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    Nouveau plan banlieues: une «rustine» de plus face à la crise de l’emploi?

    © AFP 2018 Pascal Guyot
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    Mike Beuve
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    Les politiques de la Ville se suivent et se ressemblent. Malgré la volonté affichée par la classe politique de changer les choses, les différents «plan banlieue» semblent passer à côté d’un des problèmes majeurs des quartiers populaires. Pour le sociologue Fabien Truong, c’est l’accès à l’emploi qui pèche toujours.

    Le plan banlieue est mort… Vive le plan Banlieue! En effet, Emmanuel Macron enterrait, en mai dernier, le projet de Jean-Louis Borloo, évalué à 48 milliards d'euros, qui avait pour objectif de redynamiser la politique de la Ville. Pis, le président de la République estimait alors qu'il fallait une nouvelle approche et qu'en 2018: «poursuivre dans cette logique est poursuivre dans l'assignation à résidence, la politique spécialisée […] je n'y crois pas.»

    Pourtant, les propositions présentées par le gouvernement, le 18 juillet, n'ont pas fait preuve d'une grande originalité. Les méthodes et les solutions se suivent et se ressemblent. Comment expliquer que, peu importe la couleur politique des gouvernements en place, les initiatives pour «sauver la banlieue» semblent être un échec? Pour Fabien Truong, sociologue et professeur agrégé à l'université Paris VIII, auteur de Loyautés radicales: l'islam et les «mauvais garçons» de la nation (Éd. La Découverte, octobre 2017), il faut nuancer le terme d'échec, car «la politique de la Ville a eu aussi quelques effets positifs. Nous ne sommes pas dans des zones complètes de non-droit dans les quartiers populaires en France. Il y a des zones qui sont très problématiques, il y a plein de choses dramatiques qui s'y passent, mais il y a des choses qui tiennent encore.»

    «Lorsque l'on compare avec d'autres situations, par exemple aux États-Unis où les ghettos noirs américains sont complètement délaissés, car l'intervention de l'État sur tout ce qui est politique sociale est très faible, on voit que l'on n'a pas du tout les mêmes situations en termes de violences urbaines, d'économie parallèle, de pauvreté et de morts brutales.»

    Néanmoins, Fabien Truong regrette que «dans l'implémentation de la politique de la Ville, de nombreux dispositifs ont été réalisés de manière ad hoc, sans réellement concerter les habitants. Très souvent, ils n'ont pas fonctionné parce qu'ils ont été imposés, mis en place par le haut, pour faire de la cosmétique.»

    «Quand on a des politiques spécifiques qui sont mises en place pour ces populations, mais sans vraiment prendre en considération les besoins et désirs des individus, sans faire en sorte qu'eux-mêmes soient acteurs et respectés, c'est très souvent une voie qui mène vers l'échec.»

    Un échec également renforcé par l'essence même des différentes politiques de la Ville, conçues pour jouer le rôle de «rustines». En effet, comme l'explique Fabien Truong, «les problèmes que l'on a dans les quartiers populaires sont liés à l'absence de mixité sociale, à la disparition du plein emploi et au manque d'emploi dans ces zones géographiques. Tous ces facteurs sont les conséquences d'un changement de société, de contextes économiques beaucoup plus larges, beaucoup plus globaux.»

    «De ce point de vue là, les problèmes rencontrés en banlieues sont des symptômes plus profond et révélateur des dysfonctionnements de la société toute entière, pas des problèmes de banlieue.»

    Pour Fabien Truong, le cœur du problème reste l'accès à l'emploi, qui découle des questions de transformation du post-fordisme. «D'un point de vue purement fonctionnel, vous aviez dans les quartiers populaires dans les années 50 à 70 toute une réserve d'ouvriers qui avait du travail. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas parce que le marché de l'emploi s'est transformé, il y a un problème de surnuméraire.»

    «Je vais être caricatural, mais ce n'est pas en repeignant une cage d'escalier que vous allez régler la question de l'emploi. Tout le monde le sait très bien.»

    Une question qui soulève deux chantiers principaux. D'une part, comment faire en sorte qu'il y ait aussi de l'emploi dans les banlieues? En effet, «le problème des quartiers populaires, c'est aussi qu'il y a beaucoup de personnes qui travaillent en dehors de leur lieu de résidence. Comment faire aussi en sorte qu'il y ait des initiatives qui permettent d'avoir un peu d'emploi de proximité?»

    «Les quartiers populaires fournissent une bonne partie des emplois dans les centres urbains et centres-ville qui ne seraient pas toujours fournis par les habitants de ces centres-ville, il y a un jeu de flux très important» explique Fabien Truong.

    Et d'autres parts, comment mieux partager le travail ou créer de nouvelles formes de travail dans de nouveaux secteurs? Cette deuxième option nécessite une véritable politique de formation, comme le détaille Fabien Truong.

    «Dans ce cas, il faut massivement former la jeunesse vers les nouveaux secteurs porteurs, mais attention, il n'y a pas que le 2.0…! Comment on fait par exemple en France pour anoblir le travail manuel quand il y a tout un tas de métiers qui ont été complètement dévalorisés symboliquement avec la survalorisation du seul travail intellectuel.»

    Et d'ajouter,

    «Un certain nombre de jeunes pourrait pénétrer certains secteurs de l'emploi, mais ils sont dévalorisés, dévalorisants, ça pose des questions de plus grande ampleur.»

    Reste à savoir, si la création, par l'Élysée, d'une «plate-forme des stages» qui espère assurer 30.000 «stages de qualité» sera suffisante pour répondre au défi majeur de l'emploi dans les banlieues et les zones périurbaines.

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    Tags:
    crise, banlieue, Emmanuel Macron
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