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    Le Président Emmanuel Macron et le général de corps d'armée Ahmed Gaïd Salah, le 6 Dec, 2017 à Alger.

    Affaire Maurice Audin: prélude à une visite plus stratégique de Macron à Alger?

    © AP Photo / Anis Belghoul
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    Kamal Louadj
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    Le 13 septembre, Paris a reconnu la responsabilité de la France dans la disparition de Maurice Audin en 1957 en Algérie. Le même jour, Abdelaziz Bouteflika a appelé Emmanuel Macron pour discuter de coopération et de la situation en Libye et au Sahel. Ces deux faits ont-ils été annoncés en préparation d’un sommet entre les deux dirigeants? Analyse.

    Dans le cadre des relations bilatérales et du partenariat stratégique entre Alger et Paris, le Président algérien Abdelaziz Bouteflika s'est entretenu, le 13 septembre, lors d'un appel téléphonique, avec son homologue français, Emmanuel Macron, a annoncé un communiqué de la présidence algérienne cité par l'Algérie Presse Service (APS). Lors de cet appel, les deux chefs d'État ont également abordé la situation en Libye et au Mali, selon la même source.

    Selon le communiqué, cet entretien entre les deux Présidents de la République «qui s'inscrit dans la tradition de concertation entre les deux chefs d'État, a porté sur les relations algéro-françaises marquées du sceau du partenariat stratégique dans tous les domaines ainsi que sur la situation dans la région, notamment en Libye et au Mali».

    Coïncidence ou acte bien réfléchi, le même jour, la Présidence française a annoncé une décision très importante touchant à l'un des dossiers les plus sensibles dans les relations entre les deux pays, à savoir la question mémorielle. En effet, le chef de l'État français a édclaré que Maurice Audin était «mort sous la torture du fait du système institué alors en Algérie par la France», selon un communiqué de la présidence française. Emmanuel Macron va également annoncer à cette occasion «l'ouverture des archives sur le sujets des disparus civils et militaires, français et algériens», a ajouté l'Élysée.

    En tenant compte de l'annonce faite par Jeune Afrique dans son édition du 8 août, faisant état d'une tournée qu'effectuerait Emmanuel Macron au Liban, au Maroc et en Algérie vers la fin de l'année, la reconnaissance officielle par la France de la mise en place d'un système de torture en Algérie durant la guerre d'indépendance, bien qu'elle fait avancer les choses sur ce dossier, serait aussi une initiative pour infléchir les positions d'Alger sur des dossiers stratégiques brulants à savoir la situation en Libye et au Sahel, la crise migratoire et la question de camps de rétention de migrants et enfin la coopération économique. Tant de questions qui seraient abordées lors de cette prochaine visite du Président français à Alger, qui interviendrait également dans le contexte de l'élection présidentielle algérienne d'avril 2019.

    La situation en Libye et Sahel et la question de l'intervention de l'armée algérienne

    Lors de la conférence des ambassadeurs tenue le 27 août à l'Élysée, le Président Emmanuel Macron a évoqué la nécessaire participation de l'Algérie, du Cameroun et du Nigeria à la lutte contre les groupes terroristes au Sahel, en renforçant la coopération de ces pays avec la force conjointe G5 Sahel.

    Le Président français a mis l'accent sur le fait que la force G5 Sahel est la seule qui permettra la stabilité de cette région à long terme, en affirmant qu'il faudra également «renforcer la coopération avec l'Algérie, exposée au même risque terroriste, ainsi qu'avec le Nigéria et le Cameroun, engagés contre Boko Haram».

    D'une façon encore plus globale, Emmanuel Macron a martelé le fait que «la question du Sahel ne se réglera pas véritablement tant que la stabilité de la Libye ne sera pas assurée». «L'anomie qui règne en Libye depuis 2011 a conduit à structurer des routes organisées de trafic de drogue, d'êtres humains et d'armes. […] Ce sont ces routes qui font vivre aujourd'hui les terroristes et qui les financent», a-t-il souligné.

    Or, sur ces deux dossiers, la position algérienne est restée inflexible. En effet, invité à s'exprimer, le 5 juillet, sur les acquis de la diplomatie algérienne depuis l'indépendance et les exploits réalisés en matière de développements humain et matériel du pays, le ministre algérien des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel, est revenu sur les questions brûlantes de la situation sécuritaire en Libye et au Sahel, réaffirmant le principe inébranlable de la doctrine de l'armée algérienne de non-intervention en dehors des frontières nationales.

    Expliquant la nature et les domaines où Alger apporte sa contribution dans la lutte contre le terrorisme et la radicalisation dans les pays du Sahel, M.Messahel a indiqué que «l'Algérie apporte une contribution inestimable. Elle le fait à travers la formation d'unités spéciales antiterroristes au Mali et au Niger, la logistique et la formation d'une manière générale [notamment universitaire, ndlr]».

    La crise migratoire et la question des camps de migrants

    Le 19 juin, Emmanuel Macron et Angela Merkel, selon le journal Libération dans son édition du 25 juin, avaient annoncé la création de «"centres" en Afrique du Nord sous contrôle de l'Onu, afin de trier sur place entre ceux qui pourront faire leur demande d'asile et les autres». Le 21 juin, Reuters a rappelé que la question de la création de «plates-formes régionales» de gestion des réfugiés et des migrants serait discutée au sommet des chefs d'État et de gouvernement européens, qui allait se tenir trois jours plus tard à Bruxelles.

    Réagissant à ces informations, le ministre algérien des Affaires étrangères a déclaré, le 27 juin, dans un entretien accordé à RFI que l'Algérie n'acceptera en aucun cas que des camps de rétention de clandestins soient ouverts sur son territoire au profit de l'Europe. «Nous l'avons dit. Il est exclu que l'Algérie ouvre une quelconque zone de rétention […]. Nous sommes déjà confrontés aux mêmes problèmes», a déclaré le chef de la diplomatie algérienne. «Nous procédons à des reconductions, mais nous le faisons selon des arrangements que nous avons avec nos pays voisins», a-t-il ajouté.

    Pour contourner ce refus algérien et celui des autres pays maghrébins d'ouvrir sur leur sol des camps de rétention de migrants sahariens et subsahariens tentant de rejoindre l'Europe, des pays européens, notamment l'Espagne, la France et l'Italie, auraient décidé de financer massivement les organisations humanitaires travaillant dans ces pays nord-africains, pour qu'elles puissent offrir à ces migrants un confort qui les dissuaderait de continuer leur voyage vers la côte nord de la mer Méditerranée, a signalé le journal Le Soir d'Algérie dans son édition du 12 septembre, citant des sources au fait de la situation. Si ces informations s'avéreraient vraies, la position d'Alger risquerait de se corser encore plus sur ce dossier.

    Les accords économiques à débloquer

    Commentant l'éventualité du voyage d'Emmanuel Macron à Alger annoncé par Jeune Afrique, le site d'information Tout Sur l'Algérie (TSA) a indiqué dans son édition du 12 août qu'en fait, «cette visite semble désormais très peu probable». La raison selon le média est que «Paris souhaite d'abord voir avancer les principaux projets paraphés en décembre dernier», lors de la visite du Président Macron à Alger. «Or, les trois dossiers emblématiques signés lors de la visite du Président Macron, non seulement ils n'ont pas avancé, mais ils sont "bloqués"», a précisé le site d'information.

    Évoquant les projets en question, TSA a confié que «le projet de l'usine Peugeot à Oran est à l'arrêt pour une histoire de terrain. Celui de l'École 42 n'intéresse plus les autorités algériennes et le Fond d'investissement algéro-français connaît le même sort», tout ça sur fond d'une concurrence rude avec la Chine où la France perd de plus en plus du terrain en Algérie.

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    Tags:
    relations économiques, relations bilatérales, mémoire, Armée nationale populaire algérienne (ANP), Emmanuel Macron, Ahmed Gaïd Salah, Abdelaziz Bouteflika, Mali, Libye, Sahel, France, Algérie
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