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    Emmanuel Macron

    Discours de Macron: «déclaration sans lendemain» ou Entente cordiale franco-russe 2.0?

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    Oxana Bobrovitch
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    Lors de son discours de politique étrangère devant les ambassadeurs, Emmanuel Macron a esquissé les contours d’une politique européenne de sécurité au parfum d’Entente cordiale renouvelée avec la Russie et la Turquie. Si la perspective est séduisante, il y a encore loin de la coupe aux lèvres, nous expliquent Xavier Moreau et Pierre Lorrain.

    La Turquie et la Russie, prochaines meilleures amies de la France? Ce serait peut-être aller vite en besogne. Pourtant, lors son allocution annuelle devant les ambassadeurs français, Emmanuel Macron a déclaré que sans une révision des relations avec ces deux pays, «il est impossible de construire et de développer l'Europe à long terme». Voilà qui s'inscrit bien dans la ritournelle macronienne de la souveraineté européenne. Un refrain qui laisse de marbre Xavier Moreau, expert au centre d'analyse politico-stratégique «Stratpol» comme en témoignent ses propos à Sputnik France:

    «Emmanuel Macron nous a habitués aux déclarations sans lendemain. Il nous a plus habitués aux déclarations purement formelles qui ne sont pas suivies de faits. Je suis assez sceptique sur ce qu'il a dit.»

    Pour l'analyste, afin d'aller jusqu'au bout de sa pensée, Emmanuel Macron devrait devenir un brin révolutionnaire, tant le chantier est vaste.

    «La France pourrait renouer avec la Russie des relations bilatérales fortes, mais cela supposerait de sortir des sanctions. Que cela soit du point de vue européen ou du point de vue des relations avec la Russie, Emmanuel Macron n'a pas montré jusqu'à présent qu'il était capable de révolutionner la position diplomatique de la France», affirme M. Moreau.

    Pour l'expert, on ne peut plus se limiter aux «demi-mesures pour la France de point de vue international». Pour y échapper, la France devrait reprend sa souveraineté diplomatique: sortir des sanctions contre la Russie, prendre les mesures de rétorsion dissuasives contre les États-Unis en réponse aux sanctions américaines contre les les sociétés françaises qui souhaitent travailler en Iran. Mais, tenant compte du passé, Xavier Moreau craint que «cela ne reste encore des déclarations et demi-mesures qui n'aboutiront à rien.»

    Pour affirmer cette souveraineté européenne qui lui est chère, Emmanuel Macron a insisté dans son discours sur la nécessité d'une plus grande indépendance vis-à-vis des États-Unis: «La France et l'Europe ont pris acte des nouvelles menaces du XXIe siècle. Nous avons pris conscience de notre besoin d'autonomie en la matière. L'Europe ne peut plus remettre sa seule sécurité dans les mains des États-Unis.» Xavier Moreau reste dubitatif:

    «Ce qu'il propose est en train de remettre en cause le Traité de Lisbonne, dont l'article 42 confirme que la défense de l'Europe se forme autour de l'OTAN. Est-ce cela veut dire qu'il voudrait renégocier le traité de Lisbonne? Cela ne me paraît pas trop réaliste», affirme-t-il.

    Pourtant, le fait que la possible proposition de Macron puisse se heurter aux positions de la Pologne et les Pays baltes, «qui veulent rester sous l'hégémonie américaine», vu comme un handicap par Xavier Moreau, est considéré comme un atout par un autre spécialiste des relations européennes:

    «L'UE est actuellement écartelée vis-à-vis de la Russie et vis-à-vis les questions de défense, affirme à Sputnik le journaliste et écrivain Pierre Lorrain. Il faut tirer l'UE de ce mauvais pas.»

    Pour ce spécialiste du monde postsoviétique et de la Russie, «la seule solution pour cela: engager un dialogue, tout comme le dialogue qui a permis de résoudre les oppositions au moment des antagonismes de la Guerre froide.» Pour Pierre Lorrain, il y a du bon dans les intentions de Macron qui

    «veut rompre avec l'habitude occidentale qui consiste à mettre l'idéologie —philosophie des droits de l'homme, conventions de la bien-pensance- au-dessus des rapports entre les États qui sont traditionnellement régis par la realpolitik.»

    Ce qui ne l'empêche pas de réagir d'une manière critique aux propos d'Emmanuel Macron quand il propose de «tirer toutes les conséquences de la fin de la Guerre froide». Pour l'écrivain, faire référence à une guerre qui est terminée depuis 30 ans, «prouve qu'il y a un retard considérable dans l'analyse de la nouvelle situation européenne.»

    C'est là que Pierre Lorrain voit la volonté d'Emmanuel Macron de revisiter l'architecture européenne de défense et de sécurité: «C'est pour cela qu'il précise qu'il faut le faire "tout particulièrement avec la Russie"», soutient l'expert, tout en dessinant un futur possible pour l'Europe:

    «Aujourd'hui, se profile la constitution d'une nouvelle conférence, affirme Pierre Lorrain, comme celle d'Helsinki, qui permettrait de rapprocher les positions des pays européens.»

    Les médias ont également indiqué que le Président de la République avait invité son homologue russe à célébrer à ses côtés le centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale. Malgré l'aspect récurrent et officiel de cette invitation à l'Armistice, en tant que spécialiste de la Russie, Pierre Lorrain y voit cette année un symbole plus fort, parce que, pour lui, la Russie de Nicolas II et celle du Gouvernement provisoire «s'est comportée brillamment comme un allié sûr» de la France et des autres pays de l'Entente du début du XXe siècle.

    «Je crois que dans cette célébration, il est important d'observer si la France commémorera les exploits de l'armée russe ou si elle les passera sous silence,» suggère Pierre Lorrain.

    Un peu de patience, il faudra attendre deux semaines pour savoir si nous assisterons à ce «moment fort de voir si la France reconnaît à la Russie les mérites qu'elle a eu pendant la Première Guerre mondiale.»

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    expert, discours, ambassadeur, Première Guerre mondiale, Pierre Lorrain, Xavier Moreau, Emmanuel Macron, Turquie, France, Russie
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