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    Les drapeaux de la Grèce et de l'UE

    L’UE va rendre 6,4 milliards à Athènes, mais «cet argent appartient aux Grecs»

    © AP Photo / Petros Giannakouris
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    Elliot Lelievre
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    La crise de la dette toucherait à sa fin en Grèce: Athènes est sortie de la tutelle de la troïka, a retrouvé sa souveraineté économique et va en plus récupérer 6,4 milliards d’euros d’intérêts perçus sur sa dette. Dimitros Papadimoulis, et Stelios Kouloglou, deux eurodéputés de Syriza, ont pour l’occasion répondu aux questions de Sputnik.

    «Quand la crise est apparue, il y a eu un dilemme: devons-nous sauver le peuple grec ou les banques? Et nous avons décidé de sauver les banques!»,

    déclare Stelios Kouloglou, député européen de Syriza lorsque Sputnik lui demande qui a bénéficié de la crise grecque.

    Huit années se sont écoulées, mais Athènes a enfin retrouvé sa souveraineté financière! Le dernier plan de sauvetage de la Grèce s'est achevé le 20 août dernier et, même si la troïka —Commission européenne, Mécanisme européen de stabilité (MES) et FMI- va continuer à observer la situation, la tension se relâche dans le pays hellénique après huit ans de crise ininterrompue.

    La dernière bonne nouvelle est venue, de manière inhabituelle, du ministère des Finances allemand. Olaf Scholz, l'actuel ministre, a annoncé dans un entretien à La Tribune le remboursement des «bénéfices des banques centrales» obtenus grâce à l'acquisition de bons du trésor grec au titre que «personne ne souhaite bénéficier de la crise grecque».

    «Syriza, le gouvernement Tsipras, grâce au soutien du Parlement européen, a réussi à obtenir à l'unanimité la décision de rendre aux Grecs et aux finances publiques grecques la totalité des 6,4 milliards d'euros qui sont le résultat des profits des banques centrales nationales et de la banque centrale européenne. […] C'est la reconnaissance officielle que cet argent appartient aux Grecs et à la Grèce», explique Dimitros Papadimoulis, vice-président du Parlement européen au micro de Sputnik.

    Pourtant, selon Stelios Kouloglou, eurodéputé de Syriza, cette annonce est à nuancer, car Athènes ne récupérera qu'une partie des intérêts obtenus de la crise grecque:

    «La décision de rendre cet argent à la Grèce ne concerne pas les prêts accordés [dans le cadre des plans de sauvetage, ndlr], mais les profits faits après avoir acheté des bons du trésor grec», estime-t-il en ajoutant que «personne ne prend l'argent de la poche des Européens pour le donner aux Grecs».

    Au total, ce sont donc 6,4 milliards d'euros qui viendront consolider les finances publiques grecques. Une bonne nouvelle pour les Hellènes, que les deux députés européens inscrivent dans une dynamique positive:

    «Aujourd'hui, après huit ans de crise profonde et de politiques d'austérité très dures, la Grèce est sortie du mémorandum [institué par la troïka, ndlr], a récupéré une économie, a réduit le chômage, augmenté sa productivité et ses exports», rappelle le vice-président du Parlement européen.

    Des progrès qui ont permis à Athènes de se «libérer» de la tutelle de l'Union européenne et du FMI, selon Alexis Tsipras. Stelios Kouloglou tient cependant à nuancer l'annonce du chef du gouvernement hellénique:

    «La Grèce est libérée de la troïka, mais elle n'est pas complètement libre. La troïka interférait dans toutes les décisions du gouvernement […] Elle était le vrai ministère des finances grec. Aujourd'hui, la Grèce a retrouvé sa souveraineté financière, mais nous avons accepté une certaine discipline fiscale que tous les pays de l'Union européenne doivent accepter.»

    Dimitros Papadimoulis se montre lui aussi prudent quant à l'usage du mot «libération», mais rejoint son collègue au Parlement européen sur le fait que les contraintes qui pèsent sur la Grèce ne sont pas différentes que celles qui pèsent sur la France:

    «Je préfère être plus réaliste et parler d'étape positive très importante en parlant de la sortie du mémorandum. Nous avons plus de flexibilité, mais en tant que membre de la zone euro, nous avons les mêmes règles et obligations que les autres membres.»

    La Grèce devra toutefois se soumettre à certaines obligations, comme celle de dégager un excédent budgétaire (hors remboursement de la dette) de 3,5% jusqu'en 2022 puis de 2% jusqu'en 2060. Interrogés sur la viabilité et la pertinence d'imposer à Athènes des règles budgétaires sur le long terme, les deux eurodéputés hellènes partagent la même analyse.

    «Nous payons, pour encore des années, le coût de la mauvaise gouvernance des précédents partis. Ces obligations sur le long terme sont un fardeau, je ne vais pas le nier, mais nous devons aller de l'avant», déclare Dimitros Papadimoulis, tandis que Stelios Kouloglou explique que «la dette est un fardeau qui nous oblige à prendre des engagements forts qui peuvent limiter la reprise économique dans les années qui viennent.»

    Athènes peut néanmoins compter, de l'avis du vice-président du Parlement européen, sur «une nouvelle approche de l'Eurogroupe vis-à-vis de la Grèce». Même si Dimitros Papadimoulis estime que «Syriza, le gouvernement de Tsipras et la majorité des Grecs ne sont pas satisfaits de la situation actuelle» de l'Union européenne, et que son collègue au Parlement européen observe que «La Grèce a été affaiblie par le manque de solidarité européenne», les deux hommes se montrent confiants en l'avenir:

    «Nous travaillons pour que notre pays récupère et pour amener plus de transparence et plus de solidarité dans l'Union européenne. […] Malgré la hausse des prix, les cures d'austérité, la récession et la souffrance sociale que cela a engendrée, 70% des Grecs sont pro-Européens», observe le vice-président du Parlement européen.

    Et monsieur Kouloglou complète:

    «L'Union européenne connaît évidemment beaucoup de difficultés. Cela a commencé avec la crise économique, mais nous avons aussi eu la crise migratoire. Et durant ces crises, il n'y a pas eu de signe de solidarité. […] Que devons-nous faire? Dissoudre l'UE ou revenir aux valeurs de solidarité, d'humanité et de justice sociale? Je crois en la seconde voie.»

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    Tags:
    crise, Grèce, Athènes
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