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    «Ma fille, tu dis un mot en kabyle je te tue», la dérive de trop d’une députée algérienne

    «Ma fille, tu dis un mot en kabyle je te tue», la dérive de trop d’une députée algérienne

    © AFP 2018 FAYEZ NURELDINE
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    Safwene Grira
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    La députée algérienne n’en est pas à sa première bévue vis-à-vis des Amazighs. Au-delà d’une polémique déclenchée par une politicienne «impopulaire» pour regagner en visibilité, des Algériens relèvent surtout un discours «dangereux».

    Naima Salhi est coutumière des sorties fracassantes. Cheffe d'un microscopique parti d'obédience islamiste, qui a néanmoins remporté un siège aux dernières élections législatives, l'élue s'en est violemment prise, lundi, à la culture amazighe, dont la langue, Tamazight, figure aussi dans la Constitution comme «langue nationale et officielle».

    «Ma fille a appris le kabyle (i.e: la langue amazighe, parlée notamment en Kabylie) en fréquentant des camarades dans une école privée. Je ne m'y étais pas opposé. Maintenant qu'on veut nous l'imposer, je lui ai dit: si tu me dis encore un mot en kabyle, je te tue»,

    raconte la députée algérienne en posant dans une vidéo qu'elle a postée dans les réseaux sociaux.

    La pique faisait suite à l'intention du gouvernement de mettre en place une «Académie algérienne de la langue amazighe», pour généraliser l'enseignement de cette langue multimillénaire, écrite et parlée aujourd'hui par des millions d'Algériens.

    «Une langue morte, qui n'a pas de lettres, pas de sens, pas de mots, qu'on vient aujourd'hui nous imposer!», lance pourtant Naima Salhi,

    avant de taxer de «terroristes», les militants du Mouvement pour l'autodétermination de la Kabylie (MAK).

    Le delirium tremens contre la culture amazighe a été mal accueilli par les Algériens, ainsi qu'en témoignent les nombreuses réactions dans les médias comme les réseaux sociaux, fustigeant tour à tour, une «fabrique de la médiocrité», une «hétaïre politique», qui ne brille que par ces polémiques.

    Contacté par Sputnik, Mohsaid Belkacemi, militant de l'URK (Union pour une République Kabyle) y voit la faute du pouvoir algérien «qui pousse au pourrissement»,

    «Le pouvoir algérien n'hésitera pas à nous taxer de terroristes. Il a déjà réussi à nous faire lister comme zone dangereuse pour terrorisme auprès de nombreux pays (USA, Angleterre…)», a rajouté ce militant de l'URK, un mouvement politique pacifique qui rejette la violence comme modus operandi.

    Pour Lyes Hakem, président de la section européenne du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD-opposition), Salhi, «qui n'a ni base sociale ni électorale, vit par les polémiques stériles», même si c'est parfois pour contredire le gouvernement, à qui elle apporte, par ailleurs, son soutien. Or, s'attaquer à l'amazighité est

    «très délicat dans la mesure où des hommes et des femmes sont morts pour la défendre, la protéger et la voir grandir», selon Lyes Hakem.

    Des voix dissonantes n'ont toutefois pas manqué de se faire entendre. Prenant la défense de la députée face au «lynchage» dont elle a fait l'objet, on rappelle que ces propos relèvent de sa liberté d'expression… Et tant pis si elle est en récidive.

    ​C'est que Naïma Salhi n'en est pas à sa première bourde, notamment envers les Amazighs, qui constituent son pain béni. Et pour cause, elle surfe sur «un amalgame, qui trouve écho chez une clientèle du système, entre l'Amazighité en tant qu'identité, et l'islam en tant que religion», a expliqué, pour sa part, Lyes Hakem.

    Un amalgame reposant sur une confusion «classique», au demeurant, entre «arabité» et «islam», dont les trois quarts de fidèles dans le monde ne sont pourtant pas Arabes. La confusion se trouve également confortée par certains Amazighs qui rejettent le bouquet «arabité et islam», en l'opposant à l'Amazighité.

    Le tout se jouant sur une bataille linguistique, mais non moins significative, autour d'un «Maghreb arabe» opposé au «Grand Maghreb», ou des «Conquêtes islamiques» contre les «invasions islamiques».

    Les autorités cherchent à tenir un discours plus apaisé et qui veut entrer en résonnance avec la réalité du pays. L'amazighité est ainsi une partie intégrante de l'identité algérienne, certes, mais elle vit en cohabitation. «Arabité, Islam, Amazighité» scandait, ainsi, il y a des années, le président Bouteflika dans un discours prononcé en Kabylie.

    Fin décembre 2017, le président algérien a déclaré Yennayer, le réveillon amazigh, journée chômée et payée. Une fête célébrée par tous les Algériens, ceux qui revendiquent leur Amazighité comme ceux qui s'en défendent, qu'ils soient, par ailleurs, musulmans, juifs, chrétiens ou athées. Quoi de plus normal pour une «amazighité qui coule dans nos veines»?

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