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    Le président du parlement ukrainien Andreï Paroubi

    «On n'applaudit pas un nazi»: un scandale en Écosse à cause du chef du parlement ukrainien

    © Photo. YouTube/ The Scottish Parliament
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    Le parlement écossais a changé ses règles après le scandale lié à l'intervention du président du parlement ukrainien Andreï Paroubi.

    Les députés ont exigé d'être préalablement informés des visites planifiées de politiciens étrangers afin que les législateurs ne se retrouvent pas dans une situation inconfortable, comme celle qui est survenue à cause de l'hôte ukrainien.

    Le travailliste écossais Neil Douglas Findlay a salué cette démarche: «C'est une bonne nouvelle. La semaine dernière à Holyrood (parlement d'Edimbourg) on nous a demandé d'accueillir quelqu'un au passé fasciste d'extrême-droite. Un léger changement de procédure permettra que dorénavant, les députés du parlement écossais sauront qui est invité, et pourront décider en toute conscience de qui mérite ou non un accueil chaleureux.»

    Le président du parlement ukrainien a eu droit aux applaudissements des députés écossais pendant la session du 14 juin. Neil Findlay a demandé si la direction du parlement était au courant du passé fasciste de Paroubi. «La prochaine fois, je préférerais savoir qu'on me demande de saluer un raciste et un fasciste», a déclaré le travailliste.

    Le lendemain, le journal The Morning Star (ancienne édition du parti communiste britannique actuellement populaire dans l'aile gauche des travaillistes) est paru avec ce titre à la une: «Le parlement écossais applaudit un fasciste ukrainien». Le journal a rapporté que Paroubi faisait partie des fondateurs du Parti social-nationaliste ukrainien qui avait pour symbole une Wolfsangel (crampon) et une croix gammée stylisée utilisée par les néonazis.

    Il s'est avéré que personne ne le savait en Écosse. Le député des Verts Ross Greer (le plus jeune député du parlement écossais de son histoire) a déclaré: «Je suis certain qu'Andreï Paroubi n'aurait pas eu droit à des applaudissements polis si les députés avaient été informés de son passé.»

    Pratiquement tous les journaux écossais ont attiré l'attention du public sur ce scandale. Curieusement, la veille, Andreï Paroubi avait également visité le parlement britannique et bénéficié d'un accueil au plus haut niveau sans susciter aucune objection. A quelques jours de cela, il avait été accueilli en France par les deux chambres du parlement, ce qui n'avait été relayé que par quelques sites français.

    Le site ukrainien tristement célèbre StopFake, conçu soi-disant pour lutter contre les «fakes russes» — mais qui propage en réalité ses propres fakes —, a immédiatement attaqué les Français pour les accuser d'utiliser la «version des faits proposée par Moscou».

    Les «démystificateurs de la propagande du Kremlin» ont expliqué les opinions radicales de Paroubi par des «erreurs de jeunesse» et l'ont même comparé au président François Mitterrand qui, dans les années 1930, avait participé à des rassemblements d'extrême-droite. Mais StopFake omet de dire que Mitterrand a été membre de la Résistance antifasciste et qu'il a publiquement renié les radicaux quand ces détails de sa biographie ont refait surface dans les années 1990.

    Le site explique que «dans sa jeunesse, Andreï Paroubi était membre du parti Svoboda (Liberté)». Mais en 1991 le président actuel du parlement ukrainien fondait le Parti social-nationaliste — épisode que le site préfère ne pas mentionner. «Il l'a quitté pour rejoindre les rangs de la révolution orange en 2004, il y a plus de 14 ans», écrivent les auteurs de StopFake. En dissimulant à nouveau que Paroubi l'a fait parce qu'il n'était pas satisfait par le penchant des sociaux-nationalistes vers une image plus «européenne».

    Il suffit de lire le recueil d'articles et de discours de Paroubi «Regard de droite» paru en 1999, quand il était un politicien déjà accompli, pour s'assurer de sa proximité avec les néonazis et de son opposition totale aux libéraux européens (page 15). Et il n'a jamais renié ces idées.

    David Leask, journaliste pour le quotidien écossais The Herald, a déclaré que le député Findlay, indigné par la visite de Paroubi, avait «involontairement» projeté l'Écosse sur le front de la «guerre médiatique de Vladimir Poutine». C'est une logique curieuse: il est donc possible d'applaudir un porteur d'idées franchement néonazies si cela sert les objectifs de la «guerre médiatique» contre la Russie.

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    Tags:
    scandale, députés, parlement, néonazis, nazis, Écosse, Ukraine
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