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    Ghouta orientale

    Caravanes vers le nord et milliers de destins: la libération de la Ghouta orientale

    © Sputnik . Andrei Stenin
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    Des blindés et des camions se garent lentement sur la place centrale de Kafr-Batna, dans la Ghouta orientale. Des gens fatigués et affamés accueillent les militaires avec espoir, et à un kilomètre de là les affrontements battent leur plein.

    Des combats violents se déroulent depuis deux mois dans la Ghouta orientale, parallèlement à des négociations tendues avec les chefs de bande pour qu'ils déposent les armes et fassent sortir les civils de la zone des opérations.

    Kafr-Batna est devenu un exemple unique de comment les négociations ont permis de convaincre les combattants de quitter la commune et de laisser les civils dans leur foyer.

    Le «Printemps arabe» dans la Ghouta

    Les chefs des groupes radicaux dans la Ghouta orientale n'avaient d'autre choix que d'accepter la proposition du gouvernement syrien de quitter la zone à condition qu'ils emportent avec eux seulement leurs armes personnelles.

    Pendant deux semaines, la colère de la population avait grondé et s'était traduite par de grandes manifestations.

    Mi-mars, sur la place où aujourd'hui les militaires syriens se prennent dans les bras et prennent des photos avec les habitants, plusieurs milliers de personnes s'étaient rassemblées. Affaiblis par la faim et la peur, les habitants avaient trouvé la force de prendre les drapeaux nationaux et de manifester dans la rue en exigeant que les combattants armés partent. A ce moment, les habitants de Kafr-Batna sentaient que l'armée était tout près et que l'heure était venue d'agir.

    «Nous avons refusé de quitter la ville car nous croyions au fait que l'armée nous sauverait. Encore hier nous n'avions rien. Les combattants prenaient toute l'aide humanitaire, parfois nous recevions une poignée de riz et du pain. Regardez aujourd'hui: il y a des camions du Croissant-Rouge avec de la nourriture là, et dans cette rue des camions de l'État ont déchargé du pain, de l'eau et des conserves et ont organisé la distribution», raconte Khadija, une habitante de la commune, en gesticulant activement et en donnant à son enfant une galette avec une bouteille d'eau.

    Marcher pour s'en convaincre

    Khaled, officier de la garde républicaine syrienne, nous persuade de laisser le véhicule et de marcher à pied pour nous enfoncer dans la ville.

    Du matériel lourd et des mitrailleurs à bord de pick-ups continuent de circuler dans la rue principale, mais, dans la profondeur du labyrinthe urbain, la vie s'éveille minute après minute.

    Derrière une maison nous sommes rejoints par un habitant sociable qui s'est présenté comme Mohamed. Le jeune homme, parlant bien anglais, a absolument refusé d'entendre parler arabe de la part d'un Russe et revenait à chaque fois à l'anglais.

    «Le cheikh local jouait le rôle de médiateur dans les négociations. Il a convaincu les citoyens de se cacher dans la grande mosquée jusqu'à ce que tout se termine et négociait obstinément avec les chefs des brigades de combattants», raconte Mohamed devant le mur d'une école complètement repeinte avec des drapeaux et des symboles révolutionnaires.

    D'après Mohamed, les combattants se sont divisés en deux camps: les étrangers, pour la plupart faisant partie du Front al-Nosra*, ont refusé de déposer les armes et sont partis dans la ville voisine d'Aïn-Terma située plus près du centre de Damas. La plupart des locaux ont déposé les armes, et une partie est encore postée dans certaines rues avec des fusils — ils ont exprimé la volonté de combattre du côté de l'armée syrienne et, selon les accords, ont gardé leurs armes pour combattre les terroristes en cas de contre-attaques.

    Non loin de là à Sakba

    A Sabka, commune voisine de Kafr-Batna, la situation est plus affligeante. Des dizaines de milliers de personnes sont parties à Khammouriya via des couloirs humanitaires avant que l'armée ne reprenne le contrôle de la commune.

    Selon les accords conclus avec la participation du Centre russe de réconciliation des belligérants en Syrie, tout comme à Kafr-Batna les combattants devaient partir à Aïn-Terma et à Irbin. Cependant, une partie d'entre eux est restée dans les tunnels sous Sakba et a tenté d'organiser des sabotages contre les militaires syriens en attendant qu'ils entrent dans la ville.

    L'expérience a permis d'éviter de grandes pertes: les unités d'avant-garde, accompagnées de démineurs, fouillaient scrupuleusement chaque maison et leurs sous-sols, où se trouvaient les entrées et les sorties vers les cachettes souterraines des terroristes, s'étendant sur plusieurs kilomètres.

    Tournant stratégique à Kafr-Batna

    Après avoir libéré Kafr-Batna et avoir repoussé les terroristes du sud-est d'Aïn-Terma, l'armée a rejoint les unités concentrées dans la ville de Damas, séparant ainsi la Ghouta en trois cercles: le plus grand avant-poste des terroristes créé à partir des communes d'Aïn-Terma, d'Irbin, de Joubar et de Zamalka a été encerclé au sud, le deuxième cercle s'est fermé autour de la ville de Harasta, et le troisième autour de Douma.

    Quand l'encerclement s'est définitivement refermé, les terroristes avaient pratiquement perdu tout leur bouclier humain. Depuis le 27 février, près de 130.000 personnes sont sorties de la Ghouta, sachant que la grande majorité ont fui les combattants au cours des deux dernières semaines.

    La visite de Bachar al-Assad

    Après la libération de Kafr-Batna et de Sakba, les négociations se sont activées. Les soldats syriens ont également été inspirés par la venue du président syrien Bachar al-Assad sur la ligne de front dans la Ghouta.

    «Le fait de pouvoir libérer une commune sans opérations militaires est une évolution positive. Il ne faut pas oublier qu'il y a des civils et qu'il faut préserver leur vie. Les combattants les utilisent comme bouclier humain», a déclaré Bachar al-Assad, assis au volant d'une Honda dans les rues fréquentées de la capitale syrienne.

    Le dirigeant syrien a expliqué que des pays occidentaux tentaient par tous les moyens d'utiliser la situation dans la Ghouta orientale à son avantage, mais que la fuite massive de civils pour échapper aux terroristes avait révélé la véritable situation à la communauté mondiale.

    Toute résistance est inutile

    Le Centre russe de réconciliation des belligérants en Syrie, qui négocie directement avec les chefs des combattants restés dans la Ghouta, trouve finalement les bons arguments et, en fournissant ses garanties, persuade les terroristes de Harasta et ceux encerclés au sud de se rendre.

    «On a du mal à croire qu'ils partiront si facilement. Ils ont tout pour se défendre. Nous verrons ce qui arrivera dans les jours à venir», expliquait l'officier syrien à la retraite Nazir Saïdi à la veille de l'évacuation des combattants et des membres de leurs familles de la Ghouta vers Idleb.

    Deux jours après la libération de Kafr-Batna, Sakba et Jisreïn a commencé l'évacuation de combattants et des membres de leurs familles de Harasta.

    Des bus et des ambulances entraient en profondeur sur le territoire contrôlé par les combattants et se mettaient en file devant la sortie du couloir humanitaire. 4.979 citoyens récalcitrants ont pu être évacués de Harasta en quelques jours.

    Puis le tour des combattants encerclés dans le sud de la Ghouta est venu: en trois jours, plus de 17.000 combattants et membres de leurs familles ont été évacués de Joubar, d'Aïn-Terma, de Zamalka et d'Erbin vers Idleb. Un quatrième convoi de bus se prépare pour un aller simple.

    L'avant-poste du sud, composé de quatre villes, est considéré comme le plus sensible pour les habitants de Damas. En effet, moins d'un kilomètre à vol d'oiseau sépare Joubar du centre historique de Damas. De là, les terroristes bombardaient quotidiennement Damas.

    Après l'annonce des accords conclus avec les combattants de Joubar et d'Aïn-Terma, une véritable fête a commencé dans les rues de la capitale. Les citoyens lançaient des feux d'artifice, distribuait des sucreries dans la rue et se félicitaient les uns les autres.

    Pas de point final

    En dépit de l'humeur joyeuse et pleine d'espoir des 7 millions d'habitants de Damas, il est encore trop tôt pour parler d'une victoire totale de l'armée syrienne dans la Ghouta orientale: les combattants de Jaych al-Islam contrôlent encore la ville de Douma.

    Malgré un encerclement total, on ne parvient pas encore à convenir d'un accord concret avec les combattants. Pendant ce temps, le commandement de l'armée syrienne mobilise les forces aux abords de la ville, manifestement pour un plan B: l'assaut de la ville si les combattants armés refusaient de se rendre.

    *Organisations terroristes interdites en Russie

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    Tags:
    terrorisme, Ghouta orientale
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