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    Migrants. Photo d'archive

    En Tunisie, la mort de dizaines de migrants bouleverse le pays

    © AP Photo / Santi Palacios
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    Safwene Grira
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    Dans la rue tunisienne, l’émotion est vive, l’indignation est palpable suite à la mort d’une cinquantaine de migrants au large d’une île tunisienne, qui avait connu en octobre un drame similaire. Les autorités assurent prendre les dispositions idoines, pour éviter un macabre «reload».

    La recherche macabre a repris, lundi matin. Au large de Kerkennah, île paisible au large de la côte tunisienne, les unités de la Marine et de la gendarmerie nationales s'activent. La veille, les recherches se sont interrompues en raison de mauvaises conditions climatiques. Pas sûr que les Tunisiens étaient prêts, d'ailleurs, à affronter d'emblée un bilan encore plus lourd que ce qui a été annoncé au terme d'une journée de recherche: 48 morts, plusieurs dizaines de disparus. La grande majorité étaient Tunisiens. Les autres, Maghrébins et Subsahariens. Tous tentaient de rejoindre l'Italie sur une embarcation surchargée.

    Dans la rue tunisienne, l'émotion est vive, l'indignation palpable. Nombreux ceux qui enjoignaient au gouvernement de décréter le deuil national.

    «Catastrophe nationale! Normalement, ce devrait être un jour de deuil national suite à la mort de 46 jeunes en pleine mer», s'est insurgée cette internaute, peu avant l'alourdissement du bilan.

    Dans un post teinté d'une ironie amère, l'ancien patron de la télévision nationale, Mohamed Chelbi, a estimé qu'un deuil national n'était pas opportun. Et pour cause:

    «Je ne vois pas l'utilité de décréter un deuil national après ce qui s'est passé, et ce pour deux raisons. Le deuil est décrété quand des catastrophes interrompent le cours tranquille de notre vie, or, nous sommes déjà dans un deuil permanent. Deuxièmement, le deuil est fait pour les cas de force majeur, les événements qu'on ne peut pas empêcher. Or, en l'occurrence, ce n'est pas le cas. Ce dont on a besoin c'est de décréter une colère (nationale).»

    Au large de Kerkennah, à mesure que les opérations avancent, les chances de retrouver des survivants s'amenuisent. Les 68 migrants qui ont pu être sauvés seront manifestement les seuls rescapés. Dans les médias, comme sur les réseaux sociaux, on appréhende le bilan final. L'embarcation transportait entre 170 et 220 migrants. Celui-ci pourrait, donc, s'alourdir à une centaine de morts.

    ​Au niveau de la présidence du gouvernement, on s'active, assure de sa compassion devant ce «drame national», alors que le mécontentement gronde au sein de l'opinion publique. Dans une réunion à la Kasbah, en présence des ministres de l'Intérieur et de la Défense, et des hauts cadres militaires et sécuritaires, le chef du gouvernement Youssef Chahed a insisté sur la nécessité de «remédier aux défaillances» ayant conduit à cet accident, et d'activer de précédentes décisions concernant la poursuite des réseaux de passeurs et leur démantèlement.

    Le chef du gouvernement, Youssef Chahed, préside ce matin [lundi, ndlr] une réunion de travail consacré au suivi des derniers développements du naufrage d'une embarcation transportant des migrants clandestins sur les côtes de l'île de Kerkennah

    Une cellule de crise a également été mise en place pour apporter un soutien psychologique et matériel aux rescapés et aux familles des victimes, alors que l'identification des corps avance… sous la pression des proches.

    ​En colère, les familles des sinistrés se sont rassemblées par centaines, dimanche, devant la morgue de l'hôpital principal de la ville de Sfax, appelant à l'accélération des procédures d'identification et de restitution.

    C'est désormais chose (presque) faite. Lundi après-midi, la plupart des corps des Tunisiens étaient identifiés et restitués, d'après les médias locaux citant des sources médicales.

    L'identification des passeurs avance, elle aussi. Au nombre de huit, ils sont activement recherchés par les forces de l'ordre, a informé de son côté le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Khalifa Chibani.

    En octobre dernier, les côtes de Kerkennah avaient été le théâtre d'un autre drame. L'embarcation de migrants clandestins est entrée en collision avec une unité de la marine tunisienne. Bilan: une cinquantaine de morts. Face à un même drame, les mots d'hier font écho à ceux d'aujourd'hui.

    «Youssef Chahed: l'accident de Kerkennah est une catastrophe nationale»

    À en croire le porte-parole du ministère de l'Intérieur, des «catastrophes nationales» sont empêchées tous les jours… Un message qu'il voulut «adresser aux Tunisiens» qui accablent les autorités.

    «Depuis le début du ramadan [le 15 mai, ndlr] jusqu'au 3 juin, nous avons arrêté 900 migrants clandestins […]. Je vais vous donner un autre chiffre. Du 1er janvier au 3 juin, 5.986 ont été arrêtés», soit presque le double des arrestations enregistrées en 2017.

    Autant dire que Kerkennah n'est pas à l'abri d'un macabre «reload».

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    Tags:
    morts, migrants, Tunisie
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