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    Racket et incendies: le combat acharné d’un vigneron français pour ses terres en Ukraine

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    Ekaterina Yanson
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    Installé depuis une dizaine d'années dans la région d'Odessa, le vigneron français Cristophe Lacarin a vu ses vignes menacées de destruction plus d'une fois. Dans un entretien à Sputnik, il parle des tensions actuelles pesant sur son exploitation, de la raison pour laquelle il a décidé de l'implanter en Ukraine et des particularités de son cépage.

    Ses terres ont été victimes d'incendies criminels et d'autres tentatives de destruction et de saisie, mais restent toujours là où elles étaient, en location jusqu'à 2022. Exemple récent — 20 hectares de Cristophe Lacarin ont été brûlés la semaine dernière. Pour un étranger, il est extrêmement difficile de faire du business sur le sol ukrainien, explique-t-il:

    «Il y a des monopoles qui ne veulent pas laisser la place à la concurrence. Sur tout le territoire ukrainien il n'y a que 60 entreprises qui ont une licence vinicole. Heureusement, moi, j'en fais partie aujourd'hui», raconte M.Lacarin, originaire de Bordeaux. «Pour des gens comme moi, si on a reçu quand-même avec beaucoup de difficultés, après dix ans de bataille, la licence d'exploitation, on ne vous laisse pas travailler.»

    Ses vignobles ont survécu, au fil du temps, à plus d'une vingtaine d'incendies criminels et M.Lacarin s'est même adressé au Président Porochenko pour résoudre le problème.

    «Je me bats contre une administration félonne, pour ne pas dire corrompue. Je voudrais montrer que tout ce que fait l'Europe pour l'Ukraine, c'est de l'eau dans le sable», souligne-t-il, tandis que le problème n'a jamais été résolu jusqu'ici.

    Christophe Lacarin s'occupe de l'«agriculture sauvage», non chimique: «J'ai organisé sur un plan quand même "industriel" puisque la surface faisait 150 hectares, j'ai organisé une production de raisins sauvages», ce qui lui permet de parvenir à un goût d'exception de ses vins et champagnes également «sauvages».

    La production de vin sauvage est loin d'être facile: «Avant de transformer un vignoble en sauvage, il faut qu'il ait dix ans. Il faut nettoyer toutes les impuretés de la terre».

    L'idée de démarrer une production du vin en Ukraine lui est venue après la lecture du poème du poète russe Alexandre Pouchkine Vinograd («Raisin»), écrit sur l'inspiration d'un vignoble d'un petit village situé près d'Odessa, appelé Chabo. M.Lacarin a eu alors «une expérience extraordinaire» en allant dans le village de Chabo en 2003-2004.

    «J'ai vu un territoire très intéressant sur le plan climatique, sur le plan géologique et j'ai appris donc qu'historiquement c'était les Grecs les premiers qui avaient planté de la vigne». A l'époque, il y avait là quelque 150 hectares de vignes «dont personne ne voulait», la décision s'est prise d'elle-même.

    Si M.Lacarin devait, un jour, se réinstaller, il privilégierait la France en premier lieu: «Moi, je suis Français et je reste Français. Je suis né à Bordeaux et je dirai que si j'avais à me réinstaller aujourd'hui, je me réinstallerais d'abord à Bordeaux».

    Il connaît également assez bien la Crimée grâce à sa femme Mariana, qui est née à Simféropol.

    «J'aime bien la Crimée, la diversité à la fois des paysages et sa diversité culturelle», confie-t-il. S'il avait «toutes les garanties de l'État» pour aller en Russie et en Crimée, «c'est quelque chose que j'envisagerais vraiment parce que la Russie est un grand pays et elle a toujours été un pays qui sur le plan culturel, sur le plan des amitiés, parfois des inimitiés, a été un pays et reste un pays très proche de la France et des Français», résume le vigneron.

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    Tags:
    exploitation, gouvernement, production, vignoble, incendie criminel, vin, agriculteur, problèmes, destruction, viticulture, agriculture, Bordeaux, Odessa, Crimée, Europe, France, Ukraine, Russie
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