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    Le Québec est-il l’eldorado de l’emploi?

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    Jérôme Blanchet-Gravel
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    Le Québec est-il l’eldorado pour les gens qui cherchent un emploi? On dirait bien que oui. Pendant que la France tente de faire baisser son taux de chômage, le Québec connaît une pénurie de travailleurs. Une réalité toutefois contestée…

    Ils étaient une quarantaine à débarquer sur le parking de l'usine de viande Olymel dans la région de Chaudière-Appalaches, la semaine dernière. Ces 36 Mauriciens sont sortis de l'autobus, l'air heureux et motivés. Ils sont arrivés dans la région pour contribuer à y combler le besoin grandissant de main-d'œuvre.

    Au Québec, les histoires comme celles-ci pourraient se multiplier dans les prochaines années. Pour de nombreux experts, le Québec connaît une grave pénurie de travailleurs disponibles, ce qui pourrait finir par nuire à son économie. Si d'autres experts contestent ce constat, ce n'est pas le cas du gouvernement de la province francophone. En mai dernier, il dévoilait sa nouvelle stratégie pour faire face à la situation.

    Une première stratégie nationale pour faire face à la pénurie de main d'œuvre

    La toute première Stratégie nationale de la main-d'œuvre, adoptée récemment par le gouvernement du Québec, comprend une cinquantaine de mesures. Sa mise en application s'étalera sur cinq ans et plus d'un milliard de dollars canadiens y sera consacrée, un montant qui témoigne de l'importance accordée au problème. Lors de sa conférence de presse, le ministre de l'Emploi, François Blais, a déclaré:

    «Au cours des dix prochaines années, le marché du travail québécois devra combler plus de 1.3 million d'emplois, dont plus de 90.000 emplois déjà vacants en ce moment, aujourd'hui, au Québec».

    L'objectif du gouvernement est clair: aider les entreprises en manque de personnel. Pour ce faire, le gouvernement du Québec tentera d'attirer l'attention sur les métiers qui doivent recruter pour combler leurs besoins.

    «En raison du vieillissement de la population, mais aussi parce que la création d'emplois devrait se poursuivre, le taux de chômage au Québec devrait continuer d'enregistrer des baisses régulières et la proportion de Québécoises et de Québécois qui occupent un emploi devrait continuer d'augmenter», peut-on lire dans le document présentant la Stratégie nationale pour la main-d'œuvre.

    Avec le vieillissement de la population, un taux de chômage de moins de 6% et le recul du nombre des naissances, certains tirent la sonnette d'alarme. Depuis plusieurs années, le taux de fécondité ne dépasse guère les 1.5 enfant par femme et dans certaines régions du Québec, le taux de chômage s'établit parfois sous la barre des 3%. Dans la capitale de la province, le taux de chômage était de 3.3% en février 2018. Le phénomène concerne donc l'ensemble du territoire québécois: des régions les plus reculées aux grandes villes.

    6% de taux de chômage au Québec

    La chaîne France 24 consacrait cet hiver un reportage à la situation. Dans ce sujet intitulé «Canada: nouvel eldorado de l'emploi», les personnes interviewées faisaient part de leurs inquiétudes. C'est notamment le cas du maire de Québec, Régis Labeaume, qui en profitait pour inviter les Français à s'installer dans sa ville.

    « [À Québec, ndlr] On a besoin de 74.000 personnes, non seulement pour les nouveaux emplois qui vont être créés dans les prochaines années, mais surtout pour remplacer les 50 quelque mille personnes qui s'en vont à la retraite», déclarait le maire de Québec, Régis Labeaume, dans le reportage.

    À l'écran, Régis Labeaume en appelait également à un assouplissement des règles d'immigration pour les citoyens français désirant travailler au Québec.

    Cette vision de la situation économique au Québec suscite toutefois des réactions mitigées chez des chroniqueurs et d'autres experts. Pour certains, la situation est moins grave qu'on ne le laisse entendre.

    L'immigration, planche de salut de l'économie?

    Par exemple, pour le professeur émérite de l'Institut de recherche sur les PME, Pierre-André Julien, la pénurie relève carrément d'un «mythe». Pour lui, la solution consisterait d'abord à rentabiliser davantage les ressources matérielles disponibles, en conservant le même nombre de salariés dans les usines. Il reviendrait aux employeurs d'adapter leurs méthodes de production.

    Certains vont toutefois plus loin. Des analystes pensent que la pénurie de main-d'œuvre est artificielle, sinon instrumentalisée à des fins partisanes et idéologiques. C'est le point de vue d'un chroniqueur bien connu comme Joseph Facal du Journal de Montréal, qui enseigne à l'École des hautes études commerciales de Montréal. Selon lui, la demande de travailleurs sert essentiellement à promouvoir l'immigration. Un sujet qui est devenu délicat dans la Belle Province.

    Une vision qui ne fait pas l'unanimité

    M. Facal croit que le pouvoir en place se sert du prétexte de la pénurie pour favoriser l'arrivée de travailleurs faiblement rémunérés. Des travailleurs qui choisiront ensuite de voter pour le parti qui leur a permis de s'installer dans un pays plus riche.

    Il faut préciser que le Parti libéral du Québec, qui gouverne actuellement la province, ne récolte pas beaucoup d'appuis auprès des Québécois francophones. L'immigration serait donc une manière d'entretenir l'électorat du parti à plus ou moins long terme. Une hypothèse difficilement vérifiable, mais qui a souvent été soulevée dans la presse.

    Dans le livre Le Remède imaginaire publié en 2011, deux universitaires québécois avaient déjà mis en garde contre la tentation de faire de l'immigration l'unique réponse à tous problèmes économiques au Québec. Le livre, qui est rapidement devenu un best-seller, avait suscité tout un débat. Un débat qui semble ouvert à nouveau.

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    Tags:
    emploi, Québec
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