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    Le canton d'Afrine

    Syrie: sous la pression des acteurs étrangers, l’après-Daech s’annonce explosif

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    Maxime Perrotin
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    La Turquie veut assiéger la ville d’Afrine, en dépit de l’approche de l’armée syrienne de cette localité. Les USA bombardent des troupes gouvernementales syriennes, tandis que la DCA de Damas abat un avion israélien. Alors que la Syrie est presque débarrassée de Daech, jamais peut-être elle n’a autant ressemblé à une poudrière.

    Le temps du consensus international autour de la lutte contre «Daech» semble définitivement révolu. L'armée syrienne continue à combattre, avec le soutien de l'aviation russe, les derniers retranchements djihadistes sur son sol dans les faubourgs de Damas ainsi qu'à Idlib.

    Turquie
    © REUTERS / Umit Bektas
    Parmi les autres États aujourd'hui impliqués dans la crise syrienne, la tension ne cesse de monter ces dernières semaines. Illustration la plus récente de ce regain de tension, les propos tenus lundi 19 février par le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, au cours d'un déplacement en Jordanie.

    «S'ils entrent pour le vider [le canton d'Afrine, ndlr] des YPG, il n'y a aucun problème. S'ils entrent pour protéger des YPG, rien n'arrêtera ni la Turquie ni les soldats turcs.»

    Une mise en garde sans détour adressée à Damas par le chef de la diplomatie turque, contre tout accord passé avec les combattants des Unités de protection du peuple (YPG) qui ne répondrait pas aux attentes d'Ankara, à savoir la neutralisation des forces militaires kurdes à la frontière syrio-turque.

    Rappelons que depuis le lancement de l'opération «Rameau d'olivier», le 20 janvier, l'armée turque avance avoir éliminé 1. 715 «terroristes». Une offensive particulièrement brutale, qui ne fait guère de distinction entre djihadistes (certains appuieraient même l'opération) et miliciens kurdes, dans les villages de cette zone majoritairement peuplée de Kurdes et située à une trentaine de kilomètres de la frontière turco-syrienne. Depuis vendredi, les annonces de l'entrée des forces syriennes dans le canton Afrine se succèdent sans être suivies d'effet, les négociations battant toujours leur plein entre Damas et les représentants locaux des YPG.

    Des «réglages de dernières minutes à opérer» souligne Georges Malbrunot, grand reporter pour le Figaro et spécialiste du Moyen-Orient qui revient à notre micro sur les déclarations d'Ankara, qui ne serait pas «convaincu que Damas soumette les combattants kurdes du YPG»:

    «Les Turcs souhaitent une chose, que les combattants kurdes liés au YPG soient soumis et qu'ensuite il y ait des garanties apportées à la Turquie sur la gouvernance locale d'Afrine. Ces garanties peuvent être apportées soit par le gouvernement de Damas, soit par les rebelles proturcs qui combattent aujourd'hui avec la Turquie contre les Kurdes d'Afrine.»

    Mais si les caméras sont aujourd'hui braquées sur le canton d'Afrine, ce nouvel épisode (pas si médiatique) de la guerre syrienne s'inscrit à la suite d'une série d'incidents opposant des États intervenant sur le théâtre syrien.

    Le plus médiatisé fut sans doute ce F-16 de l'armée israélienne, abattu par la défense antiaérienne syrienne le 10 février lors d'un raid mené suite à l'intrusion d'un «drone iranien» dans l'espace aérien de l'État hébreu. Suite à cette perte, douze sites de l'armée syrienne ont été ciblés par de nouvelles frappes israéliennes.

    Quelques jours plus tôt, le 7 février dernier, estimant agir en «légitime défense» suite à l'attaque dans la région de Deir-ez-Zor d'un poste des Forces Démocratiques Syriennes (FDS), une coalition arabo-kurde soutenue par Washington, l'aviation américaine a mené une série de frappes. D'après le bilan dressé par le Pentagone, les forces fidèles à Damas déploreraient une centaine de morts dans leurs rangs, parmi lesquels plusieurs combattants de sociétés militaires privées de nationalité russe. Le tout dans une région, le nord-est syrien, où les États-Unis ont annoncé dans le courant du mois de janvier leur intention de déployer une force frontalière forte de 30.000 hommes. Une initiative, qui «souligne la volonté américaine de se réengager dans le conflit syrien» d'après Georges Malbrunot,

    «Les Américains à travers cette présence dans le Nord-est occupent quand même 25 —28% de la Syrie et surtout, via leurs alliés kurdes, contrôlent une bonne partie des champs gaziers et pétroliers.»

