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    Nazi-Standards in einer Ausstellung

    Cap vers l'Europe: un consul nazi se présente à la présidentielle ukrainienne

    © AP Photo / Kevin Frayer
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    Les rangs des candidats à la présidence de l'Ukraine s'élargissent: l'ex-consul ukrainien à Hambourg Vassil Marouchtshchinets a l'intention de rejoindre la course aux côtés du groupe de politiciens et de la cohorte de figures exotiques du show-business telles que le comique Vladimir Zelenski et quelques ténors lyriques.

    Le nom de Marouchtshchinets a certainement déjà été oublié par les lecteurs, soumis chaque jour à des tonnes de nouvelles informations. Or, il y a quelques mois, il se trouvait au centre d'un grand scandale.

    Vassil Marouchtshchinets est l'ancien consul d'Ukraine à Hambourg. On a entendu parler de lui quand il s'est avéré que, pendant des années, il propageait démonstrativement ses idées nazies auprès du grand public, des citoyens de cette ancienne ville allemande. Sa page Facebook contenait des manifestes sur la grandeur de la race blanche, des appels antisémites enflammés et des proclamations russophobes. Par exemple, on peut y lire «Mort aux antifascistes», «(Les juifs) ont déclaré la guerre à l'Allemagne en mars 1934», «Être nazi est honorable», «Quand tu passes à côté d'un sioniste, frappe-le avec la baïonnette et la crosse» et y voir bien d'autres choses — des croix gammées, des flambeaux, des saluts nazis, un gâteau de fête avec l'inscription «Mein Kampf» offert pour son anniversaire par ses collègues…

    Pendant son travail auprès du ministère des Affaires étrangères de son pays, Marouchtshchinets portait tout aussi haut l'étendard des idées nazies et avait accroché dans son bureau des portraits de Bandera, Choukhevitch et des affiches sur la grandeur de l'UPA (Armée insurrectionnelle ukrainienne). Il luttait également contre le «joug juif», menaçait les «youpins», les Hongrois et les Polonais.

    Les citoyens abasourdis et alarmés ont commencé à poser des questions naïves: comment était-ce possible? Pourquoi, dans notre ministère des Affaires étrangères, à l'avant-garde de l'intégration européenne, travaillaient de tels xénophobes? Que fait la direction? Et d'autres appels naïfs.

    D'autres se sont vivement intéressés aux motivations des autorités allemandes qui, pendant les années de travail de ce consul ne cachant pas ses opinions à l'étranger, n'avaient pas exprimé la moindre préoccupation. Nous parlons bien de l'Allemagne où ne serait-ce qu'une infime partie des déclarations de Marouchtshchinets pourrait valoir un séjour derrière les barreaux.

    Toutefois, le mécontentement n'a pas duré. Le ministre ukrainien des Affaires étrangères Pavel Klimkine a prononcé des mantras rassurant la population, a remercié les collègues occidentaux, a promis de tirer les choses au clair, de sanctionner et de renvoyer Marouchtshchinets. Ce dernier a en effet été limogé, d'autant qu'il avait atteint l'âge de la retraite. Facebook a enfin supprimé la page de Marouchtshchinets, que la compagnie ignorait jusqu'à présent parce qu'elle n'enfreignait pas les règles de la communauté gravées sur les tables de la loi.

    Les appels du consul enfreignaient manifestement la loi ukrainienne, incitaient et semaient la haine interethnique, mais cela n'a pas intéressé le parquet — comme d'habitude. Du moins, aucune conclusion promise n'a été tirée.

    En prenant son repos mérité avec toutes les primes qui accompagnent la retraite diplomatique, Marouchtshchinets s'est d'abord fâché, puis a commencé à s'ennuyer. Dieu merci: la présidentielle est pour bientôt. Alors pourquoi ne pas y participer? D'autant plus que les collègues radicaux nationalistes de l'ex-consul ne lui semblent plus assez radicaux et nationalistes. A en juger par les insinuations avarement partagées par Marouchinets lui-même sur sa nouvelle page, le programme du candidat sera une véritable percée dans la protection de la nation ukrainienne contre les étrangers.

    Pendant que le consul est occupé à récolter de l'argent pour la cotisation de candidat et à préciser les principaux points de son programme, nous pouvons exprimer quelques idées concernant les questions des citoyens susmentionnées.

    Trawniki, 1942
    © AP Photo / public prosecutor's office in Hamburg via the United States Holocaust Memorial Museum
    Comment le ministère des Affaires étrangères, orienté sur l'Europe, pouvait porter en son sein un fruit aussi exotique, qui plus est ne pas le cacher des regards curieux et l'envoyer travailler au cœur de l'UE?

