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    Drapeau de Syrie

    Pour tenter de garder un strapontin au Levant, la France à la remorque des États-Unis

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    Maxime Perrotin
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    Emmanuel Macron annonce depuis Washington le renforcement des moyens militaires français en Syrie, au sein de la coalition menée par les USA. Une décision justifiée par la nécessité de «finaliser» les opérations contre Daech. Au-delà de ce noble objectif, quelles sont les intentions de Paris, alors que Damas assoit sa victoire sur les djihadistes?

    «Nous sommes pleinement engagés, nous continuons l'effort et nous allons accroître dans le cadre de la coalition internationale notre engagement», a déclaré Emmanuel Macron, mercredi 25 avril, dernier jour de sa visite d'État à Washington. Un «effet d'annonce», estime pour sa part Richard Labévière, qui n'est pas surpris par cette décision, soulignant l'accentuation de la présence américaine au nord de l'Euphrate.

    «Au-delà de cette annonce, on sait que de toute façon les bases militaires américaines dans le nord de la Syrie perdurent et vont être renforcées.»

    Le géopolitologue remet cette déclaration du Président français dans le contexte des frappes menées par Washington, Londres et Paris dans la nuit du 14 avril contre de supposés sites chimiques de l'armée syrienne. Une série de bombardements qu'il estime tant «catastrophiques» sur le plan diplomatique qu'inefficaces —celles-ci n'ayant servi «strictement à rien»- sur le plan opérationnel.

    «C'est annoncer un retrait pour consolider les moyens logistiques sur le terrain. […] Paradoxalement, dialectiquement, l'annonce du Président Macron confirme quelque part le mensonge de Trump et confirme le maintien des forces spéciales américaines dans le nord de la Syrie.»

    Des déclarations présidentielles qui ne prennent pas seulement le contre-pied des discours tenus par Donald Trump, celui-ci ayant récemment annoncé le retrait prochain des forces américaines de Syrie.

    Devant les étudiants de l'université Georges Washington, Emmanuel Macron a expliqué «être sur la même position» que celle de son homologue américain à propos du retrait des forces de Syrie une fois Daech vaincu. Pour autant, peu avant sa visite aux États-Unis, le Président français expliquait sur Fox News qu'un tel retrait laisserait le champ libre aux forces gouvernementales syriennes et à leurs alliés iraniens.

    ​«On est dans une espèce de confusion de communication qui laisse entendre un grand désarroi sur le plan diplomatique,» estime Richard Labévière.

    En effet, pour le géopolitologue, les chancelleries occidentales ne peuvent se résoudre à abandonner toute ambition sur la Syrie —une large majorité du territoire étant aujourd'hui de nouveau sous l'autorité de Damas. Richard Labévière revient ainsi sur les propos de Robert Stephen Ford, dernier ambassadeur américain à Damas.

    Le diplomate américain, qui déclarait notamment sur le plateau CBS News, peu après les frappes américaines d'avril 2017 sur la base aérienne syrienne de Shayrat, que «ce n'est plus dans les capacités de l'Amérique de changer le régime». Une «défaite militaire» en Syrie des Occidentaux et de leurs alliés israéliens et du Golfe, qui a du mal à passer, estime notre intervenant:

    «Il y a une obsession et une obligation absolue de maintenir une présence militaire, qu'elle soit américaine, française ou britannique, pour être présent à la table des négociations quand il s'agira d'envisager la reconstruction politique et économique de la Syrie, ce qui arrivera tôt ou tard.»

    Concrètement, selon Richard Labévière, ce maintien des moyens logistiques militaires occidentaux sur place pourrait se traduire pour la France par un élargissement des effectifs et des missions de ses forces spéciales. Des commandos français dont le panel des missions irait de l'appui des bases américaines à l'encadrement des forces kurdes. Une situation qui n'est pas nouvelle au Levant, les forces françaises et kurdes coopérant notamment en Irak depuis de nombreuses années, rappelle le géopolitologue.

    «Face à cette défaite militaire, le seul fer au feu qu'il reste pour les Américains et leurs supplétifs européens […] c'est la question kurde. Donc c'est de continuer à rester présents aux côtés des Kurdes et c'est de maintenir un dispositif militaire à minima le long de la frontière turque et irakienne.»

    Ainsi, l'«effet d'annonce» du Président de la République viserait à faire perdurer une présence «symbolique» française dans la région dans l'attente de la reconstruction du pays, estime Richard Labévière. Selon lui, la fin de Daech en Syrie pourrait bien rimer avec la fin de la présence française tant dans le pays qu'au Proche-Orient.

    «La France a été totalement exclue du processus syrien —si ce n'est du Proche-Orient- dès l'instant où Alain Juppé avait décidé de fermer l'ambassade de France en Syrie en mars 2012.»

    Par une certaine ironie du calendrier, notons que cette annonce du Président Macron survient 98 ans jour pour jour après l'institution du protectorat français sur la Syrie et le Liban par la Société des Nations (SDN).

    Force est de constater qu'après une forte présence culturelle et militaire dans la région, la France est aujourd'hui réduite à renforcer sa coopération militaire avec les États-Unis, sur fond de lutte antiterroriste, afin de garder un pied dans ce qui fut son pré-carré.

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    déclaration, base militaire, coalition, Daech, Donald Trump, Emmanuel Macron, Euphrate, États-Unis, Syrie, France
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