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    Mohammed ben Salmane

    La reconnaissance d’Israël par Riyad, partie du projet «Affaire du siècle» visant l’Iran?

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    Derrière le transfert de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem et la reconnaissance par Riyad du droit d’Israël à un territoire se cache la réalisation de l’«Affaire du siècle», projet qui vise les pays de l’Axe de la résistance, estime dans son commentaire à Sputnik un politologue iranien. Quelles autres démarches pourraient suivre?

    La visite du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane aux États-Unis a été marquée par ses propos au sujet du droit d’Israël à un territoire qui constituent la première reconnaissance publique de l’État hébreu par les autorités du royaume. Il s’est en outre permis de lancer de nouvelles piques contre l’Iran, qualifiant le leader suprême de la République islamique, l’ayatollah Ali Khamenei, d’«Hitler» du Proche-Orient. Pour comprendre pourquoi ce genre de déclarations intervient maintenant et quelles répercussions elles pourraient avoir sur la région, Sputnik s’est adressé au politologue iranien Seyyed Hadi Afghani qui avoue y voir une partie du projet visant aussi bien Téhéran que les autres parties de l’Axe de la résistance, soit la Syrie et le Hezbollah libanais.

    Le temps est venu d’officialiser les relations clandestines

    Seyyed Hadi Afghani assure que Riyad entretient des contacts secrets avec l’État hébreu depuis 56 ans déjà et fait tout pour les passer sous silence. Contrairement à Riyad, Tel Aviv aspirait à les rendre publics, explique le politologue. «Cela aurait profité à Israël, car déclarer que l’Arabie saoudite n’a pas de problèmes avec Israël, pays qui abrite des lieux sacrés pour les musulmans du monde entier aurait pu pousser d’autres pays musulmans à établir des relations diplomatiques avec ce pays».

    Or, dans la situation actuelle, l’Arabie saoudite est passée à la vitesse supérieure: «elle est sortie de la pénombre des rencontres et des négociations clandestines  et a officiellement reconnu devant tout le monde le droit d’Israël à exister. Elle s’est ainsi débarrassée du lourd fardeau de la clandestinité et de la nécessité de tenir secrètes ses rencontres informelles avec les politiciens et militaires israéliens», explique-t-il.

    Quelle est la raison de ce retournement? Les victoires brillantes signées conjointement avec la Russie par l’Axe de la résistance en Syrie ont préoccupé aussi bien l’Arabie saoudite que ses alliés et adversaires, à savoir les Émirats arabes unis, Bahreïn, l’Égypte, mais aussi les États-Unis et l’Otan. En outre, la défaite des Saoudiens en Syrie a effrayé entre autres Israël, estime-t-il. «Il est donc tout à fait naturel que dans ce contexte l’Arabie saoudite et Israël aient senti que leurs positions dans la région, mais aussi leurs intérêts et l’avenir sont en danger», estime l’interlocuteur de l’agence.

    Il considère, d’ailleurs, que l’établissement des relations diplomatiques entre Riyad et Tel Aviv n’est pas pour demain. Selon lui, cela n’est qu’une part du projet anti-iranien baptisé «Affaire du siècle».

    «Je pense qu’avec le temps l’Arabie saoudite voudra annoncer officiellement ses relations avec Israël. Et Riyad ne s’arrêtera pas là», souligne-t-il.

    «Affaire du siècle»

    «La reconnaissance par l’Arabie saoudite du droit d’Israël à exister fait partie de l’"Affaire du siècle" qui vise l’Iran et l’Axe de la résistance», estime l’interlocuteur de l’agence.

    Et d’expliquer que la réalisation de ce projet a commencé avec le transfert de l’ambassade américaine en Israël à Jérusalem annoncée en décembre dernier par le Président Donald Trump. La seconde phase, estime-t-il, est justement l’établissement des relations diplomatiques entre Riyad et Tel Aviv. Pour les deux pays, il est important de s’unir contre l’Iran. Pourtant, ce plan ne saurait se limiter à cet aspect.

    «La mise en place d’une ville industrielle dans le désert du Sinaï où à l’avenir seront transférés les Palestiniens est une autre partie de ce projet perfide. En dernier lieu, la création d’un front uni entre les États-Unis, l’Arabie saoudite et Israël contre l’Axe de la résistance est examinée», a ajouté l’expert.

    À la question de savoir si ce genre de démarches entreprises par Riyad avait des chances de bénéficier d’un soutien international, l’expert répond par la négative, rappelant que la communauté internationale s’était déjà exprimée en défaveur de la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël.

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    Mohammed ben Salmane Al-Saoud, relations diplomatiques, projet, résistance, Hezbollah, Proche-Orient, États-Unis, Syrie, Israël, Iran, Arabie Saoudite
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