    Le grand reporter évoque ainsi les différents objectifs recherchés par une telle force, à savoir épauler les Kurdes dans leur lutte contre les derniers reliquats de «Daech», ainsi que parer «l'avancée […] des milices chiites irakiennes pro-iraniennes» dans la région.

    Cependant, satisfaire certaines attentes d'Israël ou des pays du Golfe ne semble pas les uniques motivations de Washington à en croire notre intervenant:

    «Le troisième objectif je crois, c'est d'empêcher que Bachar al-Assad et ses alliés iraniens et russes reconquièrent- comme Bachar al-Assad l'a rappelé —l'ensemble de la Syrie et on a bien vu il y a quinze jours que les Américains étaient près à recourir à la force pour empêcher cet objectif.»

    Une allusion transparente à ces frappes américaines les forces loyalistes syriennes et où des combattants russes ont trouvés la mort. Un incident sur lequel revient Samir Aita, opposant syrien, qui craint une escalade du conflit syrien, cette fois-ci directement entre les acteurs étatiques.

    «On l'a vu, les Américains tuent des combattants russes- il est vrai pas de l'armée, mais ce sont des combattants russes quand même- et on a vu des militaires américains menacés par certaines forces alliées au régime syrien. On est dans une zone très dangereuse.»

    Samir Aita reste dubitatif quant à l'argument de lutter contre «Daech» avancé par les États-Unis, afin de déployer cette importante force frontalière dans le nord-est du pays, rappelant que les dernières poches de «Daech» étaient identifiées.

    Une situation complexe où un pays manque à l'appel, la France. Est-il possible qu'elle puisse reprendre pied en Syrie, en participant d'une manière ou d'une autre à la résolution de cette crise? Si Samir Aida plaide en faveur de l'adoption par Paris d'une position de «go-between» entre Russes et Américains, pour Georges Malbrunot «La France a été écartée de toute solution» et semble définitivement hors-jeu sur le dossier syrien, relatant les tentatives «restées vaines» de créer un groupe de contact ou encore de faire revenir les négociations à Genève sous le parrainage des Nations unies.

    «Même si Emmanuel Macron a changé de discours, elle [la France, ndlr] reste impuissante face à ce qui se passe en Syrie. Elle est observatrice d'un processus de négociations dont elle a été écartée depuis maintenant de nombreuses années.»

    Une position française marquée par l'inflexibilité dont avait fait preuve François Hollande tout au long de son quinquennat à l'encontre de son homologue syrien, ce qui avait contribué au déraillement des négociations internationales de Genève. En parallèle, le processus d'Astana, qui vise lui aussi à amener la paix en Syrie sous le parrainage d'Ankara, Moscou et Téhéran, connaît des avancées concrètes.

    C'est sans doute ce qui a poussé l'Irak à manifester dès l'été dernier sa volonté de le rejoindre. Une candidature toujours à l'étude, mais dont l'issue pourrait être favorable à Bagdad à en croire les déclarations de Maksim Maksimov, ambassadeur de Russie en Irak, qui rappelait récemment à nos confrères de Izvestia que des représentants irakiens avaient été invités au Congrès national syrien de Sotchi les 29 et 30 janvier derniers et y étaient présents.

    Si Samir Aita reste réservé quant à l'indépendance des positions que l'Irak pourrait tenir durant les négociations, rappelant que «l'État irakien ne peut s'émanciper de sa relation privilégiée avec les États-Unis», Georges Malbrunot se montre plus confiant quant à l'élargissement de ces négociations à d'autres états de la Région.

    «Je crois que c'est une volonté à la fois de la Russie, de l'Iran et probablement de la Turquie aussi d'associer un pays voisin de la Syrie comme l'Irak à ces pourparlers qui sont importants. […] L'Irak, comme l'Égypte, devaient faire partie de ces pourparlers et ils le seront peut-être tôt ou tard.»

    Parallèlement, le 23 janvier, sous l'égide des États-Unis et de la France, vingt-quatre pays se réunissaient à Paris pour évoquer la situation en Syrie. Ordre du jour: pas la paix, mais sanctionner Bachar-al-Assad pour son utilisation présumée d'armes chimiques contre sa population civile. Soupçonnés «d'alimenter le programme syrien de conception et réalisation d'armes chimiques», 25 entités et responsables d'entreprises syriens, français, libanais et chinois auraient ainsi vu leurs avoirs gelés, selon l'AFP.

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    Tags:
    djihadisme, Rameau d'olivier, Forces d'autodéfense kurdes (YPG-YPJ), Daech, Bachar el-Assad, Mevlut Cavusoglu, États-Unis, Russie, Idlib, Jordanie, Turquie, Syrie
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