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    Îles Kouriles

    La bataille des îles Kouriles aura-t-elle lieu?

    © Sputnik . Sergey Krasnouhov
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    Elliot Lelievre
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    La demande, le 31 juillet dernier, du ministre de la Défense japonais de ne pas militariser les Kouriles remet sur la table un contentieux vieux de 70 ans. Stratégiques et riches en ressources, ces îles sont revendiquées par le Japon, mais la Russie n’entend pas céder. Face à l’impasse, la solution d’une souveraineté partagée fait son chemin.

    Nouveau coup de froid sur les relations russo-japonaises autour des glaciales îles Kouriles.

    Le 31 juillet dernier, le ministre de la défense japonais, Itsunori Onodera demandait à Moscou de réduire son activité militaire sur ce petit archipel situé entre la péninsule du Kamtchatka et l'île d'Hokkaido, au nord de l'archipel nippon.

    En février dernier, le Premier ministre russe Dimitri Medvedev autorisait l'installation d'avions de combat sur l'une des îles Kouriles et une plus large militarisation de l'archipel. Cette décision faisait suite à l'installation de systèmes de défense balistiques américains Aegis sur le territoire japonais, que Tokyo justifie par la situation en Corée du Nord, mais qui est vu par Moscou comme une menace pour la Russie.

    Ces îles font l'objet d'un contentieux que Moscou et Tokyo n'arrivent pas à résoudre depuis près de deux siècles. Sous souveraineté russe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'archipel des Kouriles, ou comme l'appellent les Japonais, les territoires du Nord, sont en effet stratégiques pour les deux pays. Au point que ce petit archipel à peine peuplé a empêché toute signature d'un traité de pays entre les deux pays depuis 1945!

    Pour Tokyo, qui dépend en grande partie de la pêche pour son alimentation, ces îles, qui possèdent de très grandes ressources halieutiques, représentent un enjeu majeur. Et la découverte de réserves d'hydrocarbures au large des Kouriles permettrait au Japon de compenser, du moins en partie, sa dépendance vis-à-vis de l'étranger en matière de pétrole et de gaz. Un aspect d'autant plus important que Tokyo fait partie des pays qui avaient commencé à importer du pétrole iranien et que les autorités vont rapidement devoir trouver une alternative à Téhéran pour s'approvisionner.

    Les Kouriles sont tout aussi stratégiques pour la Russie, voire davantage. Cet archipel permet à Moscou de s'assurer du contrôle de la mer d'Okhotsk et par conséquent d'un accès à l'océan Pacifique. Pourtant, en 2016, à l'occasion d'une rencontre entre Vladimir Poutine et Shinzo Abe, les deux chefs de gouvernement s'étaient entendus pour tenter de négocier un accord et régler ce contentieux vieux de plus de 70 ans.

    «Il est nécessaire d'écrire une nouvelle page pour ces quatre îles septentrionales sur lesquelles Japonais et Russes peuvent vivre ensemble et construire une relation mutuellement bénéfique», avait déclaré Shinzo Abe le 16 décembre 2016 lors d'une conférence de presse conjointe.

    Et pour adoucir la position russe, qui n'envisage pas réellement de se séparer d'une partie de son territoire national, les Japonais misent sur de lourds investissements dans le grand Orient russe, relativement pauvre et isolé. Au point que The Economist parle d'offensive de charme de la part de Shinzo Abe après que celui-ci ait proposé que les entreprises japonaises investissent massivement dans l'archipel en échange d'un retour des «territoires du nord» sous souveraineté japonaise. Face à l'impasse, une solution novatrice fait son chemin: le partage de souveraineté sur ces territoires. Les négociations se poursuivent sans grande avancée, mais il se pourrait bien que les Kouriles deviennent le premier archipel à «souveraineté partagée» au monde.

    Cédées au Japon au XIXe siècle, les Kouriles sont passées successivement aux mains des deux pays et, depuis la capitulation sans conditions de l'Empire nippon en 1945, elles font partie du territoire russe. Pourtant, Tokyo n'a pas cessé de demander la rétrocession de ces îles.

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    Tags:
    relations diplomatiques, Kouriles
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