Ecoutez Radio Sputnik
    T-shirts

    Les deux T-shirts qui ont bouleversé les USA: la trace russe retrouvée

    © REUTERS / Jim Young
    International
    URL courte
    5118

    La vie politique américaine a basculé dans le registre du grotesque depuis assez longtemps. A première vue, quel scoop pouvait-on inventer sur l'apparition en public de deux citoyens inconnus arborant des T-shirts avec l'inscription «Je préfère être Russe que Démocrate»?

    Donald Trump était venu soutenir personnellement le candidat du parti républicain dans l'Ohio pendant un rassemblement de campagne. Et comme cela s'est avéré après le vote, cette intervention a marqué un tournant pour toute la campagne dans cet État. Le Président américain a clairement montré aux candidats républicains à quel point son soutien personnel était important lors des prochaines élections au Congrès en novembre.

    C'est à l'occasion de ce même événement que le reporter Jeremy Pelzer a publié sur un site local la photo de deux hommes âgés du Delaware portant ces fameux T-shirts.

    ​Les photos ont été immédiatement relayées par les médias américains et ont suscité des débats enflammés, notamment sur l'origine des vêtements.

    L'apparition, lundi sur la chaîne Rossiya 1, de ces T-shirts montrés au public par le présentateur de l'émission «60 Minutes» Evgueni Popov, a ajouté du piquant à la situation. S'en sont suivis des articles d'investigation et des théories conspirationnistes selon lesquelles ces T-shirts auraient été fabriqués en Russie. Soi-disant, les perfides Russes les auraient envoyés dans un «wagon protégé» dans l'Ohio pour saper la cohésion du peuple américain.

    Ce qui est révélateur est que de nombreux journalistes américains n'ont même pas pris la peine de chercher la source première de la photo, alors qu'une simple recherche Google aurait suffi pour trouver l'article original et voir non seulement la photo, mais même les noms des partisans de Donald Trump qui ont précisément créé le design des T-shirts qui ont fait tout ce bruit. Qu'est-ce que la «piste russe» a donc à voir là-dedans?

    Mais il y a plus curieux. Les discussions sur le slogan des T-shirts ont engendré des débats sur l'essence même de la Russie. Ainsi, le musicien Mikel Jollett, en commentant la photo en question, a expliqué au public: «La Russie est un pays blanc. Dans la «littérature» sur la supériorité de la race blanche, elle est présentée comme un immense pays d'ethnie blanche. Je ne plaisante pas en affirmant que la blancheur est plus importante pour ces gens que leur propre pays.»

    ​Le journaliste du Washington Post Christian Caryl (qui a travaillé en Russie dans les années 1990) a également réagi dans un article intitulé «La Russie tant aimée des Républicains n'existe pas».

    Avec zèle, l'auteur perce à jour les mythes sur la Russie qui occuperaient les esprits des partisans de Donald Trump.

    Notamment le mythe sur la «Russie blanche». «En réalité, la visite de toute ville provinciale illustrerait une réalité bien plus complexe, créée par l'immigration en provenance principalement des républiques musulmanes de l'ex-URSS», écrit Christian Caryl.

    La Russie ne cache pas son caractère multiethnique, n'a pas honte et n'en est pas fière outre mesure — il en est ainsi depuis très longtemps. Mais le rédacteur en chef du National Interest, Jacob Heilbrunn, a qualifié le billet de Caryl de «nouveau village Potemkine». Selon la logique des journalistes, la Russie cherche visiblement à se montrer au monde comme une puissance mono-ethnique «blanche».

    Christian Caryl dévoile un autre terrible secret en affirmant que «la droite américaine se trompe en idéalisant Poutine comme un défenseur des valeurs conservatrices. Quelles que soient les valeurs défendues par Poutine de manière purement situationnelle, il continuera de tout faire pour renforcer la puissance de la Russie» (insinuant manifestement qu'aux yeux des Républicains la Russie est une force tout aussi messianique que les Démocrates, mais sous un autre signe).

    L'auteur mentionne l'«agente russe» Maria Boutina, qui a perfidement pénétré dans les rangs de la National Rifle Association, l'un des principaux sponsors du parti républicain, pour ouvrir les yeux aux Républicains naïfs: en Russie, même les restrictions pour la possession d'armes sont très fermes.

    Comme si Maria Boutina avait caché à quelqu'un aux USA qu'elle s'était battue toute sa vie pour l'affaiblissement de ces restrictions dans son pays.

    Le journaliste du Washington Post reproche aux partisans de Trump d'ignorer l'histoire russe et affirme aux lecteurs que l'Église orthodoxe russe aurait «coopéré avec le régime soviétique».

    Tout cela n'indique qu'une chose: même quand les propagandistes américains se mettent intentionnellement à attaquer la Russie, ils ne prennent pas la peine de comprendre que ce pays est différent. Avec une autre histoire (bien plus longue que la leur), d'autres conditions, un autre agenda social et politique.

    Et cela confirme une fois de plus qu'en réalité il n'y a aucune «ingérence de la Russie dans la vie américaine». Il y a seulement aux États-Unis des légendes qui s'affrontent à ce sujet. Sachant que les légendes «révélatrices» sont tout aussi éloignées de la réalité que leurs analogues «idéalistes».

    Lire aussi:

    L'«espionne» russe arrêtée aux USA était une figure connue de l'opposition russe
    Rencontre Trump–Poutine: quand la presse joue le jeu de l’État profond américain
    Retour sur la campagne victorieuse de Donald Trump, un an après son triomphe
    Tags:
    politique, Donald Trump, États-Unis
    Règles de conduiteDiscussion
    Commenter via FacebookCommenter via Sputnik