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    Lutte anti-dopage

    En attendant le prochain scandale de dopage aux JO, le CIO et le TAS se déchirent

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    Louis Doutrebente
    Jeux olympiques d'hiver 2018 (70)
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    Que comprendre au désaccord entre le CIO et le TAS sur les athlètes sanctionnés pour soupçons de dopage? Alors que le Comité International Olympique avait condamné des sportifs, certains ont été blanchis par le Tribunal Arbitral du Sport. Le système semble être en crise alors que les JO de Pyeongchang débutent ce vendredi 9 février. Analyse.

    «Que le Tribunal Administratif du Sport (TAS), composé d'experts en droit, revienne sur ces décisions sur un grand nombre de cas d'athlètes, c'est simplement logique, parce que, dès le départ, les décisions n'étaient pas légales.»

    Pierre Sallet, expert sur la question du dopage, docteur en physiologie et président d'Athletes for Transparency- association promouvant l'intégrité dans le sport-, revient sur l'affaire des athlètes, condamnés par le CIO, mais innocentés par le TAS.

    Pour mémoire, le 1er février, le Tribunal Administratif du Sport (l'institution indépendante qui participe à la résolution des litiges dans le domaine du sport par le biais de l'arbitrage et de la médiation) a blanchi 28 athlètes et membres de l'encadrement russes. Sanctionnés par le CIO pour leur implication présumée dans le système de dopage institutionnalisé et suspendus à vie, ces sportifs ont donc été réhabilités.

    Thomas Bach, président du Comité International Olympique, a considéré la décision du TAS comme «extrêmement décevante et surprenante» dimanche 4 février et a attaqué frontalement cette instance, en l'appelant à «réformer sa structure». Cette réaction n'a pas manqué de faire réagir les instances russes.

    Dans ce conflit entre le Tribunal Administratif du Sport et le Comité International Olympique, Pierre Sallet estime que le CIO s'est trompé dans son jugement et conteste son positionnement dans l'affaire du dopage des sportifs russes:

    «Pour ma part, j'avais trouvé que la décision qui avait été prise de sanctionner un certain nombre d'athlètes ne correspondait pas au droit qui devait s'appliquer [car, ndlr] le droit, au niveau de la lutte antidopage, est basé sur la sanction individuelle. […]
    Le dossier a été très mal géré depuis le début, puisque [les institutions, le CIO notamment, ndlr] ce sont éloignées du droit.»

    Malgré la décision du TAS, pourtant basée exclusivement sur le droit, le CIO a confirmé que les 13 sportifs (en activité) et les 2 membres de l'encadrement russes ne recevraient pas d'invitation pour les JO de Pyeongchang.

    Cette dernière annonce du CIO n'a pourtant pas découragé d'autres sportifs russes. En effet, 32 athlètes, soupçonnés de dopage et donc non conviés à participer aux JO, dont Anton Chipuline, la star nationale du biathlon, ont fait appel devant le TAS et espèrent bien obtenir gain de cause pour débuter les premières épreuves organisées vendredi.

    Mais quelle que soit la décision finale du TAS, toute cette affaire nuit gravement à la compétition qui se déroule en Corée du Sud. Et si la responsabilité de cette ambiance est partagée, les instances qui régissent le système des Jeux Olympiques sont fortement fragilisées:

    «Il faut vraiment repenser le système. […] Le système est à bout de souffle et des scandales antidopage, il en arrive régulièrement, alors qu'on dit que c'est le dernier et que cela va être fini et en fait, non, parce que rien ne bouge au niveau institutionnel.»

    Pierre Sallet ajoute:

    «Ce sont des choix politiques, des choix juridiques. Ce n'est pas le scientifique qui est en retard, c'est vraiment l'institutionnel et surtout la dimension politique et la dimension juridique qui sont eux, en retard.»

    Pierre Sallet redoute les prochains scandales, qu'il estime inéluctables. Il considère en effet, que malgré le cas du dopage russe institutionnalisé, le système n'a pas évolué, aussi bien sur le plan politique que juridique. Les critiques du président du CIO ainsi que du président de la commission qui a prononcé ces suspensions, Denis Oswald, à l'encontre du TAS, ainsi que les décisions de ce dernier démontrent la faiblesse actuelle du système pour appliquer davantage d'équité dans les compétitions internationales et dans la lutte contre le dopage.

    S'il estime que les Jeux de Pyeongchang seront eux aussi entachés de dopage, Pierre Sallet se veut prudent sur les dernières révélations publiées par le Sunday Times sur le dopage dans le ski de fond. Aidé par l'ARD (média allemand), le journal britannique a révélé que 290 sportifs seraient soupçonnés de dopage sanguin, entre 2001 et 2010. Si évidemment les athlètes russes sont encore à l'honneur avec 51 cas cités, ils sont loin d'être les seuls. Sur les 290 cas, il y aurait 20 sportifs allemands, 18 Français, etc. Des chiffres qui prennent toute leur mesure si on les examine par rapport au nombre d'athlètes total dans la discipline considérée:ainsi, les 51 russes soupçonnés représentent 34 % du nombre total de skieurs de fond russes. Si les Français ne sont que 18 à être dans le collimateur, c'est tout de même 29% du total et les 20 skieurs Allemands comptent pour 22%.

    ​S'appuyant sur une base de données contenant les résultats de plus de 10.000 athlètes, l'enquête affirme que 50 de ces sportifs soupçonnés seront présents à Pyeongchang, cinq jours avant le début des JO.

    Mais Pierre Sallet conteste les conclusions de cette enquête et il se veut très prudent:

    «Il faut toujours être très prudent avec ces résultats. On peut dire qu'effectivement, il y a des variations qui peuvent sembler anormales, mais ne commettons pas d'erreur, il faut connaître la spécificité de chaque dossier et de chaque dossier individuel. […] Se baser sur des chiffres pour dire que l'athlète est positif ou négatif, cela ne fonctionne pas comme cela.»

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    anti-dopage, athlètes, scandale, dopage, JO 2018 de Pyeongchang, Tribunal arbitral du sport (TAS), CIA
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