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    Un blogueur algérien écope de 10 ans de prison pour «intelligence» avec Israël

    © Sputnik . Andrei Starostin
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    Safwene Grira
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    Un mois exactement après la peine capitale prononcée contre un Libano-libérien accusé d’espionnage au profit d’Israël, le blogueur algérien Touati Merzoug paie pour des «connexions» avec Tel-Aviv. Il avait réalisé une interview d’un porte-parole de la diplomatie israélienne en janvier 2017.

    Merzoug Touati revient de loin. D'une peine de mort, prévue par le Code pénal, de la perpét», ensuite, requise par le procureur, il n'écopera finalement «que» de 10 ans de prison et de quelques bribes d'amende. Accusation: intelligence avec l'ennemi. Traduction: publication sur son blog d'une interview avec un porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères.

    L'affaire remonte au début de l'année 2017, alors que l'Algérie vivait au rythme d'émeutes contre la nouvelle loi de Finances. Dans la foulée, le ministre Abdelmedjid Tebboune accuse les Israéliens de déstabiliser l'Algérie. Merzoug Touati, un Kabyle de Béjaïa qui tient un blog, accorde aux Israéliens un «droit de réponse», via une vidéoconférence avec Hasan Kaabiah, l'un de leurs porte-parole au ministère des Affaires étrangères.

    Arrêté le 27 janvier 2017, il doit répondre d'accusations d'espionnage, mais aussi d'incitation à la rébellion, à travers un post sur sa page Facebook qui appelait à poursuivre les manifestations contre la loi de Finances. Selon des sources judiciaires alors citées par la chaîne Annahar, le prévenu aurait avoué des connexions douteuses avec des parties israéliennes.

    Au terme d'un an et demi de détention, et nonobstant sept grèves de la faim, la Cour criminelle de Béjaïa prononce son verdict. L'incitation à la rébellion est écartée, mais l'intelligence avec une puissance étrangère pour «nuire à la situation militaire ou diplomatique de l'Algérie», retenue.

    Il s'agit, en un mois, de la seconde affaire d'espionnage au profit d'Israël, dans ce pays à l'avant-garde de la défense de la cause palestinienne. Le 23 mai dernier, la Cour criminelle de Ghardaïa, dans le Centre algérien, confirme en appel la peine capitale à l'encontre d'un ressortissant libérien, d'origine libanaise, pour «espionnage au profit d'Israël». Six autres accusés, de différentes nationalités subsahariennes, ont écopé chacun d'une peine de 10 ans de réclusion criminelle.

    ​Tout autre était, toutefois, le contexte de cette première affaire, qui n'a valu à ses protagonistes que l'indignation nationale. Jeune blogueur d'une trentaine d'années, au chômage, Merzoug Touati a pu, nonobstant la gravité des charges retenues contre lui, rassembler de nombreuses voix solidaires. Au-delà des Reporters sans Frontières, Amnesty International…

    … c'est surtout la sympathie de nombreux Algériens qui s'est exprimée sur la Toile. Malgré une culture antisioniste très forte en Algérie, nombreux sont ceux qui ont trouvé le jugement disproportionné et l'affaire manquant de crédibilité.

    Au cours du siècle dernier, l'Algérie a engagé par deux fois ses troupes contre les Israéliens. En 1967, lors de la Guerre des Six Jours, la fin des hostilités a acculé les troupes algériennes envoyées par le président Houari Boumediene à un retour au bercail. En 1973, toutefois, l'armée algérienne a largement participé aux combats, de façon souvent décisive.

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    Tags:
    blogueurs, code pénal, Israël
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