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    La production de pétrole

    Algérie: après les imams, c’est aux députés de réclamer leur part du gâteau pétrolier

    © AFP 2018 Guillermo Legaria
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    Kamal Louadj
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    Le 21 mai, lors de l’examen du projet de loi relatif au règlement intérieur du parlement, les députés algériens ont axé leurs interventions sur leur «statut particulier», en exigeant une augmentation de salaire, suite à la remontée des prix du pétrole. Ce mouvement suit celui des imams qui avaient réclamé des voitures de luxe et des appartements.

    Lors de la discussion du projet de loi concernant le règlement intérieur de l'Assemblée populaire nationale algérienne (APN), présenté le 21 mai pour examen en session plénière à l'assemblée par Cherif Nezzar, président de la commission des affaires juridiques, administratives et des libertés, les députés algériens, et en particulier ceux issus des deux partis majoritaires, le Front de libération nationale (FLN) et le Rassemblement national démocratique (RND), ont concentré leurs interventions sur la question de la revalorisation du salaire des députés, et malgré la crise financière que traverse l'Algérie, malgré la remontée enregistrée des prix du pétrole.

    ​«Le député est réduit à néant. Il travaille dans l'anarchie et sans conditions de travail décentes. », a déclaré la députée du FLN Akila Rabhi. «260.000 dinars algériens (26 millions de centimes de dinars, environ 2.200 dollars, ndlr) par mois sont insuffisants. L'histoire retiendra que l'APN n'a mis aucun moyen à la disposition des députés pour accomplir leur mission» a-t-elle ajouté.

    «Les journalistes évoquent à chaque fois les salaires des députés et oublient les salaires faramineux des cadres de l'État» a affirmé Ferhat Chabekh, député du RND, tout en soulignant que la presse nationale menait une «campagne de dénigrement (…) contre les députés en se focalisant sur leur rémunération».

    ​Et de commenter le déroulement des débats à l'intérieur de l'hémicycle, Saïd Bouhadja, président de l'APN a souligné qu'en se concentrant sur le volet social, les privilèges et la situation matérielle, les députés «avaient fait un amalgame entre le règlement intérieur de l'Assemblée et le statut particulier du député».

    Il est à noter que le salaire de 260.000 dinars perçus par les députés algériens, représentent uniquement la partie nette de ce dernier. Si l'on ajoute tous les autres frais de prise en charge des représentants du peuple on arrive à un salaire global brut «de 420.000 dinars (environ 3.600 dollars, ndlr), sans compter les primes, les privilèges et d'autres avantages», note le site d'information algériepatriotique.

    Dans une étude de l'Office national des statistiques algérien (ONS), rendue publique par l'Agence Presse Algérie (APS), le 4 décembre 2017, il a été révélé que le salaire net moyen mensuel était globalement de 39.900 dinars (environ 340 dollars, ndlr) en 2016 à raison de 55.700 dinars (environ 475 dollars, ndlr) dans le secteur public contre 32.600 dinars (environ 278 dollars, ndlr) dans le secteur privé. «Ces chiffres sont issus d'une enquête annuelle sur les salaires menée par l'ONS auprès de 545 entreprises publiques et de 242 entreprises privées de 20 salariés et plus (hors administration et agriculture)», nous informe l'APS.

    ​L'étude de l'ONS a montré que les secteurs publics qui payent le mieux en Algérie sont ceux des hydrocarbures avec «salaire net moyen de 102.000 dinars/mois (environ 870 dollars, ndlr)», et de la finance avec «un salaire net moyen de 59.700 dinars/mois (environ 510 dollars, ndlr)». Cependant les entreprises publiques les moins rémunératrices «sont celles de la construction avec 35.700 dinars/mois (environ 305 dollars, ndlr) et les hôtels et restaurants avec 34.600 dinars (environ 276 dollars, ndlr)».

    Concernant le secteur privé, les sociétés qui rémunèrent le mieux sont celles «du secteur de la finance avec un salaire mensuel de 74.300 dinars (environ 635 dollars, ndlr), et celui de la santé avec 44.000 dinars (environ 376 dollars, ndlr)».

    Face à ces disparités salariales entre les élus et les autres citoyens algériens, Samir Chaâbna et Cheikh Barara, députés du Mouvement populaire algérien (MPA) n'ont toutefois pas hésité à déclarer que:

    «Le député au Niger et au Mali est mieux loti sur le plan salarial que son homologue algérien».

    À propos des sanctions contre l'absentéisme lors des travaux des différentes commissions et des séances plénières contenues dans le projet de règlement intérieur présenté au parlement, celles-ci ont été rejetées presque à l'unanimité par les députés algériens, dont certains ont déclaré «que l'absentéisme n'est pas spécifique à l'Algérie, mais est une réalité même dans les pays occidentaux comme la Belgique, la France et l'Allemagne».

    Pour rappel, la semaine dernière, les imams des mosquées algériennes avaient, eux aussi, demandé au président Abdelaziz Bouteflika une hausse de salaire. «Moi je propose pour tout imam un salaire minimum de 80.000 dinars par mois (environ 683 dollars, ndlr). C'est vraiment un minimum. L'imam doit également pouvoir bénéficier d'un logement social, et pourquoi pas d'une villa construite sur un terrain qu'on lui accorde. Il faut qu'on lui donne une voiture…», avait notamment déclaré Cheikh Ali Aya, imam de la Grande mosquée d'Alger dans une émission de la chaîne Ennahar TV diffusée le 16 mai.

    Le projet de loi proposé aux députés algériens fixe le fonctionnement du parlement, les procédures d'ouverture de la législature, les organes de l'Assemblée, la composition des commissions et leurs compétences ainsi que l'organisation des journées parlementaires.

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    Tags:
    revendications, augmentation, salaire, parlement algérien, Office des statistiques nationales (ONS), Abdelaziz Bouteflika, Algérie
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