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    «Fais ce que je dis, pas ce que je fais»: une liste non exhaustive des ingérences US

    © Sputnik . Dmitri Donskoï
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    La condamnation obsessionnelle de la prétendue ingérence russe dans l'élection US est un cas classique de la formule «faites ce que je dis, pas ce que je fais», où les politiques et les médias américains semblent avoir développé une perte de mémoire à court et à long terme lorsqu’il s'agit de l'ingérence américaine dans des élections à l’étranger.

    Avec l'approche de l'élection présidentielle russe du 18 mars, tous les regards sont tournés vers Moscou, où huit candidats auront leur bulletin cette année. La Commission électorale centrale russe s'occupe de l'organisation du scrutin, garantissant une procédure équitable et libre, empêchant aussi toute ingérence illégale dans le processus électoral.

    Les inquiétudes concernant une ingérence étrangère dans le vote ne devraient pas être une surprise, étant donné qu'il n'y a pas si longtemps, les États-Unis s'ingéraient dans les affaires internes de la Russie, influençant les résultats de l'élection présidentielle de 1996.

    Promouvant Boris

    La cote de popularité du Président sortant Boris Eltsine a alors chuté jusqu'à 6% et ses chances de gagner étaient presque nulles. Dans ce qui a été publié plus tard comme étant la représentation des événements par Hollywood, les personnages du film «Spinning Boris» décrivent la position du Président:

    «Staline est mort. Pas plus mort que Eltsine.»

    Cette comédie américaine de 2003 mettait en vedette Jeff Goldblum, Anthony LaPaglia et Liev Schreiber, représentant une équipe de spécialistes de la presse américaine envoyée pour sauver l'image de M. Eltsine et lui assurer un nouveau mandat de quatre ans.

    L'«opération de secours» aurait été orchestrée par Felix Bryanin, un homme d'affaires russo-américain qui n'appréciait pas la perspective d'une victoire du principal rival du Président sortant, le parti communiste, qui ramènerait le pays au socialisme.

    Le Président américain Bill Clinton avec le Président russe Boris Eltsine, octobre 1995
    © AFP 2018 DON EMMERT
    Le Président américain Bill Clinton avec le Président russe Boris Eltsine, octobre 1995

    Les États-Unis n'ont pas pris la peine de couvrir leurs traces, les consultants politiques Joe Shumate, George Gorton, Richard Dresner et Steven Moore détaillant leurs exploits dans une interview exclusive au magazine Time. L'article a été publié le 15 juillet 1996 sous le titre «Les Yankees au secours — l'histoire secrète de la façon dont les conseillers américains ont aidé Eltsine à gagner».

    Selon The Guardian, en 2003, l'ancien chef d'état-major de Boris Eltsine, Sergueï Filatov, a nié l'implication des spin doctors américains dans les élections, affirmant qu'il «ne les a jamais vus» mais «car ils avaient été payés, nous avions décidé de les laisser tranquillement dans l'hôtel présidentiel et de ne pas interférer.»

    «Dans l'intérêt de la démocratie»

    Pour certains, l'ingérence américaine dans la politique étrangère peut être une révélation, mais certainement pas pour l'ancien directeur de la CIA James Woolsey, qui a récemment admis que les États-Unis se mêlaient des affaires d'autres pays «pour une très bonne cause, dans l'intérêt de la démocratie.»

    Les tentatives américaines de diriger les processus politiques à l'étranger ne se sont pas limitées à la seule Russie et n'ont pas commencé dans les années 1990. De plus, il ne serait pas surprenant que la «politique d'ingérence» des États-Unis se poursuive à l'avenir, compte tenu de la riche histoire de cette activité par Washington dans le passé.

    L'Italie

    Dans leur effort visant à soutenir les forces non-communistes dans l'Italie d'après-guerre, l'administration américaine sous Harry Truman a montré ses muscles politiques et financiers pour influencer le résultat des élections italiennes en 1948.

    Les États-Unis ont soutenu le parti la Démocratie chrétienne, qui a défait la coalition de gauche du Front démocratique populaire, grâce à un généreux soutien financier, qu'un ancien agent de la CIA, Mark Wyatt, a qualifié de «sacs d'argent que nous avion livrés aux politiques choisis.»

    «Nous avons fait beaucoup de choses pour aider les chrétiens démocrates, les républicains et… les autres partis sélectionnés… qui pourraient garder le secret de l'origine de leurs fonds», a déclaré l'agent lors d'une interview en 1996.

    Le Guatemala

    «Restez en dehors de cet hémisphère et n'essayez pas de démarrer vos plans et vos conspirations ici», a prévenu l'ambassadeur des États-Unis à l'Onu, Henry Cabot Lodge, lors d'une session d'urgence des Nations Unies le 18 juin 1954.

    Mais l'activité américaine ne s'est pas arrêtée aux leçons de morale et, en 1954, le dirigeant guatémaltèque démocratiquement élu Jacobo Arbenz Guzman a été renversé par un coup d'État soutenu par la CIA. L'administration Eisenhower a décrit cette opération comme une révolte destinée à nettoyer la région d'une «menace communiste» — ce qui a été facilité par la société américaine United Fruit Company (UFC).

    «Une fois qu'il est arrivé au pouvoir, il a implanté cette politique. Ça n'a pas plu à l'UFC qui a embauché une agence de relations publiques pour convaincre les États-Unis qu'Arbenz était une marionnette soviétique… Cette campagne de relations publiques a donné naissance à une conviction de la CIA et de l'armée de mettre hors d'état de nuire cet homme, et c'est en fait ce que nous avons fait», a expliqué à Sputnik l'auteur du livre «Les confessions d'un tueur à gages économique», John Perkins.

    Le Liban

    Le feu des tensions imminentes en 1958 au Liban, alimentées par la confrontation entre chrétiens maronites et musulmans maronites, a été déclenché par la «main forte» de Washington, qui a soutenu le Président chrétien pro-occidental Camille Chamoun face aux menaces posées par la Syrie et l'Égypte.

    Dans le même temps, la CIA a utilisé l'argent du gouvernement américain et les dons des compagnies pétrolières américaines pour aider les politiciens chrétiens du Liban à remporter les élections.

    Le Japon

    Tout au long des années 1950 et 1960, les États-Unis ont secrètement soutenu le Parti libéral-démocrate japonais (PLD), offrant un soutien financier discret à ses candidats sans hésitation. Le LDP a presque toujours été au pouvoir depuis sa création en 1955, à l'exception des périodes entre 1993 et 1994 et de 2009 à 2012.

    Dans les années 1950, leur principale opposition était la gauche, le Parti socialiste japonais et le Parti communiste japonais. Intéressée par la conservation du pouvoir par le PLD, la CIA a apporté son soutien financier au parti pour assurer sa domination sur ses homologues communistes.

    La Serbie

    En 1999, les États-Unis et leurs alliés de l'Otan ont intensifié leurs efforts dans leur «bataille pour la démocratie», cette fois-ci en Yougoslavie. Suite à leur intervention, le gouvernement yougoslave démocratiquement élu a été renversé et des millions de dollars américains ont été versés à ceux qui Washington appelait «l'opposition démocratique».

    «En Europe de l'après-guerre froide, il ne restait plus de place pour un grand État socialiste indépendant qui résisterait à la mondialisation», a simplement expliqué George Kenney, du département d'État américain.

    Le Honduras

    Le Président du Honduras Manuel Zelaya a été renversé lors d'un coup d'État militaire le 28 juin 2009. Son poste a été repris par le Président du Parlement Roberto Micheletti. Hillary Clinton, qui occupait alors le poste de secrétaire d'État américain, a cimenté la position de ce dernier, selon un article citant une enquête menée par Robert Naiman, Mark Weisbrot et Alexander Main suite à la publication des courriels d'Hillary Clinton par le Département d'État en mars 2015.

    De plus, elle aurait délibérément retardé la suspension des aides américaines non —humanitaires au Honduras, sous prétexte que la situation dans le pays était «encore incertaine». Cette mesure entreprise par Mme Clinton aurait assuré le fait que Manuel Zelaya ne revienne pas au pouvoir, en dépit du fait que le coup d'État a été officiellement non-reconnu par l'administration Obama et l'Onu.

    L'Ukraine

    Un certain nombre de questions se posent autour du rôle américain dans le coup d'État de 2014 en Ukraine, lorsque le Président démocratiquement élu Viktor Ianoukovitch a été renversé à la suite d'une série de manifestations violentes.

    Le sénateur américain John McCain se trouvait à Kiev au début des troubles. Étant la voix républicaine de premier plan sur la politique étrangère américaine, le sénateur a déclaré à des milliers de manifestants ukrainiens qui campaient sur la principale place de Kiev en décembre 2013:

    «Nous sommes ici pour soutenir votre juste cause, le droit souverain de l'Ukraine de choisir son propre destin librement et de façon indépendante, et le destin que vous recherchez se trouve en Europe.»

    Les sénateurs Chris Murphy et John McCain adressent les partisans du Maïdan, décembre 2013
    © Sputnik . Ilya Pitalev
    Les sénateurs Chris Murphy et John McCain adressent les partisans du Maïdan, décembre 2013

    Plus tard, une conversation téléphonique ayant fuité entre l'ambassadeur des États-Unis en Ukraine, Geoffrey Pyatt, et la secrétaire d'État adjointe, Victoria Nuland, a révélé une forte implication américaine.

    Ils ont parlé de la nécessité d'aider à «accoucher de cette chose» et déclaré que le politique ukrainien Arseni Iatseniouk était «le gars», peu de temps avant qu'il ne devienne Premier ministre.

    Commentant la position de Washington à l'égard des ingérences étrangères, Frederick Schwarz Jr., ancien directeur de la commission Church auprès du Sénat américain, a déclaré au New York Times en 1997 que «les États-Unis sont vraisemblablement engagés dans ces choses, mais nous nous insurgeons quand quelqu'un autre le fait»

    «Les choses que la CIA a qualifiées de réussites n'ont en fait pas été des succès. Ils ont été une démonstration arrogante de notre pouvoir d'intervenir dans des affaires intérieures», a-t-il ajouté.

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    renversement, élections, démocratie, CIA, James Woolsey, Boris Eltsine, Liban, Guatemala, Italie, Japon, Honduras, États-Unis, Russie
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