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    Des militaires américains en Syrie

    A qui profiteraient les nouvelles frappes américaines en Syrie?

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    Les USA renforcent leur groupe naval près des côtes syriennes en Méditerranée, prétextant la menace d'un usage de l'arme chimique par Damas dans la province d'Idlib. La Russie tente de faire retomber la pression en insistant sur le fait que l'information sur la préparation d'une telle attaque est une nouvelle provocation des terroristes.

    A qui profite la déstabilisation de la situation syrienne et quelles pourraient être les conséquences d'une intervention militaire des États-Unis?

    Une méthode bien huilée

    Soldats US
    © AP Photo / Mindaugas Kulbis
    Le rôle principal de l'opération des Américains devrait être joué par le destroyer USS Ross, qui transporte 28 missiles Tomahawk et est capable d'atteindre n'importe quelle région de Syrie. Il se trouve dans l'est de la Méditerranée depuis le 27 août. De plus, le destroyer USS The Sullivans vient d'arriver dans le golfe Persique avec une cinquantaine de missiles de croisière à son bord, et un bombardier stratégique B-1B américain doté de 24 missiles de croisière a été projeté à la base aérienne d'Al-Udeid au Qatar.

    Le conseiller du Président américain à la sécurité nationale John Bolton a qualifié ces manœuvres de «réponse décisive» aux plans du régime syrien de relancer l'offensive dans la province d'Idlib. Il a laissé entendre que si Bachar el-Assad y utilisait l'arme chimique, il serait confronté à une frappe de missiles bien plus puissante que les précédentes — faisant certainement allusion à l'attaque plutôt ratée d'avril.

    Le ministère russe de la Défense a immédiatement réagi à la projection de navires et de l'aviation des USA en pointant l'intention de Washington de profiter d'une attaque chimique mise en scène par les terroristes. D'après le ministère russe, cette provocation se prépare avec la participation active des services secrets britanniques. Les militaires russes connaissent même l'endroit précis où il est prévu d'organiser ce «spectacle»: la commune de Kafr Zita dans la province d'Idlib, où sont arrivés des spécialistes étrangers anglophones.

    Le ministère russe des Affaires étrangères a qualifié les déclarations des représentants américains de «menace» et d'«ultimatum». Le vice-ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Riabkov a souligné que l'Occident maintenait la ligne visant à déstabiliser la situation en Syrie afin de changer le pouvoir à Damas. «Nous sommes prêts à une telle éventualité et nous dénonçons ces plans. Mais l'histoire, y compris récente, ne semble pas avoir servi de leçon aux Américains, et à présent nous assistons à une nouvelle exacerbation de la situation», souligne le vice-ministre.

    Des arguments de poids

    Ce n'est pas la première fois que les Américains ont recours à de telles provocations. Ainsi, le 4 avril 2017, l'opposition syrienne avait accusé les autorités de l'attaque chimique dans la ville de Khan Cheikhoun, dans la province d'Idlib. Les terroristes avaient rapporté 80 morts et 200 blessés. Sans chercher à comprendre ni fournir de preuves de la culpabilité de l'armée syrienne, les Américains avaient attaqué la base militaire syrienne d'Al-Chaayrate.

    Un an plus tard, le 14 avril 2018, était organisée une opération conjointe des USA, du Royaume-Uni et de la France selon un scénario similaire: d'abord des messages de l'opposition concernant l'usage de produits chimiques, l'absence de preuves tangibles et de toute enquête des experts de l'OIAC, puis une frappe massive. Toutes les conclusions s'appuyaient sur les images publiées par des sites soutenant l'opposition armée.

    Le raid nocturne a duré une heure et demie. Plus de 100 missiles de croisière ont été tirés contre la Syrie par les alliés, mais la majeure partie d'entre eux a été abattue par la défense antiaérienne syrienne dotée de systèmes de l'époque soviétique — notamment S-125 Petchora-2M, S-200, Bouk et Kvadrat.

    D'après l'expert militaire Iouri Liamine, si les Américains décidaient d'attaquer ils tireraient probablement des missiles contre les grandes bases aériennes et les sites gouvernementaux tels que le palais présidentiel et les bâtiments des ministères, avec pour objectif de détruire la structure dirigeante de l'armée syrienne. L'augmentation du nombre de cibles potentielles risque d'entraîner des conséquences plus lourdes pour l'infrastructure syrienne, car plus large sera l'angle d'approche des missiles, plus il sera difficile de les intercepter.

    «Pendant l'attaque précédente d'avril, la frappe principale visait les sites considérés par les Américains comme étant impliqués dans le programme chimique syrien. Mais les Syriens les avaient fermés il y a plusieurs années, comme l'ont confirmé les inspecteurs de l'Onu. La frappe de la coalition était donc pratiquement un coup dans le vide. La défense antiaérienne syrienne a pu intercepter une grande partie des missiles uniquement parce que les frappes visaient un faible nombre de sites plutôt bien protégés. Une nouvelle attaque pourrait être plus dangereuse pour la Syrie et faire de nombreuses victimes», déclare Iouri Liamine.

    Des bâtons dans les roues

    La province d'Idlib est l'une des rares à ne pas être contrôlée par les autorités syriennes. Le gouvernement du pays et les collaborateurs du Centre russe de réconciliation des belligérants sont en négociations avec les leaders de groupe et les cheikhs. Des couloirs humanitaires ont été mis à disposition des habitants locaux et ont déjà permis d'évacuer des milliers de réfugiés de la zone de désescalade.

    Le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou a déclaré que ces négociations visaient un règlement pacifique, comme ce fut le cas dans les provinces de Deraa et de la Ghouta orientale. Les militaires russes ont réussi à persuader les terroristes de rendre des milliers de chars, de canons d'artillerie et de lance-roquettes multiples (LRM).

    Les experts expliquent les actions des Américains par les succès des forces gouvernementales. «Idlib est le dernier bastion des terroristes les plus irréconciliables. Des terroristes des quatre coins du pays refusant de se rendre s'y sont rassemblés. Ce ne sont pas seulement de membres du groupe Front al-Nosra*, mais également des Ouïgours radicaux du Parti islamique du Turkestan. Ils n'ont pas l'intention de déposer les armes. Si l'armée d'el-Assad les dispersait, cela mettrait un terme à la présence de terroristes en Syrie — ils n'auraient tout simplement plus de territoire pour installer des bases de préparation et des avant-postes pour organiser des attaques. Dans ce cas, les USA perdraient un argument de plus pour s'attarder en Syrie. La défaite des terroristes à Idlib renforcerait les positions du gouvernement syrien et de ses alliés. Les Américains savent qu'une frappe de missile pourrait retarder cette opération», poursuit l'expert.

    Comme le montrent les récents événements, la Maison Blanche et les dirigeants européens sont prêts à recourir à l'ancienne méthode — à savoir les provocations et les fakes — pour attiser la situation. Il se pourrait que les fameux Casques blancs participent également à la mise en scène d'une attaque chimique en filmant les prétendues souffrances de la population civile — en réalité simulées — et des enfants en pleurs. Ils publieront ces images sur internet, après quoi les dirigeants occidentaux les brandiront pour prouver leur justesse et pour justifier les nouvelles frappes.

    *Organisation terroriste interdite en Russie

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    Tags:
    armes chimiques, Russie, Idlib, Méditerranée, États-Unis, Syrie
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