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    Bloomberg: «Les États-Unis ne peuvent pas mettre la Russie à genoux»

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    Le renforcement des sanctions contre Moscou pourrait avoir des conséquences néfastes pour Washington lui-même, sans pour autant garantir que le Kremlin avancera dans la direction voulue, estime l'observateur de Bloomberg Leonid Bershidsky.

    La politique de sanctions américaines à l'égard de la Russie continue son cheminement, allant de tentatives à «pousser le Kremlin dans la direction voulue» au désir de causer «les plus grandes souffrances». Or il s'agit «d'une pente glissante et il est temps de réfléchir aux conséquences pour la Russie, les États-Unis et leurs alliés», a indiqué l'observateur de Bloomberg Leonid Bershidsky.

    Selon lui, le sénateur républicain John Kennedy a demandé cette semaine aux responsables des sanctions de l'administration Trump ce qu'ils feraient si le Président leur ordonnait de «mettre l'économie russe à genoux». Les responsables ont évité de répondre en soulignant qu'il était indispensable d'étudier les retombées d'une démarche aussi sérieuse et en ajoutant que les restrictions existantes étaient déjà assez «agressives». Toutefois, le sénateur a continué à insister.

    «Sa frustration est compréhensible», note l'auteur. Les États-Unis ont imposé ou promettent d'imposer des sanctions en réponse à certaines démarches de Moscou, notamment la soi-disant «annexion» de la Crimée, «la fomentation» d'une rébellion pro-russe dans l'est de l'Ukraine et de présumées cyberattaques. Pourtant, ces mesures n'ont aucun impact sur la politique de Vladimir Poutine, constate-t-il.

    Le sous-secrétaire américain au Trésor, Sigal Mandelker, a affirmé que «la douleur économique» provoquée par les sanctions avait aidé à endiguer «l'aventurisme» de la Russie. Mais en fait une telle déclaration signifie qu'elle prend «des vessies pour les lanternes», affirme Leonid Bershidsky. En effet, selon lui, rien ne prouve que les sanctions ont affecté les projets de Vladimir Poutine. Et le fait qu'il souhaite leur levée ne prouve absolument rien.

    «Tout le monde aimerait que de tels problèmes disparaissent. Cependant, la position intransigeante de la Russie et l'absence de quelque démarche que ce soit de la part de Poutine pouvant être interprétée comme une proposition de paix prouvent que le Kremlin n'est pas prêt à donner aux États-Unis un motif pour faire marche arrière. Ce qui incite Washington à durcir la pression. Même si l'administration Trump ne le veut pas, nombreux sont les législateurs qui le désirent», affirme-t-il.

    Leonid Bershidsky rappelle dans ce contexte que six sénateurs ont rédigé un projet de loi concernant les investissements dans les projets énergétiques russes, les obligations d'État et les transactions dans le secteur des hautes technologies. Avec les sanctions contre les sociétés européennes participant à la construction du Nord Stream 2, ces mesures représentent en fait la limite des possibilités américaines.

    Dans le cas extrême, Washington pourrait imposer un embargo semblable à celui qui a été décrété contre l'Iran, ce qui empêcherait toute entreprise en rapport avec les États-Unis d'avoir des relations avec la Russie. Pourtant, même les politiciens américains les plus bellicistes ne sont pas enclins à se pencher sur cette option, indique-t-il. La Russie est le plus grand exportateur de gaz naturel au monde et elle extrait trois fois plus de pétrole que l'Iran. L'évincer du marché signifierait déclencher une crise énergétique mondiale. Les sanctions concernant la dette extérieure de la Russie ébranleraient également les marchés et entraîneraient de lourdes pertes pour les investisseurs, y compris ceux qui sont basés aux États-Unis.

    En outre, de nouvelles restrictions contre les secteurs énergétiques et des hautes technologies russes pourraient entraîner des représailles contre les entreprises américaines opérant dans le pays. Or les ventes des 50 plus grandes d'entre elles, comme Philip Morris International, PepsiCo et Procter & Gamble, se montent à 16 milliards de dollars (environ 13,8 milliards d'euros), selon Forbes Russia, poursuit Leonid Bershidsky.

    Ainsi, avant d'envisager «une guerre économique totale, les USA doivent répondre à deux questions stratégiques: quel est le prix qu'ils sont prêts à payer pour obtenir des concessions du gouvernement de Vladimir Poutine et combien de temps ils sont prêts à attendre».

    Du point de vue macroéconomique, la Russie, avec son faible taux de chômage record, une inflation modérée et ses réserves internationales de 400 milliards de dollars, ne devrait pas s'effondrer si les États-Unis ne décident pas de déclencher «une crise mondiale de l'énergie ou de la dette», ce qui risque de leur coûter le soutien de tous leurs alliés, note Leonid Bershidsky.

    Et sans mesures radicales de «souffrance», la Russie pourrait survivre pendant plusieurs années avec une croissance économique faible. «C'est la base des calculs de Poutine. Ce qui n'augure rien de bon pour la politique américaine actuelle. Si Washington lui inflige une douleur maximale et que rien ne change, ce sera un échec amer pour la superpuissance», conclut-il.

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    Tags:
    chute, crise énergétique, embargo, restrictions, investisseurs, gaz, sanctions antirusses, Nord Stream 2, Philip Morris, Procter & Gamble, PepsiCo, Bloomberg, Kremlin, Donald Trump, Vladimir Poutine, Crimée, Ukraine, Moscou, Iran, Washington, États-Unis, Russie
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