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    Al Aouana. Photo d'archive

    Kafka en short sur les plages… un arrêté municipal fait polémique en Algérie

    CC BY-SA 3.0 / Mouh2jijel / Les Aftis à ouanna jijel Algérie en 2011
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    Safwene Grira
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    Ordre public, «dogmatisme», ou mauvais usage sémantique? La récente interdiction de porter des shorts dans une commune algérienne a été vivement critiquée. Une partie de la société civile annonce des actions de contestations, et n’exclut pas des poursuites.

    En Thaïlande, il est toujours interdit, paraît-il, de sortir sans sous-vêtements, de conduire une voiture ou une moto sans chemise. À Miami, il serait interdit, pour tout homme, de porter des robes sans bretelles. Une commune côtière algérienne, Al Aouana, située dans la région de Jijel, a rejoint le club des lois insolites et autres bizarreries réglementaires, depuis que son maire a interdit le port des shorts pendant la saison estivale.

    «Il est interdit de se promener en short en ville, dans les zones résidentielles ainsi que dans les institutions et administrations publiques pendant toute la saison estivale de l'année 2018», dispose l'article 1 de l'arrêté en question, en prévoyant des «sanctions» à l'endroit des contrevenants.

    Une mesure «liberticide» qui a fait les choix gras des réseaux sociaux algériens. D'autant plus «dangereuse», ensuite, qu'elle mettrait en péril la principale ressource de la ville, le tourisme.

    Le décret interroge surtout la frontière entre le «dogmatique» et «l'ordre public». S'il incombe aux maires de préserver l'ordre public, un concept qui n'est jamais sans lien, y compris en France, avec la moralité publique, les ressorts «conservateurs», voire «islamistes», de cette mesure interpellent beaucoup d'Algériens. Certains appellent à braver la décision, en lançant une opération «Short à Al Aouana», voire à porter l'affaire devant les tribunaux.

    ​Pour Saïd Salhi, vice-président de la Ligue algérienne des droits de l'homme (LAADH), il s'agit manifestement d'une décision «excessive». S'exprimant pour Sputnik, il n'exclut pas, pour autant, une mauvaise interprétation sémantique: le choix d'un terme, «tobban» en arabe littéral, inusité en dialecte national, pourrait avoir été utilisé improprement par un communiqué visant uniquement les maillots.

    «Je pense qu'il y a de l'excès dans cette mesure, que je trouve injustifiable. Il ne faut pas exclure, par contre, que ce soit une question de mauvaise formulation ou traduction du français vers l'arabe. C'est qu'il y a toujours eu une interdiction de se promener en maillot dans cette ville côtière. Les shorts, eux, n'ont pas fait l'objet d'interdiction», a déclaré le vice-président de la LAADH à Sputnik.

    Saïd Salhi a ajouté que sa structure n'a pas encore statué sur les suites à donner à cette affaire. Cela dépendra, notamment, «de l'application de la mesure sur le terrain.» Si le texte reste silencieux sur le sort des bermudas, il laisse, implicitement, le loisir aux habitants d'Al Aouana de porter des shorts pendant la saison hivernale… à leurs risques et périls.

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    Tags:
    shorts, interdiction, droits de l’homme, Algérie
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