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    John A. Macdonald

    Statues déboulonnées: quand le Canada rejette ses pères fondateurs

    CC BY 2.0 / Colin / Old MacDonald had a farm and a country.
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    Jérôme Blanchet-Gravel
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    Ce n’est pas seulement aux États-Unis que des statues de personnages historiques sont retirées des endroits publics. Au Canada, cette nouvelle mode a aussi fait son apparition, et elle semble même aller plus loin… La ville de Victoria vient de retirer la statue d’un père fondateur de la Confédération canadienne.

    On se souvient de l'histoire entourant la statue du colonel Lee à Charlottesville, aux États-Unis. Il y a un an, des affrontements éclataient dans cette ville de Virginie entre partisans de la droite alternative et de la gauche radicale. Le conflit est survenu après que des militants antiracistes ont demandé le retrait de la statue du général sudiste. En août 2017, le gouverneur de la Virginie, Terry McAuliffe, déclarait que:

    «Les monuments aux confédérés sont devenus des points chauds de haine, de division et de violence. J'encourage les autorités des villes de Virginie et l'Assemblée générale (de l'État) disposant des pouvoirs nécessaires à démanteler ces monuments et à les transférer dans un musée ou dans un endroit plus approprié.»

    Pour certains, le général Lee, un confédéré associé aux États esclavagistes, était devenu le symbole d'un pays encore fondamentalement raciste. Après avoir tergiversé, la ville fera définitivement retirer la statue en février 2018.

    Vers une version politiquement correcte de l'histoire?

    Deux mois plus tard après Charlottesville, c'était au tour d'une statue de Christophe Colomb de faire polémique. En octobre 2017, le maire démocrate de la ville de New York, Bill de Blasio, subissait les foudres de la communauté italienne après avoir envisagé de faire retirer la statue du célèbre explorateur. Dans la foulée des affrontements de Virginie, le maire avait mandaté un comité d'experts pour qu'il se penche sur les monuments jugés hostiles aux minorités.

    En tenant compte des recommandations du comité, de Blasio avait conclu que l'explorateur pouvait être vu comme un colonisateur opposé aux droits autochtones. La fameuse statue, située dans le Columbus Circle, n'a finalement pas été retirée.

    Il aura fallu attendre quelques semaines pour que le mouvement gagne le Canada par effet de contagion. Dans un premier temps, les revendications des militants antiracistes canadiens ne seront pas exprimées de manière officielle. Avant de réclamer leur retrait, des statues seront vandalisées à quelques endroits. En novembre 2017, la statue d'un des pères fondateurs du Canada, John A. MacDonald, sera peinturée en rouge par des activistes au centre-ville de Montréal.

    Le déboulonnage de statues: une passion nord-américaine

    MacDonald est le même personnage historique que la capitale de la Colombie-Britannique, Victoria, ne veut maintenant plus voir sur sa propriété. Samedi dernier, la statue de John A. MacDonald a été déboulonnée puis chargée sur un camion avant d'être transportée ailleurs.

    John A. MacDonald est le 1er Premier ministre du Canada. Sans avoir l'importance de Georges Washington, comme ce dernier, MacDonald a dirigé un tout nouvel État. MacDonald a été Premier ministre deux fois: de 1867 à 1873 et de 1878 à 1891. Ce n'est donc pas un personnage secondaire de l'histoire canadienne…

    Mais des militants antiracistes reprochent à MacDonald d'avoir adopté la Loi sur les Indiens et d'avoir mis en place le système des pensionnats autochtones. Ces décisions auraient eu pour conséquence d'appauvrir les Premières Nations sur le plan culturel. Ces deux décisions auraient aussi contribué à marginaliser ces communautés, ce qui expliquerait aujourd'hui plusieurs problèmes qui les affectent.

    Dans les médias, le rapport de MacDonald aux peuples autochtones a été soulevé peu après les événements de Charlottesville, ce qui n'est pas une coïncidence. Il y un an, un syndicat d'enseignants ontariens proposait de débaptiser les écoles qui portaient le nom de ce père fondateur. Le groupe d'enseignants accusait l'homme d'avoir planifié un «génocide» contre les Premières Nations.

    La question autochtone au cœur de la polémique

    Depuis, l'enjeu a fait boule de neige. C'est bien cette nouvelle sensibilité qui a motivé la mairesse de Victoria, Lisa Helps, à retirer la statue du personnage des marches extérieures de l'hôtel de ville.

    «Un élément qui est ressorti très clairement des discussions avec les membres autochtones du conseil, c'est qu'il est contradictoire de passer devant John A. MacDonald chaque fois qu'ils viennent travailler à l'hôtel de ville […] Si la Ville veut vraiment favoriser la réconciliation, et je dirais qu'elle le veut, il est important de retirer temporairement la statue des marches de la mairie», a déclaré Lisa Helps devant les journalistes la semaine dernière.

    Deux inscriptions gravées sur la façade d'un édifice patrimonial de la Banque de Montréal, dans le Vieux-Montréal, ont aussi été retirées la semaine dernière. Les gravures évoquaient la victoire des Français sur le chef d'une tribu amérindienne en 1644.

    Pour des politiciens comme le Premier ministre Justin Trudeau, ces démarches visent à réconcilier les Canadiens d'ascendance européenne avec les représentants des Premières Nations. Mais pour d'autres, cette forme de révisionnisme historique contribue plutôt à recréer des tensions entre ces deux groupes.

    Pour Andrew Scheer, le chef du Parti conservateur du Canada, le retrait de la statue de John A. MacDonald est un «exemple de politiquement correct» visant à effacer l'histoire. Cette nouvelle version du passé ne fait pas l'unanimité dans le pays de l'érable.

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    Tags:
    statue, Canada
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