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    Algérie: le français recule de plus en plus et «l’anglais finira par le supplanter»

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    La langue de Molière est «en perte de vitesse» en Algérie. C’est le résultat d’une enquête publiée, ce 31 juillet, par le quotidien La Croix, qui évoque un désengagement de l’État algérien envers l’enseignement de cette langue dans le pays.

    L'enseignement de la langue française s'essouffle de plus en plus en Algérie à cause d'un désengagement de l'État, transparait-il d'un article publié le 31 juillet par le quotidien français La Croix. Selon un expert cité par l'auteur, si rien n'est fait, d'ici quelques années, le français sera supplanté par l'anglais.

    L'enquête menée par l'auteur fait apparaître l'argument économique comme la raison principale du recul de l'enseignement de la langue française en Algérie. «L'État n'assume plus les coûts d'une démocratisation de l'accès de la population scolaire aux langues étrangères», explique Nourredine Arkouche, directeur d'une école publique à Mostaganem, dans l'ouest du pays. «Nous sommes 42 millions d'Algériens, dont plus de neuf millions d'élèves scolarisés. Un million seulement est arrivé en 1ère année [d'école primaire, ndlr] en septembre dernier. La machine ne suit plus dans l'encadrement», a-t-il ajouté.

    Pour certaines élites francophones interrogées par l'auteur, le projet de Nouria Benghabrit, la ministre de l'Éducation nationale, de supprimer les langues étrangères des épreuves du baccalauréat scientifique, rapporté dans la presse le 5 juillet, vise à économiser des moyens, bien que l'argument avancé soit d'alléger les examens dans cette filière, lourde de 10 matières. C'est une «tentative d'affaiblir encore plus le français et d'enfermer le pays sur lui-même», ont-elles déclaré, précisant que le français est la langue de l'enseignement des filières scientifiques et techniques à l'université.

    Concernant le fait que des habitants de certaines régions de l'intérieur du pays subissaient une quasi-exclusion de l'enseignement du français, Nacer Djabi, sociologue, cité dans l'article, affirme que ceci «est une forme territoriale d'une discrimination sociale par la langue» sur ce qui est devenu aujourd'hui «un marché linguistique».

    «La bataille des langues a changé en Algérie. D'idéologique dans les années 1960 et 1970, elle est devenue économique aujourd'hui», a affirmé l'expert. «L'arabe a progressé. Le pouvoir politique a arabisé les fonctions régaliennes et les administrations», a-t-il ajouté.

    Évoquant les enjeux politiques et de pouvoir, M.Djabi affirme que la conquête des postes de direction dans l'économie, les finances, la diplomatie, la haute administration «se joue aujourd'hui en bonne partie sur la maîtrise des langues étrangères». «Les élites savent que l'arabe ne suffit pas à conquérir des positions fortes. Leurs enfants doivent maîtriser en plus les langues étrangères. C'est le français qui vient encore en tête, désormais talonné par l'anglais», a-t-il souligné.

    Pour Nacer Djabi, la place du français en Algérie dépend de l'effort du gouvernement, pour en assurer un enseignement effectif dès la troisième année du cycle du primaire, «autrement, il devra se contenter d'être un outil pour le renouvellement des élites au pouvoir en Algérie et, sur ce terrain, l'anglais finira par le supplanter».

    Pour donner un aperçu sur l'état de l'enseignement du français en Algérie, l'auteur a souligné les propos de Farid Farah, professeur en télécommunications à l'Université des sciences et de la technologie Houari-Boumédiène (USTHB) à Alger, qui affirme avoir du mal à corriger les copies d'examens. «Les étudiants n'arrivent pas à formuler leur réponse en français lisible. Ils arrivent à la faculté avec un niveau indigent en langue française dans une filière qui s'enseigne justement en français, et n'arrivent jamais à combler le fossé», a déclaré le professeur.

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    Tags:
    réforme de l'enseignement, langue française, enseignement, Algérie
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