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Le tourisme a été annoncé en 2016 comme l'un des moteurs du plan ambitieux présenté par le puissant prince héritier Mohammed ben Salmane et destiné à restructurer l'économie saoudienne. Deux ans plus tard, l’Arabie saoudite y est-elle arrivée? Est-elle toujours prête à renoncer au pétrole en faveur du tourisme?

Bien qu'à l'heure actuelle le pétrole représente encore 87% des revenus de l'État saoudien, Riyad met l'accent sur le développement résidentiel et le tourisme.

S'exprimant lors du forum de Davos, Fahd Al-Rasheed, directeur général de la Ville Économique du Roi Abdallah (plus connue sous l'anglicisme KAEC King Abdullah Economic City), a précisé que l'Arabie Saoudite entrait dans l'ère de l'après-pétrole et espérait que les «mégapoles futuristes» qui étaient encore en construction assureraient la diversification et la croissance de l'économie du pays.

«Nous comptons sur le développement des ports, de l'industrie du divertissement, ainsi que sur la construction. Nous sommes convaincus que nous allons dans la bonne direction», a-t-il déclaré, cité par CNBC.

L'Arabie saoudite considère le tourisme comme une manne potentielle, et vise 30 millions de visiteurs par an d'ici 2030, soit près de deux fois plus qu'à l'heure actuelle. Certaines mesures sont déjà prises et d'autres sont encore envisagées.

«Red Sea Project»

Le point d'orgue touristique de ces modernisations s'appelle «Red Sea Project» et il est décrit sur son compte twitter officiel comme une « expérience inoubliable», et pour cause: 150 km de côtes de sable blanc, écologie mise en avant, volcans endormis, vie sauvage avec des animaux, mais aussi culture, ruines historiques de Mada'n Saleh classées au patrimoine mondial de l'Unesco, structures dédiées au bien-être…

Situé entre les villes d'al Wajh et Umluj sur les côtes nord-ouest du pays, le projet vise à installer une zone « semie-autonome » prête à accueillir des touristes occidentaux sur une cinquantaine d'îles éparses réparties sur un territoire de 34 000km2. Les travaux, prévus pour 2019, devraient s'achever en 2030.

Comme l'indique le portail Tourmag.com, l'ambition pour cette destination est d'«approcher la prochaine génération de voyageurs de luxe pour mettre l'Arabie Saoudite au cœur du tourisme mondial», décrit le document officiel du projet.

Visa touristique

Le royaume de 32,5 millions d'habitants, longtemps demeuré fermé aux touristes, va bientôt commencer à délivrer des visas touristiques et ce faisant ouvrir l'une des dernières frontières du tourisme mondial.

Dans un entretien à l'AFP accordé le mois dernier, le prince Sultan ben Salmane ben Abdelaziz, en charge du secteur touristique saoudien, a annoncé que des préparatifs étaient en cours pour lancer des visas électroniques au premier trimestre de 2018 pour «tous les ressortissants dont les pays autorisent leurs citoyens à visiter» l'Arabie saoudite.

Visa spécial pour les femmes

Le royaume saoudien commencera bientôt à délivrer des visas touristiques de 30 jours aux femmes qui voyagent seules à condition qu'elles soient âgées de plus de 25 ans. Un nouveau pas vers plus d'égalité entre les hommes et les femmes.
Auparavant, les femmes n'étaient en effet pas autorisées à entrer en Arabie saoudite sans être accompagnées un homme de leur famille à titre de tuteur.

Septième art

Après avoir été interdites pendant trente-cinq ans, les salles obscures ont rouvert leurs portes début 2018 en Arabie saoudite. Le premier film projeté en Arabie Saoudite depuis l'interdiction a été le film d'animation américain de 2017, The Emoji Movie (Le Monde secret des Emojis), a rapporté le magazine Newsweek.

L'idée d'une croissance sérieuse du segment du divertissement oblige le royaume à abandonner sa politique extrêmement conservatrice concernant la séparation des hommes et des femmes.

Le pays devrait compter d'ici 2030 quelque 300 cinémas et plus de 2.000 écrans de projection, a précisé lundi le ministère saoudien de la Culture et de l'Information. Dans le même temps, les films seront censurés pour ne pas violer les valeurs morales du pays.

Cratère volcanique d'Al Wahbah

Les autorités veulent notamment promouvoir le cratère volcanique d'Al Wahbah, où les visites sont encore rares.

Situé à quatre heures de route de Jeddah, ce cratère s'est formé après une explosion de vapeur souterraine due à l'activité volcanique. La légende locale raconte que sa naissance est le fruit de l'amour de deux montagnes, dont l'une s'est arrachée au sol pour s'unir à l'autre, laissant une dépression en forme de bol.

Les freins au projet

Mais l'interdiction totale de l'alcool risque d'être un frein pour les touristes occidentaux, estiment plusieurs experts.

Le prince Sultan a déclaré que le royaume, qui tire sa légitimité de la tutelle des lieux les plus sacrés de l'islam, ne permettrait pas la vente et la consommation de l'alcool. «Nous ne voulons pas abandonner notre culture et nos valeurs», a-t-il prévenu.

«Si vous ne pouvez pas changer les restrictions sur l'alcool et l'habillement, le secteur touristique disparaîtra», a déclaré Crispin Hawes, directeur général de Teneo Intelligence basé à Londres.

Même si on réussit quand même à créer des centres de villégiature exclusifs pour les touristes étrangers, qui auraient des normes plus souples, il y a un autre problème: le conflit avec le Yémen.

Dans une interview accordée au portail Tourprom, l'expert russe Gueorgui Léontiev a rappelé que les hostilités entre l'Arabie saoudite et le Yémen constituaient un frein important au développement du tourisme.

«L'atmosphère dans la société en Arabie saoudite ne contribue pas au tourisme de masse», a suggéré Jason Touvy, économiste à Capital Economics, interrogé sur CNN. Selon lui, le principal public cible de l'Arabie saoudite sont les touristes-pèlerins qui, après avoir visité les sanctuaires de La Mecque et de Médine, voudront rester dans le royaume et se détendre sur la côte de la mer Rouge ou visiter d'autres monuments historiques.

Le tourisme est un «concept nouveau » pour l'Arabie saoudite, souligne pour sa part Khaled Batarfi, un écrivain basé à Jeddah. «Dans notre héritage tribal, servir les autres est inacceptable, sauf s'il s'agit de votre propre invité», écrivait-il l'an dernier dans le journal Saudi Gazette, appelant à la mise en place de formations destinées aux professionnels du tourisme.

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Mohammed ben Salmane Al-Saoud, tourisme, pétrole, Arabie Saoudite
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