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    En Tunisie, le souvenir d’un train fantôme hante ses rescapés

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    Safwene Grira
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    Les passagers de la ligne 117, reliant Tunis à sa banlieue Sud, ont vécu un véritable cauchemar quand ils se sont retrouvés dans un train roulant à toute allure… sans conducteur.

    Une autre «main invisible» que celle d'Adam Smith était aux commandes, ce jeudi 26 juillet, de la ligne 117. Sans préjudice du modèle économique choisi par la SNCFT, la société nationale ferroviaire en Tunisie, il n'était reproché à ce train de banlieue qu'une certaine légèreté, presque frivole, teintée d'un penchant libéral un peu trop excessif, aux yeux des rescapés. Privés de conducteur, les wagons bleus-blancs-verts fonçaient à toute bride, sautant les obstacles, zappant les stations, avec, à bord, des dizaines de passagers. Difficile de préciser, à ce stade, si la scène aurait mieux inspiré la devise physiocrate du «laissez-faire, laissez passer», que le système d'automatisation de l'exploitation des trains (SAET), à l'œuvre sur la ligne 1 et 14 du métro parisien.

    À 7h30 du matin, le train desservant la banlieue sud de la capitale rencontre un dysfonctionnement au niveau du système de fermeture des portières. Le conducteur quitte sa cabine pour tenter de régler le problème quand le train s'ébranle sans lui, dans des circonstances non encore élucidées. Devant l'impossibilité pour lui, de prendre le train en marche, une grande frayeur s'empare des passagers.

    «Dieu merci, nous sommes sains et saufs. Nous avons emprunté le train qui passe, vers le coup de 07h30, par Ezzahra (banlieue Sud de Tunis), quand le conducteur est descendu, et nous a abandonnés à l'intérieur du train qui est parti à toute allure. Les portières refusaient de s'ouvrir. Je ne vous raconte pas la panique des voyageurs qui criaient, affolés. Certains croyaient même à un attentat terroriste… On l'a échappée belle!», raconte une passagère dans une vidéo qu'elle a tournée avec son téléphone portable.

    Des unités de la protection civile, de la police et de l'armée se sont rendues rapidement sur les lieux, pour porter secours aux victimes. Quelques cas d'évanouissement, seulement, étaient signalés, et des passagers en état de choc. A côté d'eux, le train gisait, sans vie, en pleine campagne. Le trajet de la locomotive avait été dévié, à distance, depuis la salle d'opérations de la SNCFT, qui l'a orienté vers une zone située en dehors du réseau électrifié, l'empêchant ainsi, d'atteindre sa destination finale, le hangar.

    Entre temps, les techniciens de la compagnie avaient réussi à sécuriser les croisements, évitant ainsi la catastrophe, d'après le porte-parole de la SNCFT, interviewé par la radio Shems FM.

    « La SNCFT ne se dérobe pas de ses responsabilités. Tout de même, une enquête a été ouverte, et elle déterminera exactement les responsabilités des uns et des autres», a déclaré le cadre du transporteur national, alors que les médias tunisiens ont révélé que le conducteur s'est rendu à la police et que le parquet s'est saisi de l'affaire.

    Sur les réseaux sociaux, l'indignation des internautes était teintée de dérision et d'humour noir. «Le chauffeur n'a pas quitté le train, il était seulement en train d'exécuter le kiki challenge», pouvait-on lire dans plusieurs publications.

    ​Plus graves, certains identifiaient dans cet incident la preuve d'une dégradation sans précédent des services publics. Philosophes, d'autres y voyaient plutôt la métaphore de la situation politique actuelle de cette Tunisie postrévolutionnaire. «Y a-t-il un pilote dans l'avion?» Et pourtant, elle tourne…

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    Tags:
    train, Tunisie
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