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    Quand la Chine remplit le vide du «net recul» de la coopération économique algérofrançaise

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    Kamal Louadj
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    L’ambassadeur d’Algérie en France a fait savoir le 21 juin que la coopération économique entre Alger et Paris était en «net recul» depuis 3 ans. Cette situation semble bénéfique à Pékin qui est déjà le premier partenaire commercial d’Alger depuis 2015.

    Lors de la 11e édition des Rencontres Algérie organisées le 21 juin à Paris par l'association Business France, Abdelkader Mesdoua, ambassadeur d'Algérie en France, a déclaré que la coopération économique algéro-française était en «net recul» depuis 3 ans comme le montre la faiblesse des investissements directs français, hors hydrocarbures, en Algérie, selon Algérie Presse Service (APS).

    «Même si elle est substantielle, la coopération économique connait, en revanche, un net recul depuis trois années», a déclaré l'ambassadeur. «Elle est loin d'avoir épuisé tout son potentiel, comme en témoigne la part marginale des investissements directs français en Algérie, en dehors du secteur des hydrocarbures», a-t-il ajouté.

    Évoquant le classement de l'Algérie par le Quai d'Orsay comme pays à risque terroriste, M.Mesdoua a affirmé qu'«il est malaisé de comprendre, d'un côté, le discours d'encouragement à l'investissement en Algérie et continuer à garder, de l'autre, la carte sécuritaire actuelle négative qui est loin de refléter la réalité». «Comment peut-on encourager la mobilité des personnes des deux côtés et promouvoir le tourisme vers l'Algérie?», s'est-il demandé. Pour le responsable une telle classification sécuritaire de son pays rend la tâche de convaincre les tour-opérateurs, activant dans le domaine du tourisme, à investir en Algérie difficile. Alors que «bon nombre d'entre eux [les tour-opérateurs, ndlr] se sont rendus en Algérie et reviennent ravis avec des impressions bien différentes des clichés et stéréotypes éculés», a-t-il lancé.

    A propos du rapport de la Compagnie française d'assurance pour le commerce extérieur (Coface), publié en janvier 2018, concernant le climat des affaires dans la majorité des pays du monde, qui a classé l'Algérie dans la catégorie C pour la deuxième année consécutive avec un risque élevé d'impayés des entreprises, le diplomate a suggéré à la Coface de revoir son analyse. «L'Algérie d'aujourd'hui est différente de celle des années 1980» et il appartient à cette société française de «prendre en charge les efforts entrepris [par l'État algérien pour améliorer le climat des affaires, ndlr] et les atouts que présente» l'Algérie, a ajouté Abdelkader Mesdoua.

    Le recul des échanges commerciaux entre l'Algérie et la France s'est accentué encore plus après la décision d'Alger de réduire ses importations suite à la chute des prix du pétrole. L'UE n'a pas apprécié la décision des autorités algériennes.

    Saïd Djellab, le ministre algérien du Commerce, a haussé le ton le 19 mai pour réagir aux pressions exercées par l'Union européenne sur son pays après que le gouvernement algérien a pris la décision de geler les importations de plusieurs produits en provenance de cette zone, rapportait ObservAlgerie dans son édition du 19 mai.

    «L'Algérie négocie avec l'Union Européenne dans le cadre du partenariat qui unit les deux parties, et ne reçoit pas d'ordres de sa part», a-t-il déclaré, cité par le média.

    Les déclarations du ministre algérien surviennent dans le contexte de la polémique déclenchée par les propos que la commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström, a tenus le 10 avril 2018 devant la Commission des affaires économiques et des affaires étrangères de l'Assemblée nationale française. Elle a alors déclaré que «сe que fait l'Algérie, ce n'est pas conforme [à] l'accord [de] libre [-] échange et nous avons un dialogue avec l'Algérie sur ça et autres choses parce que beaucoup de choses qu'ils font ne sont pas en conformité avec cet accord que nous avons, parce que ces mesures favorisent, par hasard, la Chine».

    Effectivement, comme le note la commissaire européenne, la Chine a su profiter de la situation de recul des échanges commerciaux entre l'Algérie et l'Europe pour mieux se positionner sur le marché algérien, dépassant ainsi la France en volume d'échange. La France qui était le premier partenaire commercial de l'Algérie, est descendue à la deuxième position cédant ainsi sa place à la Chine.

    Lors d'un entretien accordé le 28 mai 2018 au site d'information Tout Sur l'Algérie (TSA), l'ambassadeur de Chine à Alger a déclaré que «la Chine est le premier fournisseur de l'Algérie. Je dis même que la Chine est le premier partenaire économique de l'Algérie. Nous avons un partenariat économique très fort qui couvre pratiquement l'ensemble des secteurs».

    Concernant les perspectives de développement du partenariat entre les deux pays, le diplomate a souligné qu'«il y a actuellement une tendance vers l'accroissement des investissements chinois en Algérie. Nous avons déjà investi 2,6 milliards de dollars dans les domaines pétrolier, gazier et minier. Au fur et à mesure que l'Algérie met en place cette politique de diversification économique, de nouvelles opportunités apparaîtront notamment dans les secteurs du tourisme, de l'automobile et de l'électronique».

    Alger, dont la principale source en devise provient de l'exportation des hydrocarbures cherche à diversifier son économie. C'est la raison pour laquelle elle demande aux entreprises françaises plus d'engagement dans son économie, comme le font les entreprises chinoises. L'Algérie demande également aux entreprises françaises de financer des investissements sur son territoire, similaires à ceux qu'elles ont développés au Maroc et en Tunisie.

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    Tags:
    partenaire, coopération, commerce, économie, Algérie, Chine, France
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