    Depuis l'indépendance, le ministère des Affaires étrangères ukrainien planait constamment au-dessus de la réalité en faisant le grand écart. D'un côté, en majorité, les diplomates était très pro-occidentaux, de l'autre: des nationalistes fervents, pour ne pas dire chauvinistes. Un psychiatre pourrait mieux expliquer comment ce pluralisme pouvait exister dans une même tête, mais c'est un fait. La passion pour les valeurs européennes, la démocratie et la tolérance était pratiquement sphérique, même si on y regardant de plus près il s'avérait qu'elle était empêchée par la russophobie, l'antisémitisme et surtout — ce qui est vraiment effrayant — l'admiration incomplète du progrès de genre. Pratiquement depuis le début de l'histoire ukrainienne récente, le ministère des Affaires étrangères est devenu le guide du nationalisme ukrainien où les Galiciens jouaient le premier rôle, quels que soient les ministres et les présidents. C'est pourquoi la passion pour les idées de Bandera n'était pas condamnée, mais même encouragée.

    Selon Olga Soukharevskaïa, ancienne diplomate ukrainienne du ministère des Affaires étrangères, aucun des ministres ne tentait de freiner le mainstream idéologique venu de Galicie: «Vassyl est une véritable créature typique du ministère des Affaires étrangères. Il n'était pas ouvertement encouragé, mais personne ne le freinait. Il y a grandi, il a fait sa carrière, il durcissait dans son nazisme, participait aux marches de l'UPA et aux congrès de Svoboda. Ils sont nombreux dans son cas.»

    Hélas, Marouchtshchinets est loin d'être le seul diplomate à faire vivre activement les idées nazies. Parmi ses «confrères» on trouve des professeurs, des ambassadeurs, des consuls, des attachés qui poursuivent leur activité diplomatique dans les pays européens. Par exemple, la grande adepte des idées de l'ex-consul, Inna Ognivets, travaille encore au poste d'ambassadeur au Portugal malgré tous ses likes sur l'ancienne page du consul. Marouchtshchinets n'a pas eu la présence d'esprit de se calmer à temps.

    Passons à la question sur l'Europe. Pourquoi les Allemands n'ont-ils jamais rien objecté au fait que les intérêts des citoyens ukrainiens étaient représentés par un consul aussi exotique dans l'une des plus grandes villes de l'Allemagne? L'une des versions, d'après Olga Soukharevskaïa, est exprimée dans la célèbre lettre du général Vladimir Bik, à l'époque chef du contrespionnage du Service de sécurité ukrainien (SBU), adressée au chef du SBU d'alors — Valentin Nalivaïtchenko.

    Le général y exprime en détail ses idées sur les agents des renseignements étrangers occupant des postes haut placés au ministère des Affaires étrangères ukrainien, et qui aurait été recrutés en provoquant des situations compromettantes — une vingtaine de noms au total.

    D'un autre côté, la «cécité» des Allemands par rapport au consul ukrainien peut être expliquée plus simplement: l'attitude trépidante et l'attachement des pays occidentaux vis-à-vis de l'Ukraine et de ses hauts responsables, quelles que soient les folies qu'ils se permettent, suppose une plus grande indulgence envers leurs écarts de la ligne générale des valeurs européennes.

    Après que le blogueur ukrainien Anatoli Chariï a présenté aux Allemands le vrai visage de Marouchtshchinets, ces derniers ont exprimé leur inquiétude, leur préoccupation, et ont promis de mener une enquête — mais on n'en entend pas parler non plus.

    Pour l'instant, Marouchtshchinets exprime ses ambitions présidentielles prudemment, comme en tâtant l'eau du pied avant de plonger. Il sonde la réaction à son initiative. Il est encouragé par les likes de ses partisans, dont des anciens diplomates. Hélas, les textes du candidat comportent un tel nombre de termes galiciens difficiles à saisir qu'il est impossible d'en profiter à part entière. Cependant, on devine clairement le vecteur général: la lutte contre le joug judaïque, le Monde russe, les Polonais et les Hongrois.

    Une telle candidature à la présidence a également des avantages: l'écho des électeurs peut servir de sondage sur le niveau d'infection de la société civile ukrainienne par la bactérie du nazisme pur.

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    Tags:
    consul, campagne présidentielle, nazis, Vassil Marouchtshchinets, Kiev, Ukraine
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