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    Présidentielle algérienne: «Républicaine», l’armée n’en jouera pas moins sa partition

    CC BY-SA 4.0 / Yelles / Le Musée des Beaux-Arts d'Alger vu depuis le Jardin d'Essai
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    Safwene Grira
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    Malgré de fréquentes mises au point assurant de sa neutralité, le rôle de l’armée algérienne reste un point d’interrogation à l’approche de chaque présidentielle. À moins d’un an du prochain scrutin, elle ne dérogera pas à la règle et pèsera sur le champ politique… de manière plus ou moins discrète.

    700.000 militants, ainsi que des millions de sympathisants du FLN demandent… appellent instamment… son Excellence, à poursuivre la mission qu'il a initiée en 1999.»

    Le 7 avril dernier, Djamel Ould Abbes, secrétaire général du FLN, le parti présidentiel en Algérie, donnait le ton. La supplique au Président Abdelaziz Bouteflika de briguer un cinquième mandat précipitait une avalanche d'appels similaires en provenance de toutes sortes de personnalités et formations politiques. Même le Chef de l'État, pourtant plongé dans un profond mutisme depuis de longs mois, renouait alors avec les apparitions publiques et en promettait d'autres. Le flou était peu à peu dissipé pour quiconque voyait mal rempiler celui-là même qui prit part, quatre ans plus tôt, à la présidentielle en fauteuil roulant.

    Faute de statistiques fiables (celles qu'invoquent les partisans du 5e mandat vantaient la quasi-unanimité du peuple algérien derrière son Président), force est de constater que les réseaux sociaux sont en nette dissonance. Les détracteurs s'indignent des flagorneries, s'en amusent parfois. C'est qu'au-delà des excitations des seconds couteaux, on sait que la réponse est ailleurs. Elle sera prononcée par la Grande muette.

    Regardez donc ce que vous dit Abderrahmane Belayat (ancien ministre algérien): «Celui qui appelle à remplacer le Président Bouteflika en oubliant ses bienfaits est un ingrat qui ne sait pas où réside l'intérêt du pays.»

    Toutefois, l'armée algérienne ne semble pas s'intéresser de trop près aux débats. Depuis une quinzaine d'années, plus précisément depuis la jurisprudence Lamari, du nom du chef d'État-major de l'époque, elle ne cesse de marteler qu'elle se contente d'assurer ses missions constitutionnelles, à savoir, «la sauvegarde de l'indépendance nationale, la défense de la souveraineté nationale, de l'unité et de l'intégrité territoriale du pays, ainsi que la protection de son espace terrestre, aérien et maritime,», comme on peut lire dans le Préambule de la Constitution algérienne.

    La participation au jeu politique n'aurait été, quant à elle, qu'une parenthèse historique. «Une brèche dans un cercle ouverte en 1992, qu'on a refermée en 1999», jurait, en juillet 2002, le général Mohamed Lamari, lors d'une conférence de presse inédite retransmise à la télévision. Le chef d'État-major algérien entendait alors répondre aux «mensonges» accusant l'Armée nationale populaire (ANP) de tirer les ficelles, en plaçant ou choisissant ses candidats, au détriment du libre jeu politique.

    L'argument de l'auto-circonscription constitutionnelle est encore repris aujourd'hui, au besoin. Notamment en forme de fin de non-recevoir dirigée contre quiconque la presserait d'intervenir pour se dresser au travers des ambitions inavouables du clan au pouvoir. L'appel à l'armée pour assurer une transition politique a été lancé, en juillet, par le chef du Mouvement pour la société et la paix (MSP-islamiste). La réponse ne tarda pas.

    «C'est étrange et irrationnel comment à l'approche de chaque échéance électorale, au lieu d'œuvrer à gagner la confiance du peuple algérien en se montrant attentif à ses revendications pressantes, certaines personnes ou parties s'écartent du bon sens politique. J'ai déjà affirmé à maintes reprises que l'ANP connaît ses prérogatives constitutionnelles. Et en aucun cas, on ne peut l'incruster dans des logiques partisanes ou politiques ni la mêler à des conflits qui lui sont totalement étrangers», a déclaré Ahmed Gaïed Salah, chef d'État-major et vice-ministre de la Défense, en précisant que l'armée «reçoit ses ordres du Président de la République.»

    Plus loin dans le temps, en octobre dernier, trois personnalités algériennes publiaient une tribune commune, où elles appelaient l'armée à observer une stricte neutralité, pour ne pas favoriser «l'entourage familial du Président et un groupe de puissants oligarques». Pas plus ici qu'ailleurs, l'armée ne répondit à ces sollicitations.

    «Le moins qu'elle puisse faire, à défaut d'accompagner le changement qui s'impose et de participer à l'édification d'une République véritablement démocratique, c'est de se démarquer de manière convaincante du groupe qui s'est emparé indûment du pouvoir et entend le conserver en laissant croire qu'il a le soutien de cette même institution», plaidaient alors Ahmed Taleb Ibrahimi, ex-ministre des Affaires étrangères, Ali Yahia Abdennour, figure de la société civile et ancien ministre, et Rachid Benyelles, général à la retraite.

    «Laisser croire» aurait justement été la stratégie adoptée par Bouteflika dans les élections de 2004, à en croire son challenger et ex-Premier ministre de l'époque, Ali Benflis. «Expliquez aux gens que lorsqu'ils disent que l'Armée est avec eux, c'est archifaux!»

    Le candidat de l'armée, n'est-ce finalement qu'un fantasme? Rien n'est moins vrai, explique à Sputnik Dalia Ghanem Yazbeck, spécialiste des questions de
    violences politiques, extrémismes, radicalisation, notamment en Algérie. Forte de sa double légitimité historique, dans la guerre d'indépendance et dans la guerre contre le terrorisme, mais aussi de la confiance d'une majorité d'Algériens,

    «l'Armée nationale populaire continuera de jouer un rôle prépondérant en politique en Algérie […] Rajoutons à cela la situation sécuritaire dans le sud, mais aussi dans le Sahel. Avec la menace terroriste qui plane, c'est difficile de voir l'armée retourner dans ses baraques», précise-t-elle.

    L'armée ne se retirera pas du jeu politique, pas plus qu'elle ne l'avait fait en 2004. Au moment où il déclarait que les officiers avaient choisi de rester neutres, Benflis ne devait pas ignorer que certains d'entre eux, et non des moindres, avaient pris fait et cause pour lui. À commencer par le fameux chef d'État-major de l'époque, Mohamed Lamari, qui démissionnera quelques mois après la défaite de son protégé et la réélection de Bouteflika. Pour Ghanem Yazbeck, si les officiers sont parfois divisés au sujet du candidat à promouvoir, ils savent, à la fin,

    «Agir d'une façon harmonieuse et cohésive, parce qu'ils ne mettront jamais en danger la sécurité du système ni la sécurité du pays. C'est pour ça donc qu'à la fin, ils trouveront le moyen d'agir d'une façon harmonieuse. […] Après, les loyautés sont aussi très fluides. Elles peuvent changer d'une période à une autre […] rien n'est écrit dans le marbre!», analyse la spécialiste de la politique algérienne.

    Elle illustre ses propos par un certain nombre d'affaires: l'affaire Tebboune, l'ancien Premier ministre remercié au bout de trois mois, ou l'affaire Khalifa, du nom de l'homme d'affaires proche de cercles du pouvoir et qui connut, en 2002, une chute vertigineuse.

    En 2018, «l'harmonie» a-t-elle d'ores et déjà désigné Bouteflika pour un cinquième mandat? Aucune alternative crédible n'émerge à ce stade, malgré les rumeurs distillées ici et là, qui déterreront un ancien Premier ministre, ou spéculeront sur quelque indépendant qui pourrait être adoubé. Portrait robot du possible prince héritier? Quelqu'un réalisant ce mixage subtil sur lequel l'armée est très regardante: garantir la préservation du «système», mais aussi la sécurité du pays.

    «Il faudrait que ce soit, aussi, quelqu'un de présidentiable, avec une certaine popularité, pour ne pas fâcher le peuple, quelqu'un qui ne mettra en danger ni les intérêts du système, ni ceux des différents clans, ni celui du pays. De toutes les façons, il faut garder en tête que, quel que soit le candidat, il sera un pur produit du système algérien, quelqu'un qui a été socialisé au mode de conservation du régime et à son mode de fonctionnement», détaille Dalia Ghanem Yazbeck.

    L'option de «la continuité», selon les termes de Ould Abbes, semble prévaloir, pour l'heure, en faveur de celui qui n'a jamais lésiné à affirmer son leadership politique, son ascendant moral, sur les officiers. «Dites aux généraux de faire une bouchée de moi, s'ils le peuvent», lancera-t-il, au début de son premier mandat à des journalistes suisses. Ou encore, dans ce point de presse

    - le rôle de l'armée algérienne était fort, dans la période passée, elle intervenait souvent comme vous l'avez vous-même mentionné (en matière politique), et il y a eu des dépassements. Est-ce que cela risque de se produire sous votre mandat?

    - Non, cela ne se produira jamais, cela ne se produira jamais, cela ne se produira jamais. Après, il peut toujours y avoir des accidents de parcours. Mais, ce ne sera pas en raison de la défaillance d'un pouvoir politique incarné par le Président de la République.

    Si l'armée, chef d'État-major en tête, assure de sa loyauté, ce serait davantage un pacte, dont les termes demeurent flous, qui lient le clan présidentiel à l'armée.

    «On ne sait pas exactement les termes du contrat entre Bouteflika, son clan et l'armée. Par contre, il y a un modus vivendi entre tous ces clans qui constituent le pouvoir en Algérie: des businessmen, leaders politiques, l'armée, le clan de Bouteflika, etc. C'est ce qui fait que la machine roule et le système est encore bien en place», conclut Dalia Ghanem Yazbeck.

     

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    Djamel Ould Abbes, Abdelaziz Bouteflika, Algérie
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