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    Présidentielle russe 2018

    La presse française a-t-elle bien observé les observateurs des élections russes?

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    Louis Doutrebente
    Présidentielle 2018 en Russie (110)
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    Tous de droite, d’extrême droite ou d’extrême gauche et tous poutiniens convaincus, les observateurs français de l’élection présidentielle russe? C’est en tout cas l’impression qui se dégage de la lecture des articles de nos confrères à ce sujet. Qu’en est-il de la présence de trois députés de la majorité La République en Marche en Russie?

    Debout la France, Front national, Les Républicains, Nouvelle Gauche, les personnalités politiques présentes lors des dernières élections présidentielles en tant qu'observateurs du scrutin ne seraient-elles que membres de formations politiques d'opposition et ses membres seraient-ils tous des pro-Poutine?

    Si la presse française semble avoir accusé le coup après la large victoire de Vladimir Poutine lors des élections présidentielles russes du 18 mars dernier, elle s'est empressée de relayer largement les irrégularités du scrutin et s'est aussi livrée à une certaine caricature des observateurs présents dans les bureaux de vote.

    En effet, deux délégations françaises étaient présentes en Russie. La première composée par des élus ou ex-élus des partis Debout la France et Front national, la seconde de 26 membres, dont huit députés et sénateurs, menés par Thierry Mariani:

    «Je m'occupais d'un groupe d'observateurs de 26 personnes, où il y avait un élu de gauche, des élus Les Républicains et centristes et un ancien ambassadeur», détaille l'ex-député des Français de l'étranger à Sputnik France.

    Les personnalités de ces délégations, qui se sont rendus par petits groupes, comme l'explique l'ex-député LR Jacques Myard, pour observer les votes dans de nombreux bureaux de vote en Russie, ont, contrairement aux observateurs partisans de Navalny, été largement caricaturés. En effet, comme l'illustre l'article du Figaro, datant du jour du scrutin, ce ne seraient que des «pro-Poutine». Et le titre sous-entend de plus, que leur rôle est à relativiser: «Mariani, Aliot… Ces pro-Poutine invités par Moscou en tant qu'"observateurs"». Notez l'emploi des guillemets…

    S'il convient de préciser que la plupart, voire la totalité de ces membres ont un vif intérêt pour la Russie et ne cessent d'encourager la relation franco-russe, la presse semble juger que leur regard bienveillant ne leur permet pas de remplir leur fonction d'observateur des élections. Mais cette même presse oublie de préciser que la délégation menée par Thierry Mariani, aurait selon ses dires, invité leurs confrères LREM, qui ne sont pas réputés comme étant des pro-Poutine:

    «Il n'y avait pas d'élu En Marche parce que, tout simplement, ceux qu'on avait invités, n'ont pas donné suite. […] On nous a dit à chaque fois qu'ils attendaient le feu vert.»

    Si cet oubli est… sans doute involontaire, la presse ne s'épanche pas sur les membres d'un troisième groupe d'observateurs présents en Russie. En effet, si les autorités russes n'ont pas «invité le Conseil de l'Europe (COE) à compter au nombre des observateurs de l'élection présidentielle», il y avait bien 481 observateurs internationaux dans les bureaux de vote, déployés par l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE), dont des membres de la délégation française de l'Assemblée Parlementaire de l'OSCE. Ces membres volontaires, dont la présidente est la députée LREM Sereine Mauborgne, étaient au nombre de cinq, dont trois représentants du parti du gouvernement, de source parlementaire:

    «Une partie de la délégation française à l'AP OSCE s'est rendue en Russie pour participer à la mission d'observation électorale qui y était organisée par l'Assemblée Parlementaire OSCE. Cette délégation était composée de trois députés du groupe La République en marche, un député MoDEM et un sénateur Les Républicains.»

    Ainsi, il y aurait bien eu des députés LREM en observation en Russie lors des dernières élections présidentielles: les députés Aude Bono-Vandorme, François Jolivet et Didier Paris. Ce dernier s'est exprimé à Sputnik à ce sujet:

    «J'y étais personnellement et j'ai pu participer activement tant aux briefings préparatoires qu'aux observations de vote. Je me suis rendu dans 14 bureaux de Moscou et sa banlieue le dimanche 18 mars.»

    Contrairement aux autres observateurs français, ces députés LREM n'ont pas encore souhaité témoigner. Précisons tout de même que de source parlementaire, un «bref résumé» sera publié sur le site de l'Assemblée Nationale dans les prochains jours ou semaines.

    Si leurs observations, de par leur statut de député de la majorité, sont vivement attendues, un rapport des 481 observateurs de l'OSCE a été publié au lendemain des élections russes. Ce rapport révèle que l'élection a été bien administrée, mais regrette l'absence de concurrence sérieuse au Président sortant.

    Ainsi, outre les témoins de Navalny, les «observateurs pro-Poutine», 3 députés LREM étaient bien présents en Russie pour observer les élections présidentielles russes.

    Précisions que cette liste n'est pas exhaustive. En effet, certains se sont rendus de manière totalement indépendante en Russie pour suivre le scrutin dans les bureaux de vote, comme Frédéric Pons, professeur, journaliste et écrivain, qui se confie à Sputnik:

    «J'ai passé quelques jours avant l'élection et quelques jours après, ce qui m'a permis de beaucoup circuler, de rencontrer beaucoup de gens, d'être notamment le 18 mars dans un certain nombre de bureaux de vote de Moscou.»

    Frédéric Pons ajoute:

    «Je n'ai été invité par personne, j'étais à titre personnel comme journaliste, ce qui m'a donné une grande liberté, de circulation et de ton. […] Je suis resté à Moscou et j'ai fait plusieurs bureaux de vote du centre de la ville, du 145 au 150.»

    Dossier:
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    Tags:
    presse, élection présidentielle, Présidentielle russe 2018, France, Russie
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