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    La visite du dirigeant nord-coréen Kim Jong-un à son homologue chinois Xi-Jinping, le lundi 26 mars

    Par la petite porte, la Corée du Nord veut rentrer dans la cour des grands

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    La visite surprise du dirigeant nord-coréen Kim Jong-un à son homologue chinois Xi-Jinping, le lundi 26 mars, n’était qu’une première étape. Le guide suprême doit prochainement rencontrer le président sud-coréen, puis Donald Trump. La Corée du Nord espère ainsi mettre le pied dans le concert des nations et y jouer un rôle.

    Une première visite à l'international en catimini pour Kim Jong-un. Ce n'est qu'après le retour du dirigeant nord-coréen dans sa capitale que la Chine a officiellement confirmé sa rencontre avec Xi-Jinping, le 26 mars dernier à Pékin.

    Une rencontre plus importante que sa discrétion ne le laissait entendre, puisque Kim Jong-Un a affirmé qu'il était prêt à stopper son programme nucléaire et a confirmé une future rencontre avec Donald Trump. Ce scénario laissait imaginer une éventuelle volonté de la Corée du Nord de se mettre sous la protection de la Chine. Mais il est trop tôt pour l'affirmer, d'après Barthélémy Courmont, spécialiste de l'Asie et chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS):

    «La Corée ne renonce en rien à son arsenal nucléaire, il est évidemment beaucoup trop tôt tirer des conclusions et je doute que la rencontre avec Donald Trump se solde par un renoncement à l'arme nucléaire. Et il n'y a évidemment pas de pacte stratégique avec la Chine qui supposerait la mise sous protection chinoise de la Corée du Nord. Je rappelle que sa ligne idéologique, le Juche, qui date de Kim Il-song, met l'accent sur l'autonomie économique, politique et militaire. On est donc très loin d'une vassalité à l'égard de la Chine.»

    La réunification, un rêve entretenu par les deux Corées.

    Le réchauffement qui s'amorcerait au début des années 2000 entre les deux Corées avait été enrayé par les essais nucléaires et balistiques nord-coréens. Aujourd'hui, et quelques semaines seulement après un énième tir d'essai du Nord, Moon Jae-in et Kim Jung-un, se rencontreront au Sud, le 27 avril prochain. Ce renouveau du réchauffement de la péninsule est visiblement facilité par les Jeux olympiques d'Hiver de Pyeongchang. L'idée de réunification agite alors de nouveau les esprits, mais à ce sujet, Barthélémy Courmont reste réaliste:

    «La réunification est un rêve entretenu des deux côtés, mais qui est de plus en plus inaccessible. En revanche, le principe d'une réconciliation, d'une reprise du dialogue est indispensable pour les deux pays. Les démarches qui viennent au départ de Corée du Sud ont eu un écho très favorable de la Corée du Nord. Au-delà de la symbolique mise en avant lors des JO, il y a une vraie volonté, mais elle reste fragile. Il pourrait en déboucher des gestes symboliques, mais lourds de sens, celui des échanges de personnes. Avec la possibilité pour des familles séparées par la guerre de se retrouver.»

    Le bras de fer à venir entre Kim Jong-un et Donald Trump

    Quelques semaines après une guerre nucléaire sur Twitter, le Président américain annonçait via le même canal avoir décroché une rencontre avec son homologue nord-coréen. Une rencontre préparée et attendue de longue date par la Corée du Nord, d'après Barthélémy Courmont:

    «La Corée du Nord a préparé cette rencontre depuis maintenant plusieurs années, c'est un des souhaits des dirigeants nord-coréens de traiter directement avec les États-Unis. Ils ont préparé toute une liste d'exigences qui pourraient, le cas échéant, être le prélude à cette fameuse dénucléarisation que l'on évoque çà et là.»

    Le spécialiste souligne que ce niveau de préparation n'est pas symétrique Washington ayant longtemps considéré une rencontre avec la Corée du Nord comme inenvisageable:

    «Côté américain, on note en revanche un très grand niveau d'impréparation à cette rencontre. Jusqu'à une période très récente et ce tweet de Donald Trump, il n'était absolument pas au programme américain de rencontrer le dictateur nord-coréen.

    Le chercheur à l'IRIS souligne que les États-Unis ne savent pas encore sur quel pied danser avec Pyongyang. La Corée du Nord souffre depuis longtemps de lourdes sanctions internationales et bilatérales américaines. Cette question sera donc clé dans les négociations à venir entre les deux dirigeants. Mais rien ne semble gagné, tant la méfiance est forte d'un côté comme de l'autre, sans compter les divergences au sujet de la Corée au sein de l'administration Trump. Barthélémy Courmont craint même un "clash entre John Bolton et Donald Trump" tant les deux hommes sont connus pour avoir des "positions divergentes et des caractères intempestifs".

    Par ailleurs, il n'y a pas dans l'administration Trump, de ligne très claire quant à l'attitude à adopter face à la Corée. Étant donné que Donald Trump a parfois des positions très différentes d'un tweet à l'autre, et que son administration vient de s'enrichir de l'arrivée de John Bolton à la sécurité nationale, qui semble favorable à une option très dure à l'égard de la Corée du Nord. Donc on ne sait pas exactement ce que veulent les Américains, au-delà de ce slogan de la dénucléarisation, répétée à l'envi.»

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    Tags:
    Donald Trump, Xi Jinping, Kim Jong-un, Corée du Nord, Chine, États-Unis
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