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    Chasse au sorcières moderne: quelles sont les cibles?

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    Irina Dmitrieva
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    Le 11 avril 1775, la dernière sorcière aurait été exécutée en Europe. Des siècles se sont écoulés, mais les chasser resterait un des passe-temps préférés des hommes. Mais comme les sorcières se font rares de nos jours, cette chasse a maintenant d’autres cibles et est surtout motivée par des raisons politiques. Qui sont les «sorcières» de nos jours?

    Donald Trump a publié cette semaine un message sur Twitter indiquant: «La chasse aux sorcières totale!» sans autre précision. De quoi que parle le Président américain, la chasse aux sorcières serait effectivement devenue totale de nos jours, et ce plus de 240 ans après la dernière exécution d’une sorcière en Europe.

    Mais qui sont les meilleurs candidats qu’on chasse de nos jours à la place des sorcières? En voici quelques exemples.

    Hackers 

    Les hackers venant des pays qui disposent de technologies informatiques avancées sont parfois la cible d’accusations d’espionnage ou d’ingérence dans les affaires intérieures d’autres pays. 

    En janvier 2017, les services de renseignement américains ont publié un rapport sur des hackers russes qui se seraient ingérés dans la présidentielle pour soutenir Donald Trump. Une grande partie des médias américains ont refusé de publier ces informations, les qualifiant d’inconsistantes. C’était «un ensemble d'accusations sans fondement» d’après la diplomatie russe.

    Le Président Trump s’est moqué du rapport sur Twitter, alors que le Kremlin a estimé que le rapport «non-professionnel et émotionnel» ressemblait à une «chasse aux sorcières».

    D’ailleurs, pour rejeter les accusations de collusion avec Moscou pendant la présidentielle, Donald Trump a préféré parler d’une autre menace venant de hackers… chinois!

    ​Les accusations portées contre les informaticiens ne sont pas toujours sans raison à en juger d’après les révélations du site WikiLeaks sur les écoutes téléphoniques et internet réalisées par les services secrets américains. Ces informations ont provoqué un scandale international et les États-Unis ont dû s’expliquer avec leurs alliés de l’Otan, qui avaient eux-aussi été espionnés. 

    En janvier 2018, le Pentagone a publié un appel d'offres pour un logiciel destiné à travailler sur les réseaux sociaux et à générer automatiquement, sur la base des informations recueillies, des publications sur les réseaux sociaux en sept langues.

    En 2017, le gouvernement britannique a affirmé que des hackers nord-coréens seraient derrière la cyberattaque du virus WannaCry qui a frappé en mai de cette même année les serveurs du système de santé publique du Royaume-Uni (National Health Service, NHS) et a causé des dégâts dans des bases de données de 150 pays, dont la Russie. La Corée du Nord a rejeté ces accusations les qualifiant de «tentative malveillante pour inciter la communauté internationale à éprouver une plus grande méfiance vis-à-vis de la RPDC».

    Journalistes 

    Les journalistes sont souvent parmi les cibles de poursuites politiques et de discrimination malgré l’existence des normes internationales qui l’interdisent. Il y aurait une tentation de les soupçonner d’être des outils de la propagande ou de se livrer à de l’espionnage.

    Rappelons notamment les difficultés que les journalistes pro-russes de plusieurs pays ont connu en Ukraine après que la Crimée a proclamé son indépendance par rapport à Kiev avant d’adhérer à la Fédération de Russie par un référendum ou les récentes initiatives de loi américaines. L’Ukraine a interdit l’entrée sur son territoire ou a expulsé plusieurs équipes de journalistes.

    En janvier 2017, la CIA, le FBI et la NSA ont accusé la Russie d'ingérence dans la présidentielle américaine sans fournir aucune preuve sous prétexte de vouloir garder leurs informations secrètes. Ils ont fondé leurs déductions sur des reportages de la télévision et de posts relevés sur les réseaux sociaux. Pratiquement la moitié de leur rapport était consacrée à l'agence Sputnik et la chaîne de télévision RT, et les données citées au sujet de RT remontaient à déjà cinq ans

    La situation n’a pas échappé à la porte-parole de ministère russe des Affaires étrangères Maria Zakharova qui a ironisé sur cette «chasse aux sorcières russes» déclenchée par le Parti démocrate et les médias mainstream américains.

    Étudiants

    Les étudiants, ces jeunes personnes parlant plusieurs langues et se déplaçant entre les pays en quête d’un meilleur cursus universitaire, pourraient bien être des informateurs des services secrets, n’est-ce pas?

    En 2017, plusieurs pays ont accusé la Chine de tenter d'influer sur leur politique intérieure et sur leur position concernant les questions importantes pour Pékin. 

    Les quotidiens américains The Financial Times et The New York Times ont notamment publié une enquête affirmant que le Parti communiste chinois utilisait les étudiants des principales universités des États-Unis pour «limiter la liberté académique»: ces derniers protestaient activement à chaque tentative des professeurs pour présenter une version alternative à la vision chinoise concernant Taïwan, le Tibet, Tiananmen, etc. 

    Les autorités chinoises ont nié toute tentative d'influence sur la politique des autres pays ou de surveiller leurs concitoyens qui ont habité ou ont suivi des études à l'étranger. 

    Acteurs du monde la politique et des affaires

    Les hommes politiques et les hommes d’affaires ont le pouvoir. Alors, pourquoi ne pas les soupçonner d’être des agents d’influence étrangers?

    Cette idée aurait inspiré en 2017 des médias néo-zélandais qui ont affirmé Jian Yang, député national d'origine chinoise, n'avait pas indiqué dans ses formulaires d'immigration qu'il avait été membre du Parti communiste et officier du renseignement militaire de la Chine avant son arrivée dans le pays. Il défendait au Parlement les positions chinoises sur toutes les questions internationales et encourageait le renforcement des relations entre les deux pays. En réponse, le parlementaire a qualifié ses accusateurs de racistes. 

    L’Australie a pris le relais dans cette campagne d’accusations contre des hommes politiques chinois en 2018. Les auteurs d’un rapport présenté en février au parlement ont accusé la Chine d’essayer de créer un réseau d’influence secret en Australie, composé d’hommes politiques et d’hommes d’affaires, pour pousser les autorités du pays à prendre des décisions au profit de Pékin.

    Diplomates 

    Les diplomates sont les nouveaux venus dans la chasse aux sorcières moderne. Protégés par le statut diplomatique, ils ont pour mission d’assurer le dialogue entre les pays. Mais pour certains pays, l’idée qu’un diplomate n’est qu’un diplomate paraît trop ennuyeuse, il devrait sans doute être un espion!

    Ces derniers temps, plusieurs pays ont expulsé des diplomates russes. Leurs ministères des Affaires étrangères ont avoué qu’ils soupçonnaient ces modestes employés des ambassades d’être des agents de renseignement. 

    Commentant cette tendance, Guy Mettan, directeur exécutif du Club suisse de la presse et auteur du livre «Russie-Occident, une guerre de mille ans: La russophobie de Charlemagne à la crise ukrainienne» a notamment indiqué à Sputnik: «L’expulsion des diplomates marque le début d’une nouvelle époque de "sanctions diplomatiques". C’est très dangereux parce que cela diminue le champ du dialogue entre les pays et nos prédécesseurs ont toujours essayé de l’éviter».

    Scientifiques

    Les chercheurs ne possèdent-ils pas les connaissances capables de créer des armes nucléaires ou chimiques? Cela doit paraître suspect… 

    En 2017, le tribunal de Téhéran a condamné un agent du Mossad à la peine capitale pour avoir remis aux services secrets israéliens les données d’une trentaine de chercheurs et militaires participant au programme nucléaire iranien. Parmi ces personnes figuraient notamment les chercheurs Majid Shahriari et Masoud Alimohammadi assassinés en 2010. 

    Deux experts iraniens commentant pour Sputnik la disparition de nombreux atomistes iraniens ont soupçonné l’implication d’Israël dans cette affaire. Toutefois, ces accusations portées contre Israël n’ont pas de preuves tangibles, affirme Vladimir Mesamed, professeur à l’Université juive de Jérusalem et expert de l’Iran.  

    Le scandale actuel autour de l’empoisonnement de l’ex-agent double Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia au Royaume-Uni, le montre bien.  Le 4 mars, Sergueï Skripal et sa fille Ioulia ont été retrouvés inconscients aux abords d'un centre commercial de Salisbury. Une semaine plus tard, la Première ministre britannique, Theresa May, a accusé la Russie d'être derrière l'empoisonnement des Skripal, sans toutefois présenter de preuves pour appuyer ses allégations, avant d'expulser 23 diplomates russes du Royaume-Uni. Mais Moscou se voit depuis plus d’un mois refuser d’obtenir des informations de l’enquête britannique pour qu’il puisse y participer.

    «Permettre à des scientifiques russes d'enquêter sur un dossier dans lequel ils sont les auteurs les plus vraisemblables du crime… serait comme Scotland Yard invitant le professeur Moriarty», le principal ennemi de Sherlock Holmes, à participer à ses investigations, a notamment indiqué la représentante du Royaume-Uni Karen Pierce.

    Nous ne saurons peut-être jamais de quoi parlait le Président Trump dans son message sur la chasse totale aux sorcières. Mais il semble qu’il ait raison. Les sorcières ont disparu, vivent les sorcières!

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    Tags:
    diplomates, étudiants, journalistes, chercheurs, hackers, programme nucléaire iranien, chasse aux sorcières, Agence nationale de sécurité américaine (NSA), FBI, CIA, Maria Zakharova, Donald Trump, Chine, Israël, Iran, Russie, États-Unis
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