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    Bibliothèque de Zadornov à Riga

    Pour vaincre le «génocide du livre russe», un «îlot de culture russe» réouvre à Riga

    © Sputnik . Sergey Melnikov
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    Nadine Gordienko
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    Alors que la langue de Pouchkine est chassée des établissements scolaires par les autorités lettonnes, une bibliothèque russe, fondée par l’écrivain Mikhail Zadornov rouvre ses portes au cœur de Riga. Ses lecteurs confient au micro de Sputnik ce que cela signifie pour les russophones dont le nombre en Lettonie équivaut à environ 25 % de population.

    La langue de Pouchkine se porte de plus en plus mal en Lettonie, notamment après la décision du Président Raimonds Vejonis de promulguer une loi visant à faire du letton la seule langue officielle dans les écoles à l'horizon 2021-2022. Cette chasse au russe dans un pays dont plus d'un quart de ses 2,2 millions d'habitants sont d'origine russe, soit environ 25% de population, suscite une vague d'indignation parmi les russophones. Dans ce contexte tendu autour de la langue russe, une bibliothèque russe refait peau neuve au cœur de Riga, une ville russophone à près de 36%.

    Parcours du combattant pour cet établissement

    Fondée en 2009, par Mikhail Zadornov, écrivain et humoriste russe, elle a traversé une période difficile. La raison était toutefois loin de la politique: son fondateur, souffrant depuis un an du cancer du cerveau, ne pouvait plus se permettre de la financer. Il s'est doucement éteint en novembre dernier et la bibliothèque a été fermée, suscitant un sentiment de désespoir et d'inquiétude auprès de ses lecteurs.

    «Cette bibliothèque était pour nous un îlot de culture russe où l'on était toujours très bien reçu. M.Zadornov a choisi un magnifique immeuble historique dans la rue centrale de Riga. Tout était fait avec beaucoup d'amour: le choix des livres, le design hors du commun et l'ambiance amicale qu'on ne retrouvait pas ailleurs. Sa fermeture a été pour nous un choc», a confié à Sputnik Yana, une des fidèles lectrices qui fréquentait cet endroit depuis son inauguration.

    Hélas, la bibliothèque qui coûtait à son fondateur quelque 7.000 euros par mois qu'il a déboursé pendant 7 ans sans demander de l'aide à qui que ce soit, a dû déménager dans un endroit beaucoup plus modeste. C'est le centre culturel russe, financé par Moscou, qui l'a pris en charge. Même si l'endroit est désormais modeste, l'ambiance y est restée la même: amicale et détendue.

    «On nous demande souvent: êtes-vous sûrs que vos lecteurs vont venir dans cette nouvelle bibliothèque sise dans la Maison de Moscou? Oui, nous en sommes convaincus car pendant tout le temps qu'on est resté fermé, les passants dans les rues nous arrêtaient pour demander quand allaient rouvrir les portes. On a même demandé à nos lecteurs de garder des livres lors du déménagement», a expliqué Larissa, employée de la bibliothèque.

    Elle a par ailleurs précisé que la bibliothèque comptait déjà plus de 6.000 lecteurs de tous les âges et possédait environ 50.000 livres.

    Ce qu'on ne retrouve pas ailleurs…

    «Il y a des livres qu'on ne trouvera pas ailleurs, dans les autres bibliothèques lettones. Il y avait des gens qui venaient nous offrir des collections rares. Par exemple, un homme d'affaires a apporté 280 volumes sur l'histoire des différentes guerres mondiales. Un peintre a offert sa propre collection de livres consacrés à l'art. Et il y a énormément d'exemples comme cela», a-t-elle précisé.

    Bibliothèque de Zadornov à Riga
    © Sputnik . Sergey Melnikov
    Bibliothèque de Zadornov à Riga

    Pour une autre employée de la bibliothèque, son importance réside non seulement dans la collection de livres riche et originale mais aussi dans son ambiance exceptionnelle.

    «Nous avons des personnes de tous les âges, beaucoup de jeunes, des enfants… Notre bibliothèque ne donne pas seulement la possibilité de lire un bon livre mais aussi de venir discuter, faire de nouvelles connaissances et communiquer avec d'autres personnes. Dans l'ancien immeuble nous avions plus de 300 mètres carrés et il y avait beaucoup de personnes âgées qui venaient dans leurs habits de fête. Pour eux, c'était une grande sortie, l'occasion de se changer des idées. Aujourd'hui, la salle de lecture est beaucoup plus modeste. Il n'y a pas assez de place mais nous avons réussi à sauvegarder tous les livres», a-t-elle relaté.

    Une bouffée d'oxygène

    De nombreux lecteurs qui se pressent à l'adresse de la rue de Marijas pour se livrer au plaisir de se procurer un bon livre, confient apprécier tout particulièrement cet endroit.

    «Vous êtes comme une bouffée d'oxygène, merci pour ce que vous êtes», a ainsi écrit Ekaterina dans un livre de propositions, posé discrètement à l'entrée dans la salle.

    «On est tellement bien reçu qu'on n'a plus envie de partir, on se sent tout de suite à l'aise. Le choix de livres est tout simplement magnifique, je retrouve des choses que je cherchais désespérément partout à Riga», a surenchéri Elena.

    «Cette bibliothèque joue un rôle important pour les russophones à Riga. Nous vivons une période difficile. Ce n'est pas seulement difficile d'acheter des livres en russe mais surtout très cher. Pour des gens qui sont à la retraite c'est souvent inabordable. Néanmoins, il y a beaucoup de russophones à Riga et ils veulent lire dans leur langue maternelle, ils veulent garder ce petit fil les reliant à leur culture. Bien sûr, ce n'est pas la seule bibliothèque où l'on trouve des livres en russe mais ici le choix est très riche, les employés toujours aimables et souriants, ils vont toujours vous renseigner et aideront à faire le bon choix», a résumé Yana.

    Auparavant, le Président letton Raimonds Vejonis a récemment approuvé une réforme pour faire du letton la seule langue officielle du pays, obligatoire comme langue de scolarisation dans l'enseignement secondaire dans un pays qui compte 94 écoles russes ou bilingues sur 811 établissements secondaires au total.

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    Tags:
    livres, russe, culture, ouverture, génocide, bibliothèque, Riga, Lettonie
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