'Institut des études orientales de l'Académie des sciences de Russie, est sûr que l'initiative nord-coréenne la plus pacifique est par avance considérée comme une provocation par les Américains.

    «Pour l'administration américaine, toute action de la Corée du Nord et même l'initiative la plus pacifique s'appelle de la provocation. Le fait que les Nord-Coréens existent, c'est une provocation. Tout réchauffement des relations intercoréennes signifie l'affaiblissement du front uni construit soigneusement par les USA», a répondu le scientifique.

    Il s'est souvenu d'une conférence internationale en décembre lors de laquelle un représentant chinois s'était adressé à un homologue sud-coréen. «Il a dit, si vous voulez avancer dans les relations intercoréennes, si vous voulez que Pyongyang vous entende, faites quelque-chose pour que le monde voie que vous n'êtes pas seulement un allié fidèle des États-Unis. Mais qu'en même temps vous êtes toujours Coréens, que vous parlez la même langue que la Corée du Nord. C'est ce qui se passe actuellement, et Washington n'aime pas ça. D'ici viennent les différentes définitions: piège, complot, tentative de fractionner l'alliance américano-sud-coréenne ou de saper le système militaire américain dans la région», a-t-il conclu.

    La Corée du Nord avait accepté la semaine dernière de participer aux Jeux de Pyeongchang, organisés à seulement 80 kilomètres au sud de la zone démilitarisée (DMZ) qui divise la péninsule coréenne.

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    médias mainstream, tensions, rapprochement, Kim Jong-un, Péninsule de Corée, Corée du Sud, Corée du Nord
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