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    Abbas à Bruxelles, Pence à Jérusalem: des alliances trop inégales!

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    Louis Doutrebente
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    Affrontement à distance entre la Palestine et Israël. Tandis que le Vice-Président américain est depuis ce dimanche en Israël, le Président de l’Autorité palestinienne demande la reconnaissance de son pays à l’Union européenne. Une nouvelle et énième défaite diplomatique en perspective pour Mahmoud Abbas? Analyse.

    Les aspirations des Palestiniens ne sont pas très éloignées des réalités des Israéliens, pour paraphraser un célèbre humoriste. En effet, alors que la Palestine quémande de nouveaux soutiens auprès de l'UE, Israël célèbre la venue de son indéfectible allié américain.

    Depuis le début de la semaine, le Président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a demandé expressément aux 28 États membres de l'Union européenne de reconnaître «rapidement la Palestine» comme un État indépendant lors de sa venue à Bruxelles:

    «Nous considérons vraiment l'Union européenne comme une véritable partenaire et amie et pour cette raison, nous appelons ses États membres à reconnaître rapidement l'État de Palestine.»

    Depuis des années, Mahmoud Abbas est fragilisé. Si politiquement le vieux raïs tient le pouvoir alors que son mandat à la tête de l'Autorité palestinienne est achevé depuis neuf ans et que la dissension avec le Hamas est plus que jamais d'actualité, sur le plan international, aucune avancée significative n'est à mettre à son crédit. Pire, malgré l'actualité offerte par Donald Trump en reconnaissant Jérusalem capitale d'Israël, le dossier israélo-palestinien est loin d'être redevenu une priorité pour les puissances régionales et mondiales.

    Alors que les États-Unis, le médiateur attitré dans le conflit, ont choisi leur allié israélien, les leaders palestiniens se retrouvent orphelins et cherchent encore des soutiens de poids dans leur quête.

    Après avoir fait le déplacement au Caire et à Istanbul pour mobiliser ses voisins musulmans, après avoir multiplié des consultations avec la France et d'autres pays européens, mais aussi avec la Russie et la Chine, Mahmoud Abbas demande à son alliée Fédérica Mogherini de soutenir la reconnaissance de l'État de Palestine. Le chef de la diplomatie européenne a réaffirmé que l'Union prônait la solution à deux États indépendants avec une seule et même capitale: «Jérusalem est la capitale d'Israël et de la Palestine», sans pour autant exaucer le vœu de Mahmoud Abbas.

    Celle qui avait fait de la reconnaissance d'un État palestinien un objectif avant la fin de son mandat n'a donc pas engagé la puissance de l'Union dans cette entreprise. Tout d'abord, parce que l'Union n'a pas de poids réel sur le plan politique et diplomatique, mais surtout parce cette reconnaissance ne peut intervenir que par la décision des États membres souverains.

    C'est pourquoi, outre son entrevue avec la haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, le Président de l'Autorité palestinienne a aussi rencontré les 28 ministres européens des Affaires étrangères. Mais ces derniers ne sont pas tous d'accord sur le sujet.

    En effet, le consensus n'existe pas sur la reconnaissance de l'État palestinien par les pays membres de l'Union. Certains pays ont reconnu par le passé la Palestine comme un État: la Suède, la République tchèque, la Hongrie, la Pologne, la Bulgarie, la Roumanie, Malte et Chypre. Mais la République tchèque et la Hongrie, entres autres, ont préféré s'abstenir lors du vote aux Nations unies contre la décision américaine et semble préférer se rapprocher d'Israël.

    Cependant, la cause palestinienne reçoit un certain écho dans quatre autres pays européens. En effet, la Slovénie pourrait voter en faveur de la reconnaissance de la Palestine en tant qu'État en février prochain tout comme le Luxembourg, la Belgique et l'Irlande. Mais c'est la position des grandes puissances de l'Union qui pourrait faire bouger les lignes et aussi bien l'Allemagne que la France sont bien loin d'apporter le soutien que Mahmoud Abbas demande.
    Il convient cependant de préciser que certains, Jean-Yves le Drian notamment, ont plaidé pour un «accord d'association». Mais cette avancée ressemble davantage à un lot de consolation qu'à un soutien et une alliance entre l'Union européenne et la Palestine.

    Cette désunion ne pourrait donc permettre une quelconque avancée au niveau communautaire, malgré que l'Union soit le premier soutien financier des Palestiniens (359 millions d'euros en 2017) et alors que les États-Unis, par l'intermédiaire de Donald Trump et de Mike Pence depuis dimanche, affirment haut et fort leur soutien inconditionnel à leur allié dans la région.

    S'il s'est rendu aujourd'hui au mémorial de la Shoah et au mur des Lamentations, l'ancien gouverneur de l'Indiana a réaffirmé au Président israélien le soutien «inébranlable» des États-Unis à Israël. Il a de plus ajouté que «le lien qui nous unit n'a jamais été aussi fort». Mais c'est son discours prononcé devant la Knesset qui illustrent le mieux cette alliance entre les deux pays:

    «L'Amérique se tient aux côtés d'Israël, parce que votre cause est notre cause, vos valeurs sont nos valeurs, vos combats sont nos combats.»

    Cette allocution a provoqué des heurts au Parlement israélien, où certains députés arabes ont exprimé leur totale désapprobation. Si les leaders palestiniens ont boycotté la venue de Mike Pence, du côté israélien, l'accueil pour le héraut de la droite évangélique américaine a été enthousiaste. Outre les nombreux applaudissement qu'il a reçu notamment en évoquant le «miracle israélien» le Vice-Président américain a traversé la ville trois fois Sainte placardée d'affiches:

    ​La venue de Mike Pence et l'annonce que l'ambassade américaine ouvrira à Jérusalem avant la fin de l'année 2019 confirment l'alliance des plus étroites entre les États-Unis et Israël.

    Et rappelons que même si Donald Trump avait posé un choix clair avec la reconnaissance de Jérusalem capitale d'Israël en décembre dernier, la nomination de David Friedman, ambassadeur américain en Israël, dès décembre 2016 laissait entendre un changement radical dans la gestion du conflit israélo-palestinien.

    De plus, les déclarations fracassantes de Mahmoud Abbas sur Trump et son nouveau positionnement ont entraîné une réaction radicale en défaveur des Palestiniens.

    Effectivement, après que les leaders palestiniens aient refusé que les États-Unis jouent à nouveau leur rôle de médiateur, Washington a diminué de moitié l'aide apportée aux réfugiés palestiniens, passant de 125 à 65 millions de dollars.

    Assurément, cela ressemble à une nouvelle défaite pour Mahmoud Abbas, pour le peuple palestinien, et probablement pour la Paix entre la Palestine et Israël.

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    Mahmoud Abbas, Mike Pence, Jérusalem
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