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    Chassés de Paris, les migrants s'installent à Saint-Denis

    Les députés «prêts à se battre» contre une loi immigration «pas à la hauteur des enjeux»

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    Gaëlle Nicolle
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    Mardi 3 avril au soir, Gérard Collomb a défendu son projet de loi «pour une immigration maîtrisée et un droit d’asile effectif». Un texte qui divise jusqu’au sein de sa propre majorité. Alors que l’opposition fourbit ses armes, le ministre de l’Intérieur annonce qu’il «ne renoncera pas». Feu croisé de critique sur ce texte sensible.

    «Ce texte a de grosses lacunes, de grosses faiblesses», commente d'emblée Fabien Di Filippo, à propos de la loi «pour une immigration maîtrisée et un droit d'asile effectif». Le député et secrétaire général adjoint des Républicains ne manque pas de railler au passage une majorité «fracturée» sur ce texte et réitère des «positions» que son parti a «toujours défendues».

    Au premier jour de l'examen des 900 amendements en commission, la majorité a été prise à partie par la droite, qui redoute l'appel d'air que pourrait causer la loi et par la gauche, qui dénonce un «affaiblissement des droits fondamentaux».

    «Comme pour la loi antiterroriste, on a des discours grandiloquents de la majorité, mais un texte qui n'est pas à la hauteur des enjeux et ne prend pas en compte les difficultés liées à la vague migratoire»,

    fustige Fabien Di Filippo, qui voit dans chaque projet de loi du gouvernement, « une opération de communication politique». Résistera-t-elle «à l'épreuve des faits»? L'élu en doute: au cœur de ces préoccupations, la question de l'extension du regroupement familial. La possibilité éventuelle pour les mineurs réfugiés de pouvoir faire venir leur frère et sœurs, en plus de leurs parents, est jugée «dangereuse» par le député, car elle pousserait les familles à jeter leurs enfants dans les bras des trafiquants:

    «C'est une incitation à envoyer les enfants mineurs vers les filières de passeurs pour qu'ensuite, ils permettent de ramener l'intégralité de la cellule familiale en France, y compris les frères et sœurs.»

    Une perspective d'autant plus dangereuse pour le député que selon lui «La France n'a pas la capacité d'offrir toutes ces perspectives et d'assimiler toutes ces personnes.»C'est pourquoi il se prononce en faveur de l'instauration de quotas:

    «Le droit d'asile est inaliénable, mais pour qu'il se fasse dans de bonnes conditions et que l'on puisse réellement accueillir les personnes éligibles au droit d'asile, il faut être strict sur le reste de l'immigration.»

    Une vision que ne partage pas la gauche, également insatisfaite du texte. Pour Gérald Briant, adjoint au maire du XVIIIe arrondissement de Paris, en charge des affaires sociales, de l'hébergement d'urgence et de la lutte contre les exclusions, le texte en l'état actuel accentue les obstacles sur le chemin de l'asile. Taclant aussi une majorité divisée, l'élu explique:

    «Il ne divise pas les communistes! Nous sommes d'accord pour rejeter en bloc ce texte, qui est un durcissement inacceptable de ce qui relève du droit international. C'est-à-dire qu'on durcit l'accès à des personnes qui sont déjà dans de grandes difficultés.»

    Conscient que le phénomène migratoire «va continuer et s'amplifier», à cause «du réchauffement climatique, de la situation de pays sous menace de guerre […]», M. Brian estime «qu'il faut prévoir de mieux organiser les choses et ne pas se mettre dans un esprit de forteresse assiégée».

    «Dans le XVIIIe arrondissement, on voit de gens qui ont de moins en moins confiance vis-à-vis de l'institution. Ils sont dans des camps Porte de la Villette, à l'écart des riverains, ou entre les mains des passeurs et des trafiquants», explique l'élu.

    Son arrondissement connaît bien les difficultés liées à la crise migratoire: en juillet dernier par exemple, plus de 2.700 personnes ont été «prises en charge», après s'être entassées dans des camps de fortune Porte de la Chapelle, autour du centre humanitaire, qui servait de «sas» aux migrants depuis novembre 2016.

    Quelques jours après sa fermeture, Anne Hidalgo a appelé l'État à mettre à l'abri les plus de 2.000 migrants installés sur des campements «indignes» de la capitale: «On voit aujourd'hui réapparaître des campements dans Paris, avec 1.500 personnes porte de la Villette, 800 sur le canal Saint-Martin…» dans le nord-est de Paris, déplorait la maire de Paris.
    Même constat pour Gérald Briant: «ça ne sert pas à grand-chose. Les gens continuent leur chemin migratoire».

    «On préfère mettre ces gens de passage entre les mains des trafiquants. Alors que si on travaille sur un accueil inconditionnel, qui gère à la fois ceux qui veulent demander l'asile en France et ceux qui sont de passage […], on est sur ces flux qui, contrairement à ce que dit Macron, ne sont pas très importants»,

    poursuit-il, appelant à relativiser l'effet «appel d'air» que pourrait provoquer l'extension du regroupement familial:

    «C'est bidon, c'est pour faire peur dans les chaumières au JT. Ça concerne 30.000 personnes… vous vous rendez compte? On est 66 millions habitant… faites les proportions.»

    «On va se battre à l'Assemblée Nationale et au Sénat pour faire reculer ce texte», annonce Gérald Briant. Une opposition plus frontale que celle de Fabien di Fillipo, qui fustige néanmoins les pas de deux du gouvernement: «Gouverner, c'est choisir. Et avec ce gouvernement, la nouvelle doctrine c'est "gouverner, c'est ne pas choisir".»

    Le gouvernement semble toutefois afficher une grande fermeté sur ce texte, n'accordant aux députés qu'une faible marge de manœuvre: Gérard Collomb a entrouvert la porte mardi à un assouplissement des dispositions controversées du projet de loi sur la durée maximale de la rétention, le ministre de l'Intérieur se disant «prêt à étudier» les propositions des députés.

    Ceux-ci savent à quoi s'attendre alors que la Commission des lois de l'Assemblée planche sur le texte d'ici jeudi, avant son examen en séance à partir du 16 avril.

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    Tags:
    loi, immigration, France
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