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Macron et Poutine se seraient entendus sur un rapprochement du «Small group» des puissances occidentales et de leurs alliés moyen-orientaux et du groupe d’Astana qui négocie la paix en Syrie. L’entente est-elle possible entre ces entités présentées par le Président de la République comme «complémentaires», pourtant si différentes?

La venue d'Emmanuel Macron au forum économique de Saint-Pétersbourg aura donné à ce rendez-vous international des affaires des accents forts politiques: Ukraine, nucléaire iranien et Syrie auront tenu la tête d'affiche.

Ainsi, le 24 mai au soir, Emmanuel Macron et Vladimir Poutine sont-ils revenus, lors d'une conférence de presse commune en marge du forum, sur la Syrie. Parmi les propositions, la mise en place d'un «mécanisme de coordination» entre le Small Group (France, États-Unis, Royaume-Uni, Allemagne, Arabie saoudite et Jordanie) et le groupe d'Astana (Iran, Turquie, Russie, pour les parrains, gouvernement syrien et la plupart des groupes d'opposition pour les parties directement concernées).

Premier à prendre la parole sur le sujet, protocole oblige, Vladimir Poutine s'est dit «près à avancer dans la direction de joindre nos forces», bien qu'il croit que l'on doive «montrer du respect pour la souveraineté d'un pays», allusion à peine voilée à l'intervention militaire directe de la plupart des membres du Small Group en Syrie. Quant à Emmanuel Macron, il s'est dit «extrêmement satisfait des avancées» avec son homologue russe, soulignant que ces deux formats sont «complémentaires», la finalité étant «d'avoir un agenda de discussion —parallèle, mais commun- pour les deux groupes» devant permettre d'aboutir à une solution politique.

«La Russie va continuer à travailler avec le gouvernement syrien et l'opposition, dans le cadre des pourparlers d'Astana. Ce format est très efficace et aboutit à de résultats très significatifs. Nous sommes également prêts à prendre contact avec ledit Small Group. Mais nous pensons que nous devons montrer du respect pour la souveraineté du pays et avons décidé avec M. le Président d'avancer dans la direction de joindre nos forces,» a déclaré Vladimir Poutine.

Une avancée afin de remettre toutes les parties autour de la table des négociations, certes, mais qui peut avoir de quoi étonner au premier abord. En effet, si les deux groupes évoluent en parallèle du processus de paix à Genève concernant la Syrie, la comparaison s'arrête à peu près là.

Le processus d'Astana, qui a ses défauts, présente néanmoins l'avantage d'être multilatéral. Sous le patronage de soutiens du gouvernement (Russie, Iran) et de l'opposition (Turquie), il fait s'assoir autour d'une même table des responsables des autorités syriennes et ceux de l'opposition armée, afin de trouver une solution politique à la guerre qui ravage le pays depuis sept ans.

Rien à voir donc avec le Small Group, qui réunit la plupart des principaux sponsors des opposants, y compris les plus radicaux, à Damas. D'ailleurs, l'état d'esprit de ces parties prenantes au conflit syrien avait fuité en février dernier suite à la circulation d'un télégramme diplomatique (TD) de l'ambassade britannique à Washington. Un TD qui faisait office de compte rendu d'une réunion du Small Group, le 11 janvier, dans la capitale américaine.

Dans son analyse du fameux TD, L'Humanité-Dimanche, n'y allait pas par quatre chemins pour dépeindre l'attitude américaine vis-à-vis de la Syrie, «Washington rejette l'hypothèse d'un gouvernement de transition, tel que le prévoit la résolution 2254 [du Conseil de sécurité des Nations Unies, ndlr].» Une analyse, faisant référence au fait que David Satterfield ait confirmé durant la réunion que Donald Trump n'entendait en rien retirer ses troupes de Syrie malgré la victoire sur Daesh.

Hormis l'objectif de «revigorer Genève pour que Sotchi devienne hors de propos», deux semaines avant même que ne se tienne —à Sotchi- une réunion de la conférence de paix du groupe d'Astana, figurait également dans ce document supposé secret d'autres suggestions pour le moins intéressantes.

Relevons celles de «continuer à dénoncer l'horrible situation humanitaire, ainsi que la complicité russe dans la campagne de bombardements de cibles civiles» et de «maintenir la pression sur la Russie» afin de la convaincre de «lâcher le régime» ou encore de «créer les conditions et institutions qui permettraient des élections qu'Assad ne pourrait pas gagner».

Un dernier élément qui revient à l'esprit lorsqu'Emmanuel Macron évoque le vote des millions de réfugiés syriens qui ont fui depuis le début du conflit. En effet, officiellement, Emmanuel Macron prend le contrepied de son prédécesseur lorsqu'il réaffirme que la priorité de la France n'est pas «depuis l'extérieur, à quelque changement de régime que ce soit», mais à «l'éradication», «la lutte contre le terrorisme islamiste». Un point qu'il défend de longue date:

«C'est celle qui consiste à construire une solution politique inclusive, qui permettra d'élaborer le cadre constitutionnel, qui permettra à tout le peuple syrien, y compris les Syriens ayant dû fuir, de voter et de choisir leurs gouvernants. C'est cela le point d'aboutissement du processus politique qui est le nôtre.»

Un vote des réfugiés, dans l'esprit de certains observateurs, supposé défavoriser Bachar el-Assad.

Pour autant, depuis le mois de février, la donne continue de changer en Syrie, avec notamment les frappes occidentales à la mi-avril ou le renforcement du soutien français aux forces kurdes sur fond de menace de Donald Trump de retirer ses troupes du nord de la Syrie s'il devait assurer seul cette présence militaire.

Reste donc à savoir comment a évolué l'approche des autres membres de ce Small Group et si, comme l'assure le Président de la République, tous on la «même volonté de stabilisation, un même respect de la souveraineté des peuples, une même volonté de faire aboutir le dossier en étant inclusif et en construisant la stabilité à long terme.»

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Tags:
pourparlers, Vladimir Poutine, Emmanuel Macron, Bachar el-Assad, Astana, Occident, Syrie
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