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    Un soldat nord-coréen à Pyongyang

    Quels enjeux cachait le sommet de Vancouver sur les deux Coréess

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    Anna Dedkova
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    Le 16 janvier, un sommet s’est tenu à Vancouver au sujet de la crise coréenne en l’absence de la Chine et de la Russie. «Selon leur logique, la situation approche celle d’une nouvelle guerre de Corée et il est temps de former à nouveau une coalition prête à intervenir en cas de force majeure», estiment les analystes des relations intercoréennes.

    Au moment où Pyongyang a amorcé une détente en engageant des discussions avec son voisin du Sud, les États-Unis et leurs alliés cherchaient le 16 janvier à Vancouver à discuter de la situation intercoréenne… en l'absence de la Russie et de la Chine, membres permanents du Conseil de sécurité de l'Onu et des «pourparlers à Six» (avec également les deux Corée, les États-Unis et le Japon).

    Le Canada a tenu secrète la liste des invités jusqu'à la dernière minute. Les participants étaient principalement des pays ayant combattu sous l'égide de l'Onu pendant la guerre de Corée ainsi que des pays ayant contribué au conflit à l'époque.

    Qu'est-ce que se trouvait au cœur de la discussion de ce sommet? Cette conférence a été préparée à l'avance et le progrès surprenant des relations entre le Sud et le Nord a désorienté les organisateurs de cet événement, estime Alexandre Vorontsov, le chef du Département de la Corée et de la Mongolie de l'Institut des études orientales de l'Académie des sciences de Russie.

    «Mais en principe, cette conférence est organisée de facto par les États-Unis. Naturellement, c'est une poursuite logique et directe de la ligne américaine, de promouvoir constamment la mise en place d'un blocus économique complet et impénétrable autour de la Corée du Nord», a déclaré le scientifique lors d'une discussion sur la table ronde.

    C'était par le biais des résolutions de l'Onu que ce cap américain prend de l'ampleur. Chaque nouvelle initiative de sanctions anti-nord-coréennes a été préparée à l'avance, puis adoptée après une action jugée provocatrice de Pyongyang, explique l'expert, avant d'ajouter: «La Chine et la Russie résistent, adoucissent un petit peu ces résolutions, mais celles-ci rapprochent progressivement les États-Unis de leur objectif ultime, un embargo économique total».

    «Mais le simple fait de convoquer dans ce format les participants de la guerre de Corée est en soi sinistre, cela reflète la nature de la pensée de ses organisateurs. Selon leur logique, la situation approche celle d'une nouvelle guerre de Corée et il est temps de former à nouveau une coalition prête à intervenir en cas de force majeure. Cela est l'une des étapes de préparation [d'une guerre]: préparation de l'opinion publique, la consolidation des rangs de ses alliés et fidèles. Après tout, les problèmes de la détente, de l'amélioration des relations, de l'abaissement du niveau de tension, tous évoqués dans la déclaration russo-chinoise du 4 juillet, n'ont pas été discutés lors de ce sommet», précise M. Vorontsov.

    Au menu de discussions: des mesures pour augmenter la pression et l'isolement, mais aussi l'interception des navires nord-coréens en haute mer pour faire face à la contrebande, indique l'expert, précisant qu'il s'agit d'un blocus naval total contre Pyongyang. «Et si la Corée du Nord ne se rend pas dans ces conditions extrêmement difficiles, il y a aussi un plan de solution militaire», ajoute-il.

    L'analyste a noté deux particularités concernant les participants au sommet. D'abord, bien que ce fût une réunion des ministres des Affaires étrangères, le chef du Pentagone James Mattis était également présent. «Un autre fait curieux: le ministre sud-coréen de l'Unification rencontrait les Nord-Coréens à Séoul pour discuter d'un drapeau commun [pour les deux Corees] à l'ouverture des JO en même temps que le ministre sud-coréen des Affaires étrangères participait à la conférence de Vancouver».

    Pourquoi les représentants russes et chinois, deux grands partenaires commerciaux de Pyongyang, n'étaient-ils pas présents? «Les partisans des mêmes idées étaient présents, pourquoi inviter des opposants qui apporteraient une dissonance dans le chœur harmonieux des alliés américains?», explique le scientifique.

    «Le sommet contredit les tendances qui ont commencé à se développer rapidement sur la péninsule, mais reflète les véritables plans et les réelles intentions stratégiques de Washington», a conclu M. Vorontsov.

    Le but du sommet ne consiste pas seulement à durcir le régime des sanctions et de confirmer la fidélité des alliés, mais il est aussi de tester la détermination des participants de la guerre de Corée à envoyer leurs troupes sur la péninsule coréenne dans le cas d'un conflit armé, a estimé de son côté le chef du Centre d'études coréennes de l'Académie des sciences de Russie, Alexandre Gébine.

    «Malheureusement, ce Godzilla de l'époque de la guerre froide est préservé. La réunion de Vancouver a montré que les Américains et certains de leurs alliés sont prêts à le faire revivre afin de recommencer une aventure sur la péninsule coréenne», a-t-il précisé.

    Quant à la réaction des deux grands absents du sommet, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov avait critiqué lundi «les Américains et leurs alliés» qui veulent «imposer leurs points de vue en se basant exclusivement sur le diktat et l'ultimatum», et ce sans «reconnaître la réalité d'un monde multipolaire».

    De son côté, le Président chinois Xi Jinping a rappelé à son homologue américain que la situation sur la péninsule connaissait actuellement «des évolutions positives», en référence aux discussions amorcées il y a une semaine entre Séoul et Pyongyang.

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    réunion, sommet, James Mattis, Péninsule de Corée, Corée du Nord, Corée du Sud, Chine, États-Unis, Russie
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