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    Au-delà des tensions USA -UE, l’OTAN toujours plus puissante contre la Russie

    © AFP 2018 Justin Tallis
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    Louis Doutrebente
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    En arrière-plan d’un très médiatique G7, une autre réunion internationale a lieu ce vendredi 8 juin: celle des ministres de la Défense des pays membres de l’OTAN à Bruxelles. Si l’alliance occidentale semble menacée par Trump, l’Alliance atlantique, elle, se renforce. Avec en ligne de mire, toujours le même ennemi: la Russie. Pratique, non?

    «Plusieurs ministres ont insisté sur la nécessité de rester unis au moment où nous voyons la Russie chercher à nous diviser.»

    Le secrétaire général de l'OTAN, le Norvégien Jens Stoltenberg, s'est réjoui du comportement des certains ministres de la Défense lors de leur réunion, qui s'est tenue ces jeudi et vendredi 7 et 8 juin à Bruxelles. Avec comme objectif annoncé de préparer le sommet de l'OTAN en juillet prochain, cette rencontre s'est déroulée sous forte tension entre les États-Unis et leurs alliés occidentaux. En effet, après la sortie de l'accord de Paris sur le climat, de celui de Vienne sur le nucléaire iranien, Donald Trump martyrise ses partenaires économiques en imposant de lourdes taxes douanières sur l'acier et l'aluminium.

    Si le ton ne cesse de monter, les réactions, notamment européennes se font attendre. Et même sur le plan des alliances, la récente déclaration du Président américain ne rentre pas dans la stratégie des puissances européennes. En effet, alors que le «G six et demi» a débuté au Québec, Donald Trump souhaiterait que la Russie réintègre ce sommet. Un nouveau pied de nez aux puissances européennes qui avaient approuvé la suspension de la Russie après les évènements de la Crimée de 2014, et alors même que le règlement ukrainien est totalement dans l'impasse.
    Ce contexte général ne semble pas non plus être porteur dans le domaine militaire. En effet, Florence Parly, ministre de la Défense, représentant la France lors de la réunion otanienne, a déclaré:

    «Nous avons préparé au mieux le sommet [de l'OTAN en juillet à Bruxelles, nldr] qui, chacun le sait, sera sous tensions [et, ndlr], nous savons combien ces tensions sont fortes.»

    Outre les différents politiques et économiques entre les États-Unis et ses partenaires «démocratiques», Donald Trump avait menacé ses alliés, notamment européens, de réduire l'ampleur de son parapluie militaire. Usant une nouvelle fois de provocations, le Président américain avait laissé entendre que les États-Unis pourraient quitter l'OTAN si l'Allemagne, notamment, n'augmentait pas ses efforts budgétaires.

    Durant la réunion de Bruxelles, Jens Stoltenberg, a confirmé que les dépenses consacrées à la Défense des alliés (Europe et Canada) avaient sensiblement augmenté (4%) depuis ce début d'année. Le secrétaire général de l'OTAN a même loué l'annonce de Berlin qui prévoit des dépenses militaires à 1,5% du PIB pour 2025.
    Cependant, cette question sera de nouveau au centre de toutes les attentions trumpiennes lors du prochain sommet de l'OTAN, parce que près de la moitié des pays membres de l'Alliance ne respecteront pas, une fois de plus, l'engagement de porter à 2% du PIB leurs dépenses militaires à échéance de 2024.

    Donc l'OTAN serait-elle véritablement fragilisée parce que Washington ne veut plus mettre la main à la poche et envisagerait même de se rapprocher de Moscou? Si en apparence, on pourrait le penser, la réalité est plus complexe. Et en cette période de trouble, rien de mieux de s'unir à nouveau en désignant un «ennemi commun»: la Russie, qui d'après le secrétaire général de l'OTAN, lui-même, «cherche à nous diviser».

    Ainsi, depuis le 3 juin, et ce jusqu'au 15, un important déploiement de soldats —18.000 militaires originaires de 19 pays- se trouve en Europe de l'Est (Pologne et pays baltes). L'objectif de ces manœuvres «Coup de sabre» est clairement affiché: se prémunir d'une «crise», d'une «agression» russe. Le général de brigade américain Richard Coffman, le jour de la cérémonie d'ouverture, a ainsi déclaré:

    «[Ces opérations doivent permettre de démontrer, ndlr] la flexibilité accrue des forces terrestres et aériennes [de l'OTAN, ndlr] pour répondre rapidement à une crise. Ceci permet d'avoir la bonne présence là où nous en avons besoin.»

    «Là où nous en avons besoin»! En l'occurrence, en Pologne, en Lituanie, en Lettonie et en Estonie. Identifiée donc comme potentiel agresseur, la Russie pourrait faire face à une nouvelle menace d'envergure. En effet, les ministres de la Défense des pays membres de l'OTAN ont approuvé, ce jeudi 7 juin, une demande américaine qui consiste à pouvoir déployer sous 30 jours, 30 bataillons mécanisés (un bataillon compte entre 600 et 1.000 combattants, selon les pays), 30 escadrilles (une dizaine d'avions par escadrille) et 30 navires de combat. Cette initiative américaine, ou otanienne, c'est selon, a donc été adoptée par James Matthis et ses alliés pour parer à une «crise», et même si Jens Stoltenberg s'en défend, le but affiché semble bien être une tentative d'isolement de la Russie.

    De plus, les autorités du B9 (Bulgarie, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Roumanie, Slovaquie et République tchèque), réunis à Varsovie ce vendredi 8 juin ont, eux, adopté une déclaration commune visant à demander à l'OTAN lors de la réunion de juillet, de renforcer sa présence face à la Russie. Aujourd'hui, les forces otaniennes ne sont que terrestres, ces dirigeants voudraient qu'elles soient aussi navales et aériennes.

    Enfin, et malgré quelques pronostiqueurs qui imaginent la Turquie hors de l'OTAN, l'Alliance atlantiste pourrait continuer à s'étendre encore plus loin de ses bases après l'adhésion du Monténégro en 2017. En effet, après un large élargissement depuis la fin de la guerre froide à l'Est, l'OTAN, qui a des forces déployées en Afghanistan, a validé durant cette réunion à Bruxelles l'augmentation de ses activités en Irak avec comme but affiché une aide à la formation pour l'armée régulière irakienne encore en reconstruction. Mais si ces pays du Moyen-Orient ne font pas partie de l'Alliance, un nouveau candidat s'est manifesté: le Qatar.

    «L'ambition est de devenir membre à part entière si notre partenariat avec l'OTAN se développe et si notre vision est claire.»

    Le ministre qatari de la Défense, Khaled ben Mohammed al-Attiyah, entend jouer sur la nouvelle bonne relation qu'entretient son pays avec les États-Unis pour se positionner. Si les autorités de l'OTAN n'ont apporté pour le moment aucune réponse à cet appel du pied, la logique d'expansion continue de l'Alliance n'en serait pas bouleversée si cette demande était approuvée. Est-ce, pour parer à la menace russe contre le Qatar?

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    Tags:
    OTAN, Russie, États-Unis, Europe
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