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    Présidentielle russe

    Staline, KGB, espions: la présidentielle russe vue par les médias européens

    © Sputnik . Evgenya Novozhenina
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    Elena Semionova
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    C’est n’est pas en rose que la presse européenne a vu la présidentielle russe. L’occasion pour elle d’exprimer son mécontentement réservé envers le chef du Kremlin. Sputnik a passé au crible les messages que les sites russes et anglais des médias européens, sans oublier les français, ont publiés à l’étranger à l’occasion du scrutin.

    Sans surprise, la présidentielle russe n'a pas manqué d'attirer l'attention des média européens. Et sans surprise non plus, ces derniers ne se sont montrés très bienveillant ni sur la façon dont le scrutin a été organisé ni sur son issue et son vainqueur. Sputnik a pris la peine d'analyser le ton adopté par RFI, Euronews et France 24 sur leurs sites russes et anglais, chargés de véhiculer leur vision bien au-delà des frontières de l'UE.

    RFI
    Il suffit de jeter un œil sur les titres des articles parus dimanche et au lendemain de la présidentielle pour se faire une idée du ton sceptique adopté par la version russe de RFI. «"Inutile de se plaindre" — les candidats sur les résultats de la présidentielle», «Andreï Gratchev: "Dans les relations Russie-Occident, nous sommes sur une voie très dangereuse"» ou encore «Les orthodoxes de Strasbourg se sont rendus aux urnes à l'appel de l'archiprêtre», comme si rien ni personne d'autre ne pouvait être en mesure les motiver à participer à l'élection présidentielle.

    Dans ce même article, mélangeant le devoir civil et la religion, les intertitres ne sont pas moins éloquents: «Des élections sans observateurs», crie l'un d'eux alors que l'autre martèle qu'il s'agit de «La dernière chance de changer quoi que ce soit dans le pays». Seul un lecteur attentif apprendra qu'au lieu d'un observateur il y avait une caméra pas moins impartiale et qu'à côté des opposants, ils étaient nombreux ceux qui soutenaient Vladimir Poutine.

    RFI n'a d'ailleurs pas omis d'évoquer l'Ukraine, énonçant sans un brin de condamnation les obstacles érigés par les autorités du pays aux électeurs russes, qui ont été privés de leur droit de voter en raison «de leur conduite en Crimée annexée».

    Euronews

    «Leader à deux visages: pourquoi Poutine est-il aimé en Russie et détesté en Occident», titrait le site russe d'Euronews à deux jours de la présidentielle. À l'intérieur, une autre question, pas moins rhétorique «Pourquoi Poutine est-il un "génie cruel " pour les pays Occidentaux?».

    L'auteur de l'article qui cherchait à analyser les motifs de la popularité et de l'irritation que suscitait Vladimir Poutine fournissait à cette occasion toute une liste de «raisons les plus évidentes pour un observateur occidental»: l'Ukraine, Syrie, la présumée ingérence dans les élections aux États-Unis et en France… «Personne n'envisage d'aller analyser les détails», avouait-il franchement avant de citer la vision typique des médias mainstream: le Maïdan ukrainien est une «protestation pacifique» opprimée par un «régime sanglant avec le soutien de Moscou». Faut-il préciser que la partie du texte réservée aux motifs de la popularité de Poutine était deux fois plus courte que ce qu'on pouvait ou devait porter à son débit?

    Le jour de la présidentielle, Euronews a sorti un autre texte. Surmonté du titre neutre «Évaluation des observateurs» celui-ci relatait les remarques tant positives que négatives faite par l'OSCE, avant de donner la parole au mouvement Golos qui se définit comme un «mouvement en soutien des droits des électeurs». Sans lésiner sur les adjectifs, ce dernier étrillait la campagne en la qualifiant de «non-libre» et d'«inégale», des propos qui prennent le contre-pied de ceux tenus par l'OSCE. Une précision s'impose: en amont du scrutin, plusieurs activistes de Golos se sont vus refuser le statut d'observateurs après avoir fourni à la Commission centrale électorale des «informations juridiques douteuses». Leur conclusions ne seraient de fait pas aussi sujettes à caution elles-aussi?

    France 24

    C'est avec un ton glacial que la version anglaise de France 24 analyse la réélection de Poutine. «Poutine, "l'homme sans visage", montre son caractère une fois de plus», titre la chaîne sur son site destiné aux étrangers. Celle-ci fouille le passé du Président russe et ne manque pas de rappeler son ancien lien avec les services secrets russes ainsi que son âge. «De nombreux électeurs ont voté pour un ancien espion du KGB âgé de 65 ans», indique l'article.

    «Peu nombreux sont ceux qui auraient pu deviner il y a deux décennies qu'un ex-espion morne tiendrait ce pays d'une main de fer qui s'étendra sur un quart du siècle», martèle l'auteur du texte. Citant «certaines sources russes informées», il va jusqu'à affirmer que les «milliardaires mènent le jeu» en Russie alors que son Président «cultive une image de dur à cuire».

    Ce média ne résiste pas à la tentation de citer dans ce contexte Joseph Staline, pour dire qu'avec ce nouveau mandat, «Poutine sera le chef de l'État russe qui restera au pouvoir le plus longtemps depuis le dictateur soviétique».

    «Victoire facile», «prévisible», «sans surprise»: ces mots passe comme un fil rouge à travers les textes des médias européens plutôt amers dans leur rhétorique quant à la présidentielle russe. Poutine a été, en effet, le grand favori de cette course, ce qui ne signifie pas pour autant que son nouveau mandat sera exempt de surprises.

    Vladimir Poutine remporte 76,68% des voix à la présidentielle à l'issue du traitement de 99,94% des procès-verbaux, selon la Commission électorale centrale. Il a raflé en Crimée 92,15% des suffrages, soit les voix de 985.117 habitants de la république. Plus de 150.000 observateurs ont été chargés de surveiller le déroulement du scrutin. 

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    Tags:
    presse, médias, Vladimir Poutine, Europe, France, Russie
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