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    G7 vs Brics: qui gagnera la guerre commerciale

    © Sputnik . Alexei Nikolsky
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    La formation de deux alliances globales s'est achevée la semaine dernière, et elles pouraient s'affronter dans les années à venir pour la domination économique.

    Le premier bloc inclut l'UE, les USA, le Japon et leurs alliés. Le second — les plus grandes économies émergentes qui ont l'intention de mettre un terme à l'ordre mondial unipolaire. Pourquoi d'autres scénarios n'ont pas eu lieu?

    Les pays des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) ne trouvent pas que les guerres commerciales sont un grand problème. Du moins, à en juger par les documents du sommet de la semaine dernière.

    La déclaration de Johannesbourg contient 102 points, dont seulement 4 sont consacrés au commerce international. Sachant qu'ils ne mentionnent ni les USA, ni Donald Trump. En revanche, ils stipulent que tous les différends commerciaux doivent être réglés uniquement par le biais de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

    Cependant, les déclarations faites par les politiciens à la veille et pendant le sommet apportent une image quelque peu différente. «L'immense problème de la communauté internationale est la lutte contre l'ordre mondial unipolaire. Les pays des Brics sont responsables de la formation d'une position commune pour frapper ensemble contre l'ordre mondial unipolaire», a noté le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi à la veille du sommet.

    Son homologue indienne Sushma Swaraj a souligné que les Brics n'étaient pas «opposés à un Etat concret». «Mais si un pays parlait de protectionnisme, nous le condamnerions ensemble», a-t-elle prévenu.

    Le Président chinois Xi Jinping a appelé à «créer une économie mondiale ouverte» et à «s'opposer à la politique d'unilatéralisme et du protectionnisme».

    Il n'est pas à douter que la coordination des efforts pour faire face à la politique commerciale de Donald Trump a également été soulevée pendant l'entretien à huis clos du dirigeant chinois avec Vladimir Poutine en marge du sommet des Brics.

    La Chine et la Russie se sont retrouvées parmi les pays les plus touchés par les agissements de l'administration américaine actuelle. Les Américains préparent de nouvelles taxes contre Pékin et de nouvelles sanctions contre Moscou.

    Une nouvelle surprise de Donald Trump

    Hasard ou non, mais le jour d'ouverture du sommet des Brics Donald Trump a été à l'origine d'un nouveau scoop: lors de sa rencontre avec le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker il a accepté d'évoquer avec l'UE l'annulation des taxes dans les échanges.

    «Nous sommes convenus aujourd'hui de travailler avant tout ensemble pour atteindre des taxes zéro, la suppression d'autres barrières et l'annulation des subventions pour la production industrielle, à l'exception de la construction automobile, a déclaré Trump. Nous travaillerons sur la réduction des barrières qui compliquent la croissance du commerce et du secteur des services, y compris la production chimique, pharmaceutique, médicale, ainsi que les fèves de soja.»

    Pour l'instant, les interlocuteurs se sont mis d'accord sur l'abstention de nouvelles taxes, notamment sur les voitures et les pièces détachées d'Europe, lesquelles Washington avait l'intention d'adopter. De son côté l'UE a promis d'augmenter les achats de gaz naturel liquéfié (GNL) américain et de réduire les barrières commerciales aux importations de fèves de soja.

    Il ne reste plus aux observateurs que de constater que le locataire de la Maison blanche a fait une nouvelle fois un demi-tour à 180 degrés. Car encore le 15 juillet il proclamait publiquement l'UE d'ennemie de l'Amérique dans le commerce.

    Les ennemis de mon ennemi

    En réalité, le Président américain n'avait tout simplement pas d'autre choix. Sa tactique — intimider d'abord le partenaire avant de proposer l'amitié sur ses propres conditions — n'a pas marché.

    La Chine fut le premier échec. Au printemps, Washington a annoncé des taxes record sur des produits chinois, avant d'entamer les négociations avec Pékin.

    Au final, les Chinois ont accepté d'augmenter les achats de produits américains, notamment du GNL.

    Les contours d'une alliance commerciale USA-Chine ont commencé à se dessiner en alarmant bien des politiciens. Car une telle alliance serait capable de dominer tout le commerce mondial.

    Toutefois, les faucons du congrès américain ont enterré cette initiative en concluant logiquement que très bientôt les USA deviendraient le partenaire cadet dans cette union.

    Une exigence inacceptable a alors été avancée à Pékin — stopper le programme de développement du secteur des hautes technologies. Et la guerre commerciale a éclaté avec nouvelle force.

    C'est alors que Donald Trump a forcé l'Europe à s'allier avec lui contre la Russie, en promettant de lever les nouvelles taxes si le Vieux Continent renonçait à la construction du gazoduc Nord Stream 2 tout en achetant le GNL américain. L'Allemagne et la France ont rejeté avec indignation cette proposition.

    Après quoi le Président américain a misé sur la normalisation des relations avec la Russie. Un nouveau «redémarrage» avec la perspective de s'allier avec Moscou contre Pékin aurait été un bon levier de pression pour Washington vis-à-vis de la Chine et de l'Europe.

    Le retour de Kissinger

    Selon le quotidien américain The Daily Beast, se référant à ses sources, cette idée appartenait au mastodonte de la politique américaine, ex-secrétaire d'Etat Henry Kissinger.

    «Lors d'une série d'entretiens informels Kissinger persuadait Trump qu'il fallait coopérer avec Moscou pour refréner la Chine qui monte en puissance, affirme le journal. Selon sa stratégie, les relations plus étroites avec la Russie, ainsi qu'avec d'autres pays de la région, permettraient d'encercler la Chine en limitant son influence et puissance croissante. Cette proposition a été prise avec compréhension dans l'administration présidentielle.»

    Les pourparlers avec Vladimir Poutine à Helsinki étaient un sondage du terrain sous une hypothétique alliance antichinoise. Mais l'hystérie qui a éclaté aux USA concernant la «trahison de Trump» a tiré un trait sur ce scénario.

    Au final, il ne restait rien d'autre au Président américain que de revenir au rétablissement de l'amitié avec l'Europe sous le slogan du refrènement de la Chine et de la Russie.

    «Les USA et l'UE s'unissent dans la lutte contre la Chine qui a détruit le système du commerce mondial, a souligné le conseiller du Président américain à l'économie Larry Kudlow en commentant l'issue de l'entretien entre Trump et Juncker. Le chef de la Commission européenne a clairement laissé entendre qu'il avait l'intention de nous aider avec le problème chinois.»

    Washington n'est pas le seul à essayer de construire des alliances. Début juillet, la Chine a appelé l'UE aux démarches conjointes au sein de l'OMC contre la politique commerciale de Donald Trump. Cette initiative a été exprimée à Bruxelles et à Berlin par le vice-Premier ministre chinois Liu He.

    Bruxelles a rejeté cette proposition en soupçonnant que Pékin tente de diviser le bloc occidental. Après quoi les Brics sont devenus le principal espoir de la Chine.

    De son côté, l'UE a signé mi-juillet un accord de partenariat économique avec le Japon. Les parties ont l'intention de supprimer progressivement 99% des taxes dans les échanges.

    En particulier, le Japon annulera les taxes pour les produits européens — le fromage, le vin et le porc. Pour sa part l'UE réduira progressivement de 10 à 0% les taxes sur les importations des voitures japonaises.

    Si les USA annulaient réellement les taxes dans le commerce avec l'Europe, ils devraient également conclure un tel accord avec le Japon. Ce qui conduirait à l'apparition d'une alliance dirigée par les pays du G7, en opposition aux Brics dans la guerre commerciale mondiale.

    Gagner par le nombre?

    Les chances de victoire dans ce duel sont déterminées par les objectifs que se fixe chacune des parties. Le G7 et ses alliés (Australie, Corée du Sud, etc.) s'efforcent de ralentir foncièrement la croissance de l'influence mondiale de la Chine en freinant le développement économique chinois par les taxes.

    Dans le même temps, ils cherchent à stimuler leur propre économie en levant les barrières dans le commerce entre les alliés. Le but final de ce groupe a été formulé par Donald Trump pendant le sommet du G7 au Québec: «Nous devons diriger le monde».

    Les objectifs des Brics avec leurs alliés sont bien plus modestes et donc plus réalistes — devenir suffisamment forts pour ne pas jouer selon les règles imposées par les pays occidentaux.Le principal avantage du G7 est technologique. Mais l'écart pourrait se réduire considérablement après la mise en œuvre de la stratégie chinoise «Made in China 2025» visant à développer le secteur des hautes technologies.

    D'un autre côté, l'alliance des pays émergents attire constamment de nouveaux partenaires. A noter que les Présidents de la Turquie, de l'Argentine et de plusieurs pays d'Afrique étaient présents en tant qu'invités au sommet des Brics à Johannesbourg. Le nombre d'adeptes de l'alliance ne cesse de grandir, et les guerres commerciales ne peuvent pas l'empêcher.

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    Tags:
    guerre commerciale, G7, BRICS